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Les bonnes (ré)solutions

Passé les excès – et aussi les brumes – des fêtes et lendemains de fête, le rituel moment des bonnes résolutions est là. Celles que vous prenez bravement en ce début d’an nouveau ne regardent que vous ; y’en a marre à la fin, pourrait-on même se dire, de promettre à chaque fois de s’améliorer, c’est la malchance qui devrait, pour une fois, faire l’effort de tourner !

Pour cette raison, ne compteront vraiment que les résolutions que l’on prendra, d’autorité, pour vous. Lointains ou tout proches, ces grands décideurs se bousculent ainsi dans notre région du monde, et nombreux y sont les foyers de tension. Nulle part cependant les volontés étrangères ne pèsent aussi lourd, ne se manifestent d’aussi flagrante manière, que dans ce Levant qui vient de connaître des bouleversements majeurs. Émergeant à peine d’une guerre dévastatrice et non totalement consommée, l’État libanais ressemble aujourd’hui à un hurluberlu entraîné malgré lui dans une rixe qui lui a occasionné des fractures diverses et qui, reprenant ses esprits, attend que les bonnes fées veuillent bien s’affairer à le remettre sur pied.

À cinq jours seulement d’une élection présidentielle (elle-même en retard de plus de deux ans !), les forces politiques libanaises se gardent ainsi d’abattre toutes leurs cartes, d’aligner des champions déclarés. D’aucuns voudront peut-être y voir un déploiement d’art stratégique et tactique entre partisans d’un président de consensus, voué à ménager la chèvre et le chou, et d’un président de détermination et d’action. Ce serait hélas ! trop prêter d’astuce aux uns et aux autres. Car une fois de plus, et avec plus d’évidence que jamais, c’est dans l’attente de la céleste inspiration étrangère, de la consigne venue du dehors et entrée dans la légende, que nos élus se perdent en futiles manœuvres et grossières cachotteries…

Faut-il rappeler par ailleurs que l’élection d’un chef de l’État, pour essentielle qu’elle soit, ce n’est pas tout ? Que non moins décisives, aux termes de la Constitution, seront la nature et les orientations du gouvernement post-élection ? Or l’écart demeure énorme entre les deux réalités suivantes nées de la guerre : la sévère cure d’amaigrissement subie, au triple plan matériel, moral et populaire, par le Hezbollah ; et l’influence considérable que conservent néanmoins la milice et ses alliés au sein du Parlement, comme de l’actuel gouvernement d’expédition des affaires courantes.

À ce magma s’ajoute l’irrédentisme à tout crin affiché par le Hezbollah, dont le chef, claquemuré dans son déni, parle maintenant d’offrir à l’État une chance unique de sauver les meubles. On a bien entendu et bien lu, voilà donc les vœux du cheikh Naïm Kassem pour le Nouvel An : c’est cet État qu’elle contrôlait en grande partie, celui-là même qu’elle a pourtant exclu de sa décision d’entrer en guerre, que la formation pro-iranienne somme maintenant de réparer, vite fait, l’immense gâchis dont elle est responsable !

Non moins chargée d’incertitudes demeure la situation dans cette Syrie voisine en pleine mutation où se succèdent sans interruption les délégations occidentales et arabes. Hier, c’était au tour des chefs de la diplomatie française et européenne de plaider sur place pour un transfert du pouvoir pacifique et inclusif : la transition devant nécessairement tenir compte des légitimes inquiétudes des minorités religieuses, mais aussi de la société civile. Or les nouveaux maîtres de Damas ne semblent pas trop pressés d’aller en besogne, puisqu’ils se donnent trois ou quatre ans pour doter le pays d’une nouvelle Constitution et procéder à des élections.

On voit mal en outre comment Ahmad el-Chareh et ses jihadistes repentis pourront se débarrasser de leurs compagnons d’armes les plus radicaux, si ce n’est à la faveur de quelque Nuit des longs couteaux. On ne saurait oublier non plus que la Syrie demeure techniquement, jusqu’à nouvel ordre, un pays en proie au fouillis de la guerre. Parallèlement à ses incessantes attaques contre le Hezbollah au Liban, Israël s’acharne contre l’arsenal syrien, dans le même temps que les formations fidèles à la Turquie assiègent les forces kurdes soutenues par les États-Unis. Comme par ironie, ne manquait plus au trouble contenu du chaudron qu’une poignée de sel bien de chez nous ; c’était chose faite hier même avec les restrictions imposées par Damas à la frontière syro-libanaise, suite à un accrochage survenu sur un point de passage illégal.

Il n’y a certes pas, dans tout cela, de quoi regretter la chute du sanguinaire régime des Assad. Mais jamais solutions de crise n’auront requis un aussi dense faisceau de sages options.

Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

Passé les excès – et aussi les brumes – des fêtes et lendemains de fête, le rituel moment des bonnes résolutions est là. Celles que vous prenez bravement en ce début d’an nouveau ne regardent que vous ; y’en a marre à la fin, pourrait-on même se dire, de promettre à chaque fois de s’améliorer, c’est la malchance qui devrait, pour une fois, faire l’effort de tourner !Pour cette raison, ne compteront vraiment que les résolutions que l’on prendra, d’autorité, pour vous. Lointains ou tout proches, ces grands décideurs se bousculent ainsi dans notre région du monde, et nombreux y sont les foyers de tension. Nulle part cependant les volontés étrangères ne pèsent aussi lourd, ne se manifestent d’aussi flagrante manière, que dans ce Levant qui vient de connaître des bouleversements majeurs. Émergeant à...