Bonjour Angoisse
Les yeux ouverts je cours aux nouvelles
Beyrouth mon bébé
Où en es-tu ?
Tu es si malade
Tu agonises
Beyrouth, mon Beyrouth
En pleine éruption
Du venin injecté dans tes veines t’empoisonne
Qui a le droit ?
Qui a le droit de faire ça ?
À mon enfant ?
Je vomis mes émotions
Je t’évite
J’évite de voir ton haleine qui fume au-dessus de toi
Tu dégages des gaz grisonnants malodorants
Je détourne mon regard de toi
Terre convoitée
Être libanais c’est quoi ?
Vivre sans lendemain
Sans projection
Sans savoir de quoi sera fait demain
Incertitude
C’est vivre la guerre encore, encore et encore
Être libanais c’est recevoir un soufflet en pleine figure tous les quelque temps
C’est être atteint d’une maladie rare et incurable tel un cancer
lancinant aux aguets
Il vous donne quelques années de répit pour revenir de plus belle, rampant, sournois, en vos entrailles et vous détruit en votre for intérieur savourant chaque centimètre de plus d’envahi
Des périodes de rémission avant l’agonie
Tel un parasite, un champignon, une pourriture, une tumeur qui se nourrit de votre sang en attendant votre lente descente en enfer
Elle aspire de plus en plus de sève pour prendre encore plus de volume
Et éjecter des missiles pour étendre ses dégâts
Dans tes entrailles, un coup c’est l’aorte, un coup c’est ton foie, puis une rafale de coups c’est ton ventricule droit
Oui encore une fois lève-toi pour tes enfants
Bats-toi
Cette fois-ci tous tes organes sont atteints
Nord, Sud, Centre...
Je me détourne de toi
Non je ne peux pas
À force de consulter, je consulte, je consulte, je consulte, le verdict est le même on ne peut plus rien pour lui
Entourez-le
Choyez-le
Aimez-le
Les jours sont comptés
Et la fin ira très vite
La dernière lancée est la pire et la plus rapide de toutes
Tellement de docteurs endoctrinés autour de toi incapables de faire quoi que ce soit pour toi
La voilà elle arrive sans prévenir
Elle nous prend au dépourvu
Elle nous fouette en pleine figure
Vite, vite, docteur
Je reste à ton chevet
Je te tiens la main
Tu hallucines
Moi aussi
Tu dépéris
Tu agonises
Je veux me réveiller de ce cauchemar, je suis fatiguée, je suis épuisée,
emporte-moi
Oui je te comprends
Moi aussi je ne peux plus te voir souffrir
Oui pars
Envole-toi
Va dans les cieux
Tu deviens intouchable et éternel
On te pleure tu nous manques
Dis-moi comment me remettre debout
Peut-on s’en remettre un jour ?
Beyrouth on se retrouvera
Sophie KILZI
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