Le chef de l'armée libanaise Joseph Aoun (à gauche) rencontre le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, à Yarzé, le 26 décembre 2024. Photo fournie par l'armée libanaise.
C’est vrai que tous les yeux sont actuellement tournés vers le Parlement en prévision de la séance électorale de demain, et qu’une grande partie de la mission des émissaires internationaux porte sur ce dossier, mais d’autres considérations poussent en réalité les Saoudiens à s’intéresser de nouveau à la situation libanaise. Selon différents milieux sunnites libanais, le retour de Riyad au Liban, concrétisé par la visite de l’adjoint du ministre saoudien des Affaires étrangères, Yazid ben Farhane, ne serait pas uniquement dicté par la nécessité d’élire un président. Il s’inscrirait dans le cadre d’une vision plus large de la part des autorités saoudiennes face à l’influence grandissante de la mouvance des Frères musulmans sous la houlette de la Turquie dans la région.
Comme la visite du ministre saoudien est intervenue moins d’une semaine avant la séance de l’élection présidentielle, il est clair que celle-ci en a constitué le plus important sujet. Tout le monde est d’accord sur ce point, mais ce soudain intérêt pour la présidentielle serait, aux yeux de plusieurs milieux sunnites proches de Dar el-Fatwa, essentiellement motivé par les développements en Syrie. Le dossier présidentiel, aussi important soit-il, aurait donc constitué en quelque sorte le prétexte permettant aux Saoudiens de revenir en force au Liban, après des années d’éloignement à peine dissimulé, en dépit de quelques rares occasions et rencontres destinées à rappeler que le royaume est toujours là.
Selon les ulémas proches de Dar el-Fatwa, la chute du régime syrien avec lequel les autorités saoudiennes avaient récemment rétabli les liens, invitant même Bachar el-Assad au dernier sommet de Riyad en novembre 2024, aurait constitué un développement important pour Riyad. D’autant qu’il est clair que la Turquie, grande rivale non déclarée de l’Arabie dans la région, a joué un grand rôle dans le changement de pouvoir en Syrie. Certains vont même jusqu’à dire que le nouvel homme fort du pays, Ahmad el-Chareh, est très proche des autorités turques et en particulier du ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan, qui a occupé pendant des années le poste de chef des services de renseignements turcs pendant la période de la guerre en Syrie. La vieille rivalité entre les deux branches de l’islam traditionnel, les Frères musulmans et les wahhabites, est ainsi revenue sur le devant de la scène après s’être apaisée pendant quelque temps, après la chute en 2013 du président Mohammad Morsi en Égypte dont l’arrivée au pouvoir avait constitué une percée inattendue des Frères musulmans dans la région. Dès lors, les influences semblaient bien délimitées et chaque branche y trouvait son compte. Mais le changement de régime en Syrie a modifié la donne. Même si au cours des derniers jours, les émissaires et responsables du Golfe se sont empressés de nouer des liens avec le nouveau pouvoir syrien, la méfiance reste de mise. De plus, face au désintérêt saoudien à l’égard du Liban, l’influence turque, doublée de celle du Qatar, a nettement augmenté notamment au sein de la rue sunnite.
C’est essentiellement le cas dans le nord du pays, à Tripoli et au Akkar en particulier, où les principales composantes sunnites se sont empressées de saluer le nouveau régime en Syrie. Il ne s’agit pas seulement pour les Tripolitains d’avoir des sympathies pour un régime dans la mouvance des Frères musulmans, mais aussi de régler un vieux contentieux avec le régime Assad, qui a un lourd passif dans cette région. Déjà, depuis le 7 octobre 2023, la rue sunnite, au Liban-Nord en particulier, a totalement appuyé le Hamas et la Jamaa islamiya qui en est la branche libanaise, qui s’inscrivent eux aussi dans la lignée des Frères musulmans. La chute du régime Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmad el-Chareh issu du groupe Hay’at Tahrir el-Cham lui aussi proche des Frères musulmans turcs a encore plus renforcé l’influence d’Ankara sur les sunnites du Liban-Nord.
C’est sans doute cette nouvelle réalité, estiment ces ulémas proches de Dar el-Fatwa, qui a poussé les Saoudiens à vouloir se réinvestir au Liban. En principe, il s’agit d’assurer l’élection d’un président qui ne soit pas hostile aux pays du Golfe et qui n’appuie pas la politique du Hezbollah dans le cadre de « l’axe de la résistance ». Mais, pour ces ulémas, il s’agit aussi de ne pas laisser la communauté sunnite aller trop loin dans la mouvance des Frères musulmans, sous couvert d’appui turc. Dans ce contexte, les autorités saoudiennes seraient même en train d’étudier la possibilité d’appuyer le retour du chef du courant du Futur Saad Hariri à la vie politique au Liban, car il serait la seule personnalité en mesure de rassembler les sunnites autour d’elle. D’ailleurs, selon les sources du courant du futur, Saad Hariri avait déjà décidé de s’impliquer de nouveau dans la vie politique à travers les prochaines législatives prévues en mai 2026. Il pourrait bien faire son come-back politique le 14 février lors de la commémoration de l’assassinat de son père Rafic Hariri. Les années précédentes, il s’était contenté d’un rapide séjour au Liban le temps de se recueillir sur la tombe de son père, mais cette année, il compterait prononcer un discours marquant officiellement son retour... avec l’appui des Émirats arabes unis où il réside en général et celui des Saoudiens. Mais de là à le considérer comme le futur président du Conseil du nouveau mandat présidentiel, il y a encore toutefois un grand pas.


Pour une fois... et malheureusement ce n'est pas souvent : Que l'éclairage de Mme SH tient la route . C'est VRAIMENT un éclairage...Analyse logique et censée. Evidemment : Pour une fois, il manque des "piques aux sunnites"; Elle a évité "des éloges cachées ou propagandes abusées et illogiques à l'encontre Bassil, Michel Aoun et Hezbollah. Cet article nous éclaire sur un aspect qui a sans doute échappé à certains des lecteurs : Pour une fois. Qui a dit que les miracles n'existent pas ???
19 h 17, le 08 janvier 2025