Un physiothérapeute aide un Palestinien dans le centre de santé japonais de l’Unrwa à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 29 octobre 2024. Bachar Taleb/AFP
Depuis longtemps très critique à l’égard de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, l’État hébreu a franchi un cap ce lundi en faisant voter par son Parlement une lois interdisant « les activités de l’Unrwa sur le territoire israélien », y compris à Jérusalem-Est, secteur de la Ville sainte occupé et annexé depuis 1967.
Le texte, combiné à un second tout aussi largement adopté, interdit aux responsables israéliens de travailler avec l’Unrwa et ses employés. Le vote de la Knesset a suscité un véritable tollé à l’international, entamé lundi soir par les États-Unis, la France ou encore le Royaume Uni, et qui s’est poursuivi mardi.
Le porte-parole de l’Unicef a notamment souligné que l’agence qu’il dirige ne peut pas distribuer des fournitures vitales sans le soutien de l’Unrwa, et que la décision de la Knesset constituait une nouvelle manière de « tuer des enfants ».
Avec environ 18 000 employés entre la Cisjordanie occupée et Gaza, dont 13 000 enseignants et 1 500 personnels de santé, l’agence fournit de l’aide aux réfugiés palestiniens depuis sa création en 1949.
Punition collective
Dès lundi soir, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a déclaré que la mise en œuvre d’une loi interdisant à l’Unrwa d’opérer en Israël « pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour les réfugiés palestiniens dans les territoires palestiniens occupés, ce qui est inacceptable ». M. Guterres a ajouté qu’il portera la question à l’attention de l’Assemblée générale de l’ONU, qui compte 193 membres.
La position exprimée par le secrétaire général a été reprise par de nombreux cadres onusiens ainsi que par l’Organisation mondiale de la santé.
« Si l’Unrwa n’est pas en mesure de fonctionner, on assistera probablement à l’effondrement du système humanitaire à Gaza », a déclaré James Elder, porte-parole de l’Unicef, qui a beaucoup travaillé à Gaza depuis le début de la guerre le 7 octobre. « Une telle décision signifie donc que soudain, un nouveau moyen a été trouvé pour tuer des enfants », a-t-il dit.
D’autres agences de l’ONU ont déclaré au cours de la même réunion qu’il serait impossible de combler le vide. « L’Unrwa est indispensable et il n’y a pas d’alternative à ce stade », a déclaré pour sa part le porte-parole du bureau humanitaire de l’ONU, Jens Laerke. En réponse à la question de savoir si l’interdiction représentait une forme de punition collective à l’encontre des habitants de Gaza, il a déclaré : « Je pense que c’est une description juste. »
L’Organisation internationale pour les migrations a fait savoir que l’OIM ne pouvait pas remplacer l’Unrwa à Gaza, mais qu’elle pouvait apporter davantage d’aide aux personnes en crise. « C’est un rôle que nous sommes très, très désireux de jouer et que nous allons intensifier avec le soutien des diverses parties prenantes », a affirmé sa directrice générale Amy Pope.
Le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a lui dénoncé une décision « intolérable » qui aura des « conséquences dévastatrices ». « Elle contrevient aux obligations et aux responsabilités d’Israël », a-t-il ajouté, en soulignant que « l’Unrwa est une bouée de sauvetage irremplaçable pour le peuple palestinien ».
Pour Jonathan Fowler, porte-parole de l’agence à Jérusalem, l’organisation est l’épine dorsale du travail humanitaire dans les territoires palestiniens, notamment à Gaza. « L’Unrwa est irremplaçable (…), essentielle. Cela reste un fait, quelle que soit la législation adoptée hier », a déclaré M. Fowler, qui a qualifié le projet de loi de « scandaleux », au cours d’un entretien avec l’AFP dans les locaux de l’Unrwa à Jérusalem-Est.
Vote « honteux » pour l’Irlande
Au niveau international, l’Irlande n’a pas mâché ses mots mardi. « La mesure la plus importante que l’Union européenne pourrait prendre maintenant est de revoir les relations commerciales au niveau de l’Union européenne. Ce qu’Israël et la Knesset ont fait la nuit dernière est méprisable, déshonorant et honteux », a déclaré le Premier ministre Simon Harris. Le dirigeant s’exprimait à l’occasion d’une visite à Dublin du futur président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa, qui doit prendre ses fonctions d’ici à la fin de l’année.
« Davantage de gens vont mourir, davantage d’enfants vont mourir de faim », s’est-il indigné. « Je discuterai avec Antonio Costa cet après-midi de la façon dont l’Europe doit maintenant trouver le courage moral d’agir, selon moi », a poursuivi Simon Harris. « L’Irlande, l’Espagne, la Belgique, la Slovénie et d’autres demandent davantage d’action au niveau de l’UE, je pense que ce serait très efficace et je continuerai à défendre ce point de vue », a-t-il encore déclaré.
L’Irlande est avec l’Espagne notamment l’un des pays européens les plus critiques vis-à-vis d’Israël depuis le début de la guerre à Gaza. Les deux pays, ainsi que la Norvège – non membre de l’UE – et la Slovénie ont reconnu en mai et juin l’État de Palestine. En février, l’Espagne et l’Irlande avaient demandé à la Commission européenne d’agir « de manière urgente » pour vérifier si Israël respectait « les points essentiels » de l’accord d’association qui l’unit à l’UE « en matière de droits humains et de principes démocratiques ».
Condamnations aux niveaux régional...
Toujours mardi, le Qatar, pays médiateur dans la guerre à Gaza, a condamné l’interdiction par Israël de l’Unrwa, mettant en garde contre ses « conséquences catastrophiques ». L’Unrwa joue un « rôle vital » dans la bande de Gaza, assiégée et dévastée par plus d’un an de guerre entre Israël et le Hamas, a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, en soulignant que le pays du Golfe s’était engagé récemment à lui fournir 100 millions de dollars. « La communauté internationale ne peut rester silencieuse face à ce mépris de ses institutions », a ajouté le responsable qatari, dont le pays tente depuis des mois de négocier un accord de trêve et une libération des otages retenus à Gaza.
Le ministère turc des Affaires étrangères a de son côté déclaré mardi que la décision d’Israël d’interdire à l’Unrwa d’opérer à l’intérieur du pays constituait une violation flagrante du droit international et vise à empêcher les Palestiniens déplacés de rentrer chez eux. Dans un communiqué, il a soutenu que cette mesure visait à perturber les efforts déployés pour trouver une solution au conflit israélo-palestinien fondée sur la coexistence de deux États, ajoutant que l’Unrwa apportait une aide vitale aux Palestiniens. « En tant que président du groupe de travail sur le financement de l’Unrwa, la Turquie continuera à fournir un soutien politique et financier à l’agence », a ajouté le ministère.
La Jordanie a elle aussi réagi mardi, dénonçant une tentative d’« assassinat politique » de cette agence. « L’adoption de ces lois fait partie d’une campagne systématique contre l’Unrwa et constitue une poursuite des efforts acharnés d’Israël en vue de l’assassiner politiquement, tout en intensifiant sa guerre agressive contre le peuple palestinien », a dénoncé le porte-parole du ministère jordanien des Affaires étrangères. « Ces mesures et pratiques israéliennes sont illégales et invalides », a-t-il ajouté.
... et international
Le vote israélien des deux textes adoptés à d’écrasantes majorités n’a pas tenu compte de l’opposition apparente des États-Unis, qui s’étaient déclarés lundi « très préoccupés » par ce qui n’était encore que des projets de lois. « Nous avons clairement fait savoir au gouvernement israélien que nous étions profondément préoccupés par cette proposition de loi », avait déclaré à la presse le porte-parole du département d’État, Matthew Miller, réitérant le rôle « crucial » joué par l’agence onusienne dans la distribution de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Quelques minutes après, le Parlement israélien adoptait les deux textes.
La France quant à elle n’a pas tardé à réagir. Paris à « déploré très vivement » le vote de la Knesset dans un communiqué mardi de son ministère des Affaires étrangères. « La mise en œuvre de ces lois aura des conséquences très graves sur la situation humanitaire à Gaza, déjà catastrophique, mais également dans l’ensemble des territoires palestiniens occupés », a estimé le Quai d’Orsay, qui a « réaffirmé son soutien à l’Unrwa » et sa volonté de continuer « de veiller à ce que soient mises en œuvre les réformes nécessaires à la neutralité de son action ».
L’Allemagne a aussi « critiqué vivement » la nouvelle loi. La commissaire chargée de la Politique des droits de l’homme et de l’Assistance humanitaire en Allemagne, Luise Amtsberg, a notamment déclaré que cette décision « rendrait effectivement impossible le travail de l’Unrwa à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est (...) mettant en péril l’aide humanitaire vitale pour des millions de personnes ». « L’action israélienne contre une organisation mandatée par l’ONU qui accomplit un travail essentiel depuis 1950 est un dangereux signal de manque de respect pour les Nations unies et pour la coopération internationale », a-t-elle ajouté.
Le Royaume-Uni s’est lui aussi dit « gravement préoccupé », selon son Premier ministre britannique Keir Starmer. « Cette législation risque de rendre impossible le travail essentiel de l’Unrwa pour les Palestiniens. Elle met en péril l’ensemble de la réponse humanitaire internationale à Gaza et la fourniture de services essentiels de santé et d’éducation en Cisjordanie », a-t-il dénoncé, jugeant que la situation humanitaire à Gaza est « tout simplement inacceptable »



L'URNWA n'est pas là pour éveiller la haine des Palestiniens à l'égard d'Israël. Israël y parvient très bien tout seul, sans se forcer, comme un grand, merci !
18 h 42, le 31 octobre 2024