Dans le cadre d’un projet d’automatisation de la lutte contre la désinformation financé par l’Organisation internationale de la francophonie, Les Surligneurs, Siren Analytics et Global Campus Monde Arabe/Université Saint-Joseph de Beyrouth ont développé un outil de legal-checking basé sur l’IA destiné à aider les journalistes, les juristes et les citoyens à mieux comprendre le droit international humanitaire afin de favoriser une meilleure analyse des déclarations politiques et de replacer le droit au cœur du débat public. À l’issue de ce projet des ateliers ont formé les participants à la vérification juridique de discours politiques. Ci-après un des textes, rédigé par une des participantes.
Ah ! les guerres modernes, où la frontière entre journaliste et militant est plus floue qu’une photo prise sous un bombardement. L’armée israélienne soutient régulièrement que certains journalistes tués à Gaza sont en fait des militants déguisés en reporters. « La plupart des cas mentionnés sont des militants tués durant des activités militaires, mais recensés comme journalistes », affirme l’armée israélienne en réponse à des questions du consortium de médias internationaux. Ce consortium, qui comprend 50 journalistes représentant 13 organisations, a enquêté sous l’égide de Forbidden Stories un réseau international spécialisé dans l’investigation, pendant quatre mois. Cette affirmation est souvent accueillie avec scepticisme.
Les défenseurs des droits de l’homme et les médias insistent sur le manque de preuves solides présentées par l’armée israélienne. Selon eux, même si un journaliste a une affiliation politique, il doit être protégé tant qu’il ne sort pas de son rôle et ne participe pas au combat. Revenons aux bases. Le droit international relatif aux droits de l’homme et le droit humanitaire protège les journalistes comme des civils, ce qui inclut également ceux ayant une affiliation politique suspecte. Le Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève et la Déclaration universelle des droits de l’homme sont clairs : attaquer des journalistes, c’est mal par principe. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale de 1998 et la résolution S/RES/1738 du Conseil de sécurité des Nations unies en 2006 rappellent que les journalistes doivent être respectés et protégés comme des civils, et pas pris pour cibles.
Toutefois, le diable est dans les détails et dans les exceptions. Si un journaliste décide de troquer son stylo contre une arme, il perd son statut de civil durant la période où il va « directement participer aux hostilités » (Le Protocole additionnel I de 1977 aux Conventions de Genève I). La participation directe aux hostilités se manifeste dans le cas des actes directs menés par le journaliste contre les soldats ou leurs équipements (Commentaire du Protocole additionnel I de 1987). Ce n’était pas le cas de Shireen Abu Akleh, une journaliste de al-Jazeera, tuée lors d’un raid israélien. L’armée israélienne a fini par admettre de l’avoir « tuée accidentellement » et qu’il ne s’agissait pas d’une cible intentionnelle. Même chose pour Yaser Murtaja, un photographe accusé d’affiliation au Hamas sans preuves solides de participation directe aux combats.
Ces nuances, bien que difficiles à prouver de manière irréfutable, sont la clé des justifications de l’armée israélienne. Les accusations de militantisme contre les journalistes tués servent parfois d’excuse pour éviter des enquêtes impartiales. Les appels à la transparence et à la vérité continuent de résonner, sans toujours trouver d’écho. Les journalistes, héros tragiques de ce théâtre absurde, restent protégés par le droit international, du moins en théorie. Sur le terrain, ils savent qu’un traité, aussi structuré soit-il, ne les mettra jamais à l’abri des balles.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


Si j’étais journaliste je n’irai ni en Iran ni en Israël
17 h 17, le 30 décembre 2024