Vue sur l'un des quartiers de Beyrouth, le 8 octobre 2024. Photo Mohammad Yassine/L'OLJ
La Banque mondiale, qui tient actuellement ses assemblées annuelles conjointes avec le Fonds monétaire international à Washington, a publié vendredi son rapport annuel faisant état de ses principaux projets.
Ce rapport est complété par un autre, publié le 17 octobre dernier et consacré à la zone MENA. Le Liban, dont la situation est jugée très incertaine en raison du contexte sécuritaire, est cité à plusieurs reprises dans les deux documents. Toutefois, il faudra attendre le prochain Lebanon Economic Monitor (LEM), un rapport semestriel généralement publié avant Noël, pour connaître le diagnostic complet de la Banque mondiale sur l’état de l’économie libanaise. En juin, la Banque mondiale avait finalement renoncé à publier le précédent LEM, signalant un degré d’incertitude déjà élevé.
Pour l’heure, la BM se contente de tabler une sur une contraction de 1 % du PIB libanais en 2024 (soit l’estimation valable à fin juin), et évite de se prononcer pour 2025. Il y a quelques semaines, l’Institut de la Finance internationale, une organisation regroupant plusieurs centaines de grandes banques dans le monde, a publié un rapport tablant sur une contraction de 7 % en 2024 et d’au moins 10 % en 2025. Et cette semaine, l’Independent Task Force for Lebanon (ITFL), un groupe d’experts libanais, a estimé que les pertes économiques dues à la guerre d'Israël contre le Liban pourraient dépasser vingt milliards de dollars, soit le niveau auquel est descendu le PIB après la crise qui éclaté en 2019.
La guerre de Gaza a commencé le 7 octobre 2023, et dès le lendemain, Israël et le Hezbollah échangeaient déjà des tirs dans la zone frontalière. Depuis l’été, le conflit s'est considérablement étendu.
Le rapport global
La principale information du rapport global de la BM concerne le montant de ses engagements dans le monde pour l’exercice 2024. Le document met en avant un total de « 117,5 milliards de dollars d’engagements en prêts, dons, prises de participation et garanties » comptabilisés au cours de l'exercice 2024 « en faveur de pays partenaires et d’entreprises privées » via les diverses institutions du groupe, dont la Société financière internationale et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).
Un peu moins du tiers de cette enveloppe a été investi en Afrique (38 milliards de dollars), tandis que la zone MENA, où se situe le Liban, n’a absorbé que 5,5 % (soit 6 milliards). L’Europe et l’Asie centrale ont été les destinataires de 21 % du total (24,7 milliards), devant la zone regroupant l’Amérique latine et les Caraïbes (16,5 % ou 19,4 milliards), l’Asie du sud 13,5 % ou 15,9 milliards), et l’Asie de l’Est et le Pacifique (10,8 % ou 12,5 milliards). Seul le petit groupe de pays que la BM n’inclut dans aucune de ces catégorie a moins bénéficié d’engagements cette année (avec seulement 400 millions de dollars).
Avec une population totale de près de 284 millions d’habitants, un PIB par habitant affichant une croissance timide de 1,2 %, et près de 20 millions de personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour, selon les données du rapport global, la zone MENA présente d’importantes faiblesses structurelles, malgré une croissance globale qui se maintient.
Le rapport régional
Selon le rapport régional, la Banque mondiale indique s’attendre à ce que le PIB régional progresse de 2,2 %, contre 1,8 % en 2023, dans un contexte marqué par la guerre qui embrase le Liban, la Cisjordanie et Gaza depuis le 7 octobre 2023. À titre de comparaison, l'économie mondiale affiche une croissance de 2,6 %, inchangée depuis l'année dernière.
L’organisation de Bretton Woods souligne que « depuis les années 1990, le nombre d'épisodes de conflit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) a plus que doublé, tandis que la part des décès mondiaux dans cette région a été multipliée par six ».
« Cette hausse masque d'importantes disparités au sein de la région » entre les pays producteurs de pétrole et ceux qui en importent, précisent les analystes de la Banque mondiale. « Dans les pays en développement importateurs de pétrole, la croissance passera de 3,2 % en 2023 à 2,1 % en 2024, les répercussions du conflit en cours se répercutant directement sur certains pays et exacerbant les vulnérabilités préexistantes dans d'autres. La croissance du PIB réel dans les pays en développement exportateurs de pétrole passera de 3,2 % en 2023 à 2,7 % en 2024 », détaille encore la Banque mondiale.



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12 h 09, le 27 octobre 2024