Il existe un proverbe arabe que l’on pourrait traduire ainsi : « Lis, cela te réjouit ; tente et cela t’attriste. » Ce proverbe s’avère particulièrement pertinent pour décrire le bilan du communisme tel qu’il a été mis en pratique au cours du XXe siècle. Bien que les principes fondamentaux de la doctrine aient eu pour objectif de construire une société plus égalitaire en éliminant les inégalités sociales, l’appréciation de ses résultats demeure sujette à controverse. En effet, bien que l’idéalisme du communisme puisse sembler attrayant en théorie, sa mise en pratique a souvent entraîné des conséquences malheureuses, notamment l’émergence de régimes autoritaires, de crises économiques et de souffrances humaines.
Le communisme, développé par Karl Marx et Friedrich Engels, prône la propriété collective des moyens de production et l’abolition des classes sociales. En 1848, les deux philosophes publient ensemble le Manifeste du Parti communiste introduisant le matérialisme historique qui considère l’histoire comme une série de luttes de classes. Marx prévoit la chute du capitalisme dans Le Capital, son ouvrage majeur, tandis qu’Engels explore la dialectique dans Dialectique de la nature. Ces deux œuvres constituent les piliers de la pensée marxiste.
Au XXe siècle, le communisme, mis en place dans plusieurs pays, a pris diverses formes en fonction des dirigeants, du contexte historique et des acteurs impliqués, donnant lieu à différentes variantes idéologiques, telles que : le marxisme-
léninisme qui se caractérise par l’implantation d’un parti révolutionnaire et une conception de l’État comme instrument de la dictature du prolétariat ; le maoïsme qui met l’accent sur la lutte des paysans et la continuation de la révolution après la prise du pouvoir ; le trotskisme qui prône une révolution permanente à l’échelle mondiale ; le communisme libertaire qui rejette l’État et promeut l’autogestion par les travailleurs et les communautés.
Malgré cette diversité, l’objectif commun du communisme était de créer une société équitable, sans classes, fondée sur la propriété collective des moyens de production et cela afin de contrer les inégalités du capitalisme, avec, pour aspiration ultime, une société sans État dans laquelle les conflits de classe disparaîtraient.
Les régimes communistes ont souvent évolué vers des régimes autoritaires non démocratiques, et cela pour plusieurs motifs tous liés entre eux. D’une part, l’idéologie totalitaire du communisme prétend détenir la vérité absolue et résoudre les problèmes du monde, justifiant, de ce fait, l’autoritarisme afin d’imposer cette vision. D’autre part, la doctrine communiste qui prône la prise de pouvoir par la classe ouvrière via la révolution ainsi que la direction par un parti unique, entraîne une concentration du pouvoir entre les mains d’une minorité. Cette concentration de pouvoir réprime l’opposition politique, censure les médias et persécute les critiques du régime.
Toutefois, la mise en pratique des théories communistes varie considérablement d’un pays à l’autre, avec des degrés différents d’autoritarisme et de répression.
L’égalité absolue, bien que séduisante, rencontre des défis complexes. La collectivisation et l’égalisation des salaires, visant la justice, freinent l’initiative individuelle, diminuant motivation et productivité, et causant parfois des pénuries. De plus, la bureaucratie des régimes a souvent conduit à des conditions de travail lamentables, limitant la liberté syndicale et le bien-être des travailleurs.
Les économies centralisées et planifiées des régimes communistes ont souvent été confrontées à des inefficacités économiques et à de graves pénuries, comme cela a été le cas en URSS, en Chine et dans d’autres nations communistes. Ainsi, en réponse à la famine sévère qui a frappé la Russie entre 1918 et 1920, dans un contexte de guerre civile, Lénine a dû temporairement introduire la NEP (Nouvelle politique économique). Cette politique a permis une libéralisation limitée de l’économie, accordant une certaine liberté d’entreprise et d’initiative privée, notamment dans l’agriculture et le petit commerce, dans le but de stabiliser la situation économique. Toutefois, sous le règne de Staline, la NEP a été abandonnée en faveur d’une politique de collectivisation plus stricte, ce qui a conduit à des problèmes d’approvisionnement significatifs, à des crises économiques accrues et à des famines. Ainsi, en Chine, la Grande Famine (1959-1961) causée par une collectivisation rapide et forcée de l’agriculture, a entraîné la mort de 20 à 30 millions de personnes.
Parallèlement à ces difficultés économiques, les régimes communistes ont également été marqués par des périodes de répression et de souffrance humaine. Dès les premières années de la révolution bolchevique en Russie de 1917 à 1924 et sous la direction de Lénine, l’oppression politique était répandue. La police secrète, la Tchéka, jouait un rôle central dans la répression de toute opposition. Cependant, la situation s’est encore détériorée sous le règne de Joseph Staline, de 1924 à 1953. Cette période a été associée à des crimes graves et à de nombreuses violations des droits de l’homme. Parmi les événements les plus sombres, figurent la Grande Purge des années 1930, la famine artificielle en Ukraine en 1932 et en 1933, connue sous le nom d’Holodomor, causant entre 2,6 et 5 millions de morts, les déportations massives vers les goulags, la répression politique, le déplacement massif de populations et la censure et le contrôle strict de l’information. Les estimations du nombre total de victimes des politiques de répression de Joseph Staline totalisent jusqu’à 20 millions de personnes.
Sous Mao Zedong, la Chine, de son côté, a connu des périodes de répression sévère, dont surtout à la Révolution culturelle (1966-1976), elle a causé une purge politique massive, persécutant des millions de personnes et entraînant des destructions culturelles et économiques, avec les Gardes rouges attaquant intellectuels et citoyens considérés comme contre-
révolutionnaires.
D’autres pays communistes ont également enregistré des périodes de répression, comme le Cambodge sous les Khmers rouges. Dirigé par Pol Pot entre 1975 et 1979, il a connu un génocide brutal qui a fait près de 1,7 million de morts, soit environ 21 % de la population du pays à l’époque. En Corée du Nord, le régime de la dynastie Kim a été, lui aussi, associé à des violations des droits de l’homme, à des exécutions et à des camps de travail, bien que des données précises sur la question soient difficiles à obtenir en raison de l’opacité du régime. Enfin, Cuba sous Fidel Castro a aussi connu des persécutions politiques ainsi que des violations des droits de l’homme.
Malgré les critiques souvent justifiées adressées aux régimes communistes, certains d’entre eux ont néanmoins obtenu des résultats notables dans des domaines-clés comme la santé, l’éducation, l’industrialisation et la réduction de la pauvreté. Ainsi, la Yougoslavie sous Tito a instauré un système d’autogestion ouvrière permettant aux travailleurs de contrôler les entreprises. Ce système a conduit à un développement industriel réussi ainsi qu’à une stabilité économique. De plus, le pouvoir yougoslave décentralisé a accordé une large autonomie aux républiques fédératives, respectant les particularités culturelles et économiques régionales de chacune d’elles. Enfin, Tito a maintenu une politique de neutralité pendant la guerre froide, favorisant les relations économiques avec les pays occidentaux et les investissements étrangers et préservant un secteur privé significatif. La Chine de son côté, depuis les réformes économiques de Deng Xiaoping à la fin des années 1970, a connu une croissance rapide, devenant la deuxième plus grande économie mondiale. De même, les réformes du renouveau, dites « Doi Moi » dans les années 1980 ont transformé le Vietnam en une économie dynamique avec des taux de croissance élevés, réduisant significativement la pauvreté et améliorant les conditions de vie de millions de personnes. Quant à l’URSS, elle est devenue la deuxième puissance mondiale sous Staline et a maintenu cette position jusqu’à sa dissolution en 1991.
Cependant, ces succès se sont souvent accompagnés de sacrifices importants en termes de liberté individuelle et de droits de l’homme, même dans la Yougoslavie de Tito, considérée comme le régime communiste le plus ouvert.
Les débats autour du communisme ne sont pas clos, les idéaux d’égalité et de justice sociale continuent d’inspirer de nombreux mouvements sociaux. Le communisme est à la fois un rêve brisé et une leçon de l’histoire, rappelant que les idéologies ne sont pas des recettes miracles. Les résultats obtenus par les régimes communistes montrent la complexité et les défis de la transposition des idéaux théoriques en réalités pratiques. En effet, la construction d’une société juste et durable exige un dialogue constant entre l’idéal et le réel et entre les aspirations collectives et les contraintes sociales.
Le défi pour les générations futures consistera à s’inspirer des réussites et des échecs du passé afin de bâtir un avenir meilleur dans lequel les valeurs d’égalité et de solidarité ne seront pas sacrifiées au profit de l’autoritarisme.
Georges Élias BOUSTANI
Architecte D.P.L.G.
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20 h 07, le 20 novembre 2024