Photo diffusée par le bureau du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, le montrant durant un discours à Téhéran le 22 décembre 2024. Photo AFP / HO / KHAMENEI.IR
La nouvelle est presque passée inaperçue. Alors qu’Israël dit frapper depuis quelques jours des cibles houthies au Yémen, l’état-major de l’armée iranienne a annoncé le 25 décembre l’organisation prochaine de manœuvres militaires « massives », précisant qu’il s’agirait d’une opération d’entraînement « offensive et défensive » sur terre, en mer et dans les airs, selon une dépêche publiée par l’agence de presse iranienne Tasnim. Le général Gholam Ali Rachid, supervisant les opérations, affirme que ces manœuvres, tenues pour « contrer les menaces » potentielles, y compris israéliennes, seraient « puissantes et intensives » et pourraient se poursuivre dans les prochaines semaines.
Le texte précise que la République islamique effectue chaque année une trentaine de manœuvres militaires, dans le but de « tester l’état de préparation des forces armées iraniennes » et de « renforcer les capacités défensives et offensives » de la république. Le général Rachid tempère l’annonce, affirmant que l’Iran ne serait pas « l’initiatrice d’une guerre dans la région », alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a récemment réitéré ses menaces contre l’Iran, promettant au peuple iranien « de le libérer ».
Dans le contexte du cessez-le-feu au Liban entre le Hezbollah et Israël, depuis le 27 novembre, la chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, le 8 décembre, et l’intensification récente des affrontements entre l’État hébreu et les houthis, comment interpréter l’annonce de ces manœuvres militaires iraniennes ? L’Orient-Le Jour a posé la question à l’analyste Saeed Aganji, exilé d’Iran depuis 2012. Basé en Finlande, il dirige en tant que rédacteur en chef le média en ligne indépendant Iran Gate News.
« Une démonstration de puissance »
Pour l’analyste iranien, c’est évident : l’annonce de ces manœuvres militaires ne relève pas du hasard. Dans un contexte sécuritaire régional volatile et alors qu’Israël semble déterminé à changer les équilibres en présence, ces exercices seraient une façon pour l’Iran de montrer « la puissance de son équipement militaire face aux menaces israéliennes ». Selon lui, il s’agit d’un « moyen de dissuasion » alors que la République islamique se trouve dans une situation difficile en raison des sanctions dont elle fait l’objet. Une telle annonce chercherait également à « renforcer le pouvoir de négociation de l’Iran ».
Israël a mené jeudi des frappes sur des sites contrôlés par les rebelles houthis au Yémen, alliés du régime iranien, dont l’aéroport international de Sanaa et une centrale électrique à Hodeida, tandis que les houthis ont, eux, revendiqué vendredi une attaque au missile – intercepté par l’armée israélienne – contre l’aéroport de Tel-Aviv. Après les développements en Syrie, l’Iran a perdu « l’un de ses principaux axes stratégiques » et « l’une de ses principales positions » face à Israël, commente l’expert. Ainsi, le maintien de l’influence iranienne au Yémen est devenu « essentiel » pour préserver les canaux de soutien à des groupes tels que le Hezbollah : le pays servirait de facto de « plateforme stratégique » à l’Iran pour mener des actions contre Israël.
Un pays vulnérable et en crise
Cela fait plusieurs années que l’Iran développe intensivement ses capacités en matière de missiles, refusant de s’engager dans des pourparlers sur cet arsenal militaire. Les manœuvres annoncées viseraient ainsi à « masquer la situation critique de l’Iran », résultat des sanctions qui lui sont imposées, mais également « des revers » tels que sa perte d’influence en Syrie, estime Saeed Aganji. La déclaration du général Rachid, en charge desdits exercices militaires, affirmant que l’Iran ne serait pas « l’initiatrice » d’une guerre régionale, montre selon lui à quel point la République islamique n’est actuellement « pas en mesure de déclencher une guerre ». De plus, le gouvernement iranien actuel ne bénéficie pas d’un large soutien de la part de la société : l’unique outil dont il dispose pour montrer sa puissance est donc militaire.
Il s’agit du même outil qui montre la faiblesse du régime iranien : « Lorsqu’un pays est en état de crise et de vulnérabilité, il utilise les outils à sa disposition pour prévenir l’escalade. C’est incontestablement le cas » ici, analyse-t-il. Face à un tel aveu de faiblesse se pose alors la question de l’avenir de l’influence iranienne et de « l’axe de la résistance » dans la région. Pour Saeed Aganji, la période qui s’ouvre en début d’année prochaine avec la prise de fonction de Donald Trump à la présidence américaine sera déterminante : « Sans accord entre l’Iran et les États-Unis pour la levée des sanctions, la République islamique sera inévitablement confrontée à une escalade de crises », perdant par conséquent sa capacité à renforcer et soutenir l’axe régional dont elle fait partie, à l’image de la Syrie. Dans ce contexte, le maintien de son contrôle sur les houthis au Yémen s’avère désormais « crucial ».



L'Iran est un problème du passé. Malheureusement, les nouveaux problèmes n'attendent pas, il faut se concentrer sur eux.
11 h 00, le 28 décembre 2024