Ahmed al-Chareh (également connu sous le nom d'Abu Mohammed al-Jolani), chef du groupe islamiste syrien Hayat Tahrir al-Cham (HTC) qui a dirigé une offensive rebelle éclair arrachant Damas au contrôle du gouvernement, s'adresse à une foule à la mosquée des Omeyyades du VIIIe siècle, le 8 décembre 2024. AFP
Le nouveau dirigeant syrien Ahmad el-Chareh a reçu mardi à Damas les représentants du clergé de la communauté chrétienne, dans un contexte d'inquiétudes parmi les minorités de Syrie qui attendent des garanties des autorités installées par une coalition rebelle emmenée par des islamistes radicaux. Dans un pays multiconfessionnel, traumatisé par près de 14 années de guerre civile, cette coalition conduite par le groupe sunnite Hay'at Tahrir el-Cham (HTC) a renversé le 8 décembre le pouvoir de Bachar el-Assad. Confrontées aux titanesques défis de la reconstruction et de la réconciliation, les nouvelles autorités doivent aussi enchaîner les gestes d'assurance envers des minorités qui s'inquiètent après de récents incidents.
D'autant que le pouvoir de Bachar el-Assad, dont la famille issue de la minorité musulmane alaouite régnait sans partage sur le pays depuis plus d'un demi-siècle, s'est longtemps posé en protecteur des minorités --tout en réprimant toute dissidence. "Le chef de la nouvelle administration syrienne Ahmad el-Chareh rencontre une délégation de la communauté chrétienne", a indiqué le "Commandement général" sur son compte de l'application Telegram. Première réunion du genre, des photos montrent M. Chareh, en costume-cravate, réuni avec plusieurs représentants des Eglises chrétiennes, orthodoxe, catholique, arménienne orthodoxe, anglicane et syriaque orthodoxe notamment.
Transition inclusive
Des centaines de chrétiens à Damas avaient manifesté la semaine dernière quand un sapin de noël avait été incendié dans une petite localité du centre de la Syrie. L'acte de vandalisme perpétré par des hommes masqués --des combattants étrangers d'un groupuscule jihadiste, selon une ONG - avait été condamné par un responsable local de Hay'at Tahrir el-Cham, ex-branche syrienne d'el-Qaëda ayant rompu en 2016 ses liens avec l'organisation jihadiste. De même, des milliers de Syriens alaouites ont manifesté le 25 décembre dans plusieurs villes du pays après une vidéo montrant une attaque contre l'un de leurs sanctuaires.
Au micro de l'AFPTV, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a dit espérer, "après la chute du régime criminel de Bachar el-Assad", une transition politique "qui intègre l'ensemble des communautés dans leur diversité, qui fasse respecter les droits les plus élémentaires, les libertés fondamentales." "Notre attente principale c'est que les Syriens puissent reprendre en main leur propre destin", a précisé mardi M. Barrot, s'exprimant lors d'un déplacement au Liban.
Une femme a été nommée pour la première fois gouverneure par intérim de la Banque centrale, a indiqué mardi à l'AFP une source interne. Maysaa Sabrine, spécialiste financière, occupait le poste de première adjointe au gouverneur de la Banque centrale syrienne depuis 2018. Les nouvelles autorités doivent rassurer la communauté internationale et depuis plusieurs semaines les délégations diplomatiques se bousculent à Damas. Le chef de la diplomatie syrienne Assaad el-Chibani a rapporté mardi un appel téléphonique avec son homologue égyptien Badr Abdelatty, les deux hommes soulignant le rôle de leurs pays dans "la stabilité et la prospérité de la région".
Forces kurdes
Illustrant également les efforts des nouvelles autorités en matière d'ouverture, M. Chareh a reçu lundi pour la première fois une délégation des Forces démocratiques syriennes (FDS), coalition dominée par des combattants kurdes et soutenue par Washington, a indiqué à l'AFP un responsable s'exprimant sous anonymat. Jugeant "positive" cette première rencontre, le responsable a estimé qu'il s'agissait d'une "réunion préliminaire pour jeter les bases d'un futur dialogue". M. Chareh avait déjà affirmé que les FDS devraient être intégrées à la future armée syrienne. Sur le terrain toutefois la tension est toujours là. Dans la métropole d'Alep (nord) des combattants proturcs ont tué mardi trois membres des forces de sécurité kurdes locales, en attaquant leur barrage de contrôle dans un quartier de la ville, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Dans leur laborieuse entreprise de restructuration des institutions qui commence à peine, HTC a été accusé de monopoliser avec ses alliés les nominations au sein des autorités intérimaires. Qoutaïba Ahmad Badaoui a été nommé à la tête des terminaux frontaliers, terrestres et maritimes, a annoncé mardi l'agence officielle SANA. Cet ancien commandant de HTC a très brièvement dirigé le poste-frontière de Bab al-Hawa, reliant Idleb (nord) à la Turquie voisine selon l'OSDH.
D'autant que le pouvoir de Bachar el-Assad, dont la...

