Des soldats libanais à un barrage sur une route de la région de Marjeyoun, le 28 novembre 2024. Photo AFP
La différence entre l’échec de la mise en œuvre de la résolution 1701 de l’ONU et le succès potentiel de l’accord de cessez-le-feu qui a été proclamé la semaine dernière entre le Hezbollah et Israël repose principalement, pour un haut conseiller américain, sur la mise sur pied d’un comité international de surveillance. C’est ce qu’a annoncé dimanche Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président américain Joe Biden, au cours d’un entretien sur la chaîne américaine NBC. Il était interrogé sur sa confiance dans le fait que les différents points de l’accord de cessez-le-feu, et notamment le retrait des armes du Hezbollah au nord du Litani, seraient respectés, contrairement à l’après-guerre de 2006.
M. Sullivan a exprimé sa confiance dans l’accord et le comité international, ainsi que l’importance de voir les quelques premiers jours « délicats » passer, afin que le cessez-le-feu temporaire se transforme en paix durable le long de la frontière entre le Liban et Israël, alors que l’armée israélienne continue de tirer à un rythme quotidien depuis l’entrée en vigueur de la trêve mercredi.
Mise en œuvre et suivi du cessez-le-feu
Ce comité, sur lequel compte Washington, a commencé à prendre forme ces derniers jours, avec l’arrivée au Liban vendredi de son coprésident, le général de division américain Jasper Jeffers. La venue de ce dernier à Beyrouth, où il a rencontré vendredi le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Joseph Aoun, a été annoncée par le commandement central des États-Unis (Centcom) dans un bref communiqué. Le général Jeffers, selon ce texte publié samedi, travaillera dans un premier temps aux côtés de l’émissaire américain Amos Hochstein, en attendant qu’un coprésident « civil et permanent » soit nommé. Avec les autres membres du comité, qui comprennent l’armée libanaise, l’armée israélienne, la Force intérimaire de l’ONU au Liban et la France, dont les représentants n’ont pas encore été officiellement annoncés, ils s’assureront de « la mise en œuvre et du suivi du cessez-le-feu entre Israël et le Liban », selon le Centcom.
Le général Jeffers avait notamment été dépêché avec l’armée américaine lors de l’invasion de l’Irak en 2003, ainsi qu’en Afghanistan et en Syrie, selon son CV disponible sur le site des forces armées. D’après certaines informations rapportées dans les médias libanais, l’officier américain est arrivé avec une équipe de 12 personnes et a officiellement lancé sa mission qui consistera dans un premier temps à établir les mécanismes de surveillance.
Aucun soldat américain sur le terrain au Liban-Sud
Dans son entretien sur NBC, Jake Sullivan a réitéré, comme l’avait déjà fait Joe Biden dans son discours d’annonce du cessez-le-feu, qu’aucun soldat américain ne sera déployé au Liban-Sud.
L’idée d’envoyer des forces internationales supplémentaires au Liban, en complément de la Finul, avait été évoquée pendant les négociations, mais jugée improbable. Selon l’analyste Kassem Kassir, proche du Hezbollah, ce sera à la Finul et aux conseillers internationaux d’assurer une présence sur le terrain, parallèlement à l’armée libanaise.
Une source au sein de cette dernière a affirmé à L’Orient-Le Jour que cette équipe est notamment chargée de déterminer si l’une des parties est autorisée à riposter à une violation des termes de l’accord. Ces violations doivent d’abord être signalées au comité, selon une source au sein de l’armée libanaise, avant que toute action ne soit entreprise, et en cas d’infraction, « le comité agira immédiatement ».
Intervention en cas de violation du cessez-le-feu
Le mandat du comité établit que si Israël viole le cessez-le-feu, l’armée libanaise peut être autorisée à riposter, et vice versa pour Israël en cas de violation par le Hezbollah. Si l’armée libanaise choisit de ne pas répondre, le comité peut tout de même intervenir, bien que la nature de ses actions reste floue.
Selon l’accord, qui s’appuie sur la résolution 1701 de l’ONU adoptée en 2006 pour mettre un terme à la guerre d’un mois entre le Hezbollah et l’armée israélienne, seules l’armée libanaise et la Finul peuvent opérer au sud du Litani. Une disposition restée lettre morte depuis. Le cessez-le-feu, négocié par les États-Unis et la France, met fin à un conflit de plus de 13 mois entre le Hezbollah et Israël, parallèlement à la guerre à Gaza. Selon le ministère libanais de la Santé, près de 4 000 personnes ont été tuées et environ 16 000 autres blessées dans les attaques israéliennes au Liban depuis octobre 2023.
Les violations
Toutefois, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, des violations ont été signalées, avec des tirs israéliens d’artillerie, de drone et de mitrailleuse sur des villages frontaliers, ainsi que deux bombardements, à deux jours d’intervalle, sur Baïssariyé, dans la périphérie de Saïda, au nord du Litani. L’armée israélienne continue en parallèle d’avancer dans certaines localités dont elle n’était pas parvenue à prendre le contrôle pendant la guerre, notamment certains quartiers de Khiam.
Le comité n’a pas encore pris de mesure concrète en réponse à ces violations.
Nous avons essayé, sans succès, de joindre l’ambassade des États-Unis et la Finul pour davantage d’explications sur la composition et le rôle du comité de supervision. L’ambassade de France, elle, n’était pas immédiatement en mesure de donner des « détails techniques ». Des médias locaux rapportent toutefois dimanche soir que le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, est attendu dans les prochaines 48 heures au Liban afin de discuter, notamment, du comité de surveillance et de ses missions.
Avant l’annonce du cessez-le-feu, des différends avaient éclaté concernant la formation de ce comité, qui constituait un des grande points d’achoppement des pourparlers. Le Liban s’était notamment opposé à la participation au sein du groupe de représentants du Royaume-Uni et de l’Allemagne, jugés favorables à Israël, tandis que l’État hébreu a tenté sans succès d’exclure la France. Selon une source israélienne citée le 27 novembre dans le Haaretz, le revirement israélien serait lié à une décision française de reconnaître « l’immunité » du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant la Cour pénale internationale (CPI).




Ils "surveillent" bien : déjà plus de 50 violations par les Israéliens !
13 h 06, le 02 décembre 2024