Une position du Hezbollah en Syrie. Louai Beshara/AFP
Depuis le déclenchement par les nouvelles autorités syriennes d'une opération contre des « milices » fidèles au régime Assad dans l'ouest de la Syrie, la zone frontalière entre le Liban et la Syrie a été le théâtre d'une série d'affrontements et d'incidents opposant ces groupes armés loyalistes, dont le Hezbollah, aux forces de sécurité du nouveau pouvoir à Damas.
L'opération a d'abord été lancée dans la province côtière de Tartous (ouest), bastion de la minorité alaouite dont est issu le président déchu le 8 décembre dernier. Mais depuis jeudi soir, ces combats se sont concentrés autour de la localité syrienne de Tal Kalakh, dans la province de Homs, située à moins de 5 km de la frontière avec le Liban et assiégée par des combattants de Hay'at Tahrir el-Cham (HTC) pour déloger les factions pro-Assad - en majorité composées de combattants alaouites - qui s'y sont retranchées. Selon plusieurs faisceaux d'informations, un seigneur de guerre du nom de Choujaa al-Ali, un chef chabiha (qui agissait pour le compte du régime) réputé proche du Hezbollah et accusé de crimes de guerre pour avoir commis de multiples exactions et enlèvements au service du régime Assad, aurait ainsi été tué lors de ces combats.
Ancien repère jihadiste
Certains quartiers de Tal Kalakh, localité mixte partagée entre communautés sunnite et alaouite, seraient encore tenus par les loyalistes, soutenus par des membres du Hezbollah qui aurait déployé des combattants pour protéger ce point de passage historique utilisé par le parti chiite pour y faire transiter des armes.
Début décembre, avant la chute du régime, une source sécuritaire anonyme « proche du Hezbollah » avait indiqué à l'AFP que la formation pro-iranienne aurait déployé « 2 000 hommes » vers la région de Qoussair et la chaîne montagneuse séparant la Syrie du Liban, pour « défendre ses positions en cas d’attaque des forces rebelles syriennes ». D’autres sources libanaises citées par l'agence Reuters ont affirmé au contraire que le parti chiite avait récemment retiré l’intégralité de ses forces de Syrie, après les avoir progressivement rapatriées « au cours des deux dernières années ».
Le nom de Tal Kalakh n’est d'ailleurs pas étranger à la France, puisqu'elle a servi de refuge à Abdallah al-Dandashi, plus connu sous le nom d’Olivier Corel, ou encore « l’émir blanc », mentor de plusieurs jihadistes français. Ce dernier est ainsi lié aux frères Clain, commanditaires des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ou encore de Mohammad Merah, auteur d'un attentat contre une école juive à Toulouse en 2012.
Ces violents affrontements se sont étendus à la localité voisine de Balqasah, où les pertes humaines seraient importantes bien qu'aucun bilan précis n’ait été établi. Parmi les victimes figure notamment Salem Janbaz, alias Abou Louay, un commandant révolutionnaire de Homs.
Les combats actuels remettent au goût du jour ceux ayant émaillé la guerre civile syrienne à laquelle s'est mêlé le Hezbollah à partir de 2013, en grande partie pour préserver ses intérêts stratégiques en Syrie et sa liaison routière avec Téhéran vitale pour son approvisionnement en armes.
Escarmouches près de Masnaa, raids israéliens dans la Békaa
D'autres informations font état de tensions en cours en d'autres points de la frontière libano-syrienne, notamment à Jdeidet Yabous, aux abords du poste-frontière de Masnaa, côté syrien. Plusieurs sources sécuritaires ont ainsi déclaré à des médias locaux que les villages de Jdeidet Yabous et Kafir Yabous, habités par des Libanais proches du Hezbollah, ont été le théâtre d'échanges de tirs « à l'arme légère et moyenne » entre des éléments du parti chiite et des proches de HTC.
Parallèlement, l’armée israélienne a mené une série de frappes matinales, vendredi à l'aube, dans la Békaa affirmant avoir visé des « infrastructures liées au trafic d’armes du Hezbollah ». Ces raids aériens ont ciblé les hauteurs de Qoussaya, dans l'Anti-Liban, ainsi que la décharge de Majdel Anjar, dans la Békaa, selon les informations de notre correspondante Sarah Abdallah.
Le commandant de l'armée de l'air israélienne, le Major-général Tomer Bar, a confirmé que l'État hébreu a frappé « huit points de passage » à la frontière syro-libanaise, selon un communiqué publié sur le compte Telegram du porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Avichay Adraee.
« Nous avons visé hier soir huit points de passage à la frontière entre le Liban et le Syrie, après nous être rendus compte que le Hezbollah essaie de nous tester et de se procurer des armes à nouveau. Ils essaient de relever la tête et de voir à quel point nous appliquons l'accord (de cessez-le-feu, ndlr). Nous ne nous laisserons pas faire », a déclaré l'officier supérieur, lors d'une tournée auprès du commandement du Nord, durant lequel il a inspecté des armes du Hezbollah confisquées par l'armée israélienne.
Malgré le cessez-le-feu au Liban, entré en vigueur le 27 novembre, Israël continue de bombarder régulièrement la frontière avec la Syrie, afin de couper les voies d'approvisionnement en armes du Hezbollah, en provenance de l'Iran et à travers la Syrie. Cet approvisionnement a toutefois été fortement perturbé par la chute du régime de Bachar el-Assad à Damas, qui était un allié du parti chiite, et la prise du pouvoir par une coalition menée par des islamistes. Le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, avait reconnu mi-décembre que ces développements avaient coupé la voie aux transferts du parti-milice, affirmant toutefois que des « alternatives » pourraient être trouvées.




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06 h 54, le 28 décembre 2024