Une vue de l’exposition. Photo DR
Il y a un an de cela, le musée du monastère grec-orthodoxe Notre-Dame de Balamand ouvrait ses portes. Au cœur de ce lieu historique, perché sur un « bel mont » dominant la côte, le musée nouveau-né se niche au sein de l’une des salles qui conservent encore les traces d’un passé millénaire. La collection exposée fait toute la lumière sur le riche héritage du monastère, qui vaut, par ailleurs, à lui seul le détour, à travers les deux phases majeures qui ont marqué ces lieux, l’époque médiévale et l’époque ottomane. En prime, vient d’y être ajoutée une exposition sur le pain eucharistique.
Dans une région habitée depuis la plus haute Antiquité, voire depuis la préhistoire, ce lieu conserve des traces tenues qui prennent la forme d’outils en silex et de bris de poterie. Mais c’est la remarquable collection lapidaire qui révèle la fondation de l’abbaye de Belmont en 1157 par les moines cisterciens accompagnant le mouvement des croisades et sa prospérité jusqu’au départ des croisés de la Terre sainte à la fin du XIIIe siècle. Cette collection se compose principalement de merveilleux éléments architecturaux, comme les chapiteaux et les consoles qui affichent les deux styles successifs, roman et gothique. S’offrent également au regard des sceaux à pain eucharistiques qui dateraient de la période qui suivit le départ des Occidentaux.
Puis, une nouvelle ère débute lorsque les moines orthodoxes s’installent officiellement au monastère en 1603. Leur mode de vie, leurs activités et leurs coutumes sont illustrés par de nombreux types d’artefacts, parmi lesquels figurent des pièces exceptionnelles. Ainsi, on peut admirer des icônes, des vêtements et des objets liturgiques, tels des croix, des calices, des patènes ou des tabernacles, délicatement ornés. On peut aussi découvrir des spécimens uniques de la collection de manuscrits du monastère, qui recèlent parfois des enluminures aux couleurs vives, ainsi que des carreaux en céramique produits à Damas au XVIIe siècle, « glaçurés » et peints avec des motifs de toute beauté.
Inaugurée le 17 décembre dans une extension du musée, l’exposition « Le pain sacré : de l’offrande au sacrifice » invite le public à explorer le parcours du pain levé dans le rite orthodoxe, aussi connu sous le nom de « prosphore » ou offrande. Après les indications sur ses origines devant une icône de la Cène, on se retrouve face à une table de cuisine pour découvrir la recette de sa confection, ainsi que les sceaux ornés de formules religieuses qui servent à marquer la pâte avant de l’introduire dans le four. Une vidéo permet de mieux comprendre le processus, étape par étape. C’est ensuite la préparation de l’offrande ou Proscomidie, qui se déroule habituellement dans la Prothésis, qui est mise en scène. Le parcours s’achève avec le clou de l’exposition : trois tabernacles exceptionnels, de tailles et de formes diverses, dans lesquels sont traditionnellement déposés les restes de l’Eucharistie, le Jeudi saint.
Le monastère, toujours actif, accueille ses visiteurs tous les jours. Le musée et l’exposition ouvrent leurs portes sur demande par téléphone au 06/930311.
Et comme l’écrivait Nadia Tuéni dans Vingt Poèmes pour un amour, 1979 :
« C’est à Balamand qu’on retrouve encore,
Une odeur d’Antioche et de sycomore,
De foule impériale et du Chrysostome,
De Constantinople aux toits polychromes. »
Directrice du département d’archéologie et de muséologie Université de Balamand
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