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Économie - Focus

Au Liban, les producteurs de sérums physiologiques encaissent le choc de la guerre

Le marché ne risque toutefois pas de connaître de pénurie à court terme.

Au Liban, les producteurs de sérums physiologiques encaissent le choc de la guerre

Une machine dans une usine. Photo tirée du site de Serum and Solutions.

Dans le village de Saraïne dans la Békaa, Serum and Solutions a vu sa production s'arrêter il y a près d'un mois. Son directeur général, Hamad Abdallah, – dont la famille est également propriétaire de l'hôpital Rayak dans la Békaa – fournissait tous les types de poches de sérums physiologiques aux hôpitaux publics et privés du pays.

« Lorsque les frappes israéliennes se sont intensifiées (à partir du 23 septembre), notre village faisait partie des zones les plus touchées », explique Hamad Abdallah, dont la société, lancée en 2020, est la dernière des trois compagnies productrices de sérums au Liban à intégrer ce marché. Ses 120 employés qui vivaient à proximité de l'usine de 10 000 mètres carrés ont tous fui lorsque les frappes se sont rapprochées, forçant Hamad et son frère Majd à stopper leur production.

L’activité délocalisée de la Békaa à Hazmiyé

Avec plus de 12 400 blessés et des milliers d'hospitalisés en raison de la guerre, les sérums physiologiques sont considérés comme des produits médicaux essentiels pour les soins critiques et de routine dans les établissements médicaux. Utilisés pour lutter contre la déshydratation et les déséquilibres électrolytiques, ils sont aussi nécessaires pour la réanimation et l'administration d'autres médicaments dans la circulation sanguine. Or si le Liban reste très dépendant de ses importations, les sérums sont l'un des rares produits entièrement fabriqués localement, les trois acteurs libanais couvrant aujourd'hui 100 % de la demande, estimée à 10 millions de poches de sérums physiologiques en 2023.

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Afin d’essayer de maintenir un certain niveau d’activité, les frères Hamad et Majd Abdallah sont « personnellement partis à la recherche de (leurs) employés pour en rassembler autant que possible et travailler seulement à partir de l'entrepôt de la Békaa dans l’objectif d’approvisionner le plus possible les hôpitaux ». Mais malgré le système de rotation mis en place, ils ont rapidement dû faire face à d'autres problèmes : aucun conducteur de camion n'était encore disposé à circuler dans la Békaa. Pour compliquer encore plus les choses, leur principal fournisseur de poches en plastique utilisées pour contenir les sérums, Plastimed, a également fermé temporairement ses portes dans le Sud, car les employés n'arrivaient plus à l'atteindre.

Pour résoudre ce problème, Hamad Abdallah a établi rapidement un entrepôt dans le bâtiment de ses bureaux à Hazmiyé, et y a délocalisé une partie de ses employés, pour continuer à fournir les hôpitaux en sérums. Cependant, le directeur général de Serum and Solutions affirme que les approvisionnements ne sont suffisants que pour la fin de l'année. « La situation n'est pas durable », ajoute-t-il.

À Choueifate, les affaires reprennent leur cours normal

Et les frères Abdallah ne sont pas les seuls à subir les conséquences de la guerre, leurs concurrents aussi : si Alfa Labs n'a pas souhaité répondre à nos questions, Serum Products, a lui aussi dû temporairement fermer boutique, après que les environs de Choueifate (Chouf), où est basée son usine, ont été ciblés par l’armée israélienne fin septembre.

L’usine a repris sa production le 21 octobre, après une suspension d'environ trois semaines. Tout comme pour Serum and Solutions, Tarek Tabbara, PDG de Serum Products qui emploie près de 80 personnes, souligne qu’il a lui aussi dû faire face à un manque temporaire de main-d'œuvre lié aux bombardements intensifs et continus .

« Nous avons suspendu nos activités pendant un certain temps car nous ne pouvions pas dire à nos employés de continuer à travailler, étant donné les circonstances risquées », explique Tarek Tabbara, qui disposait à l’époque de suffisamment de stocks pour tenir environ pendant deux mois et demi. « Nous avons veillé à ce que nos distributeurs de la Békaa et du Sud soient toujours approvisionnés », explique Tarek Tabbara. Cette situation a aussi été exacerbée par le fait qu’il est également devenu très difficile d'accéder à l'usine entre la zone de Hay el-Sellom, dans la banlieue sud de Beyrouth, et Choueifate. « Pour s'y rendre, il faut passer par des zones fortement bombardées de la banlieue sud », souligne-t-il.

« La demande s'est stabilisée »

En conséquence de cette interruption, Tarek Tabbara précise que ses stocks ont baissé, « mais nous augmentons actuellement notre capacité de production pour rattraper le mois perdu et reconstituer nos stocks », continue-t-il. Selon lui, les ventes ont augmenté de 25 % en août et en septembre, en raison des rumeurs de guerre et du surstockage qui en a résulté. « Mais aujourd'hui, la demande sur le marché s'est stabilisée et est retombée », indique-t-il..

Les médicaments injectables par voie intraveineuse, tels que les analgésiques et certains médicaments gastro-intestinaux, continuent en revanche de témoigner d’une augmentation significative. « Rien qu'en septembre, nous avons vendu trois fois plus de produits qu'en temps normal », souligne le PDG de Serum Products. Il explique que cela n'est pas seulement dû au nombre plus élevé de blessés de guerre, mais aussi à l'augmentation des intoxications alimentaires et des maladies gastriques que les personnes déplacées développent suite aux conditions de vie insalubres.

Grâce à leurs efforts, les fabricants locaux arrivent malgré tout à assurer une distribution régulière aux hôpitaux et à couvrir l’intégralité de la demande locale. « Chacun des trois producteurs peut couvrir le marché à lui seul, rassure M. Tabbara, mais il faudrait pour cela qu'il ajoute deux ou trois équipes en rotation et qu'il dispose des matières premières nécessaires. » 

Dans le village de Saraïne dans la Békaa, Serum and Solutions a vu sa production s'arrêter il y a près d'un mois. Son directeur général, Hamad Abdallah, – dont la famille est également propriétaire de l'hôpital Rayak dans la Békaa – fournissait tous les types de poches de sérums physiologiques aux hôpitaux publics et privés du pays.« Lorsque les frappes israéliennes se sont intensifiées (à partir du 23 septembre), notre village faisait partie des zones les plus touchées », explique Hamad Abdallah, dont la société, lancée en 2020, est la dernière des trois compagnies productrices de sérums au Liban à intégrer ce marché. Ses 120 employés qui vivaient à proximité de l'usine de 10 000 mètres carrés ont tous fui lorsque les frappes se sont rapprochées, forçant Hamad et son frère Majd à stopper leur...
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