Le patriarche maronite, Béchara Raï, célébrant la messe à Bkerké, le 27 octobre 2024. Photo tirée de la page Facebook du patriarcat maronite
Le patriarche Béchara Raï a, pour la première fois, reproché nommément au président de la Chambre, Nabih Berry, de bloquer l’élection présidentielle.
« Le président de la Chambre, Nabih Berry, est responsable du blocage de la présidentielle, parce qu’il boucle le Parlement alors qu’il est obligé (de par la Constitution) de l’ouvrir », a tonné le chef de l’Église maronite dans un entretien accordé à La Voix du Liban durant le week-end.
Au-delà du fait que ces propos interviennent quelques jours avant la deuxième commémoration de la vacance à la tête de l’État (après la fin du mandat de Michel Aoun, le 31 octobre 2022), il s’agit de la première fois que le chef de l’Église maronite s’en prend nommément à M. Berry et l’accuse aussi clairement d’entraver l’élection d’un nouveau président, plus haut poste réservé aux maronites dans la hiérarchie officielle. Le prélat a lancé cette accusation dans un contexte tendu pour le chef du législatif. Tout en étant le négociateur en chef avec les États-Unis, à travers leur émissaire pour le Liban, Amos Hochstein, pour que prenne fin la guerre opposant le Hezbollah à Israël, M. Berry est menacé depuis quelques jours de sanctions américaines pour avoir « bloqué » avec son allié chiite la tenue de la présidentielle libanaise. À cela s’ajoutent les récentes frappes israéliennes contre des régions considérées comme des fiefs berrystes. Une démarche perçue comme étant porteuse de messages israéliens musclés envers celui qui jongle entre son alliance avec le Hezbollah et son statut de négociateur officiel au nom d’un Liban sans président.
Le patriarche ne s’est pas contenté d’attaquer explicitement le chef du législatif. Il a de nouveau critiqué le forcing exercé par M. Berry pour que le futur chef de l’État soit le fruit d’un consensus général. Pour lui, il faut qu’il y ait une élection en bonne et due forme comme le stipule la Constitution. « Certains plaident pour une entente autour de la présidentielle, alors que cela est contraire à la Constitution parce que tout maronite a le droit d’accéder à la présidence de la République. Et ils en sont conscients », a lancé Béchara Raï dans une pique à Nabih Berry qui a longtemps conditionné la reprise des séances parlementaires dédiées au scrutin (suspendues depuis le 14 juin 2023) par un dialogue qui aboutirait à un accord généralisé. Une condition que le président de la Chambre a, dans la foulée des revers subis par le Hezbollah sur le terrain, abandonné afin d’accélérer la tenue de la présidentielle mais… pas avant un cessez-le-feu.
C’est autour de ce dernier point qu’a porté une autre critique de Mgr Raï à M. Berry mais aussi au Hezbollah qui continue, dans la pratique, de lier le pays et ses échéances constitutionnelles à la fin de la guerre, un conflit « dont le peuple et le gouvernement libanais ne veulent pas, et auquel le pays a été entraîné après avoir abandonné la neutralité », a dit Mgr Raï qui avait longtemps pressé pour consacrer ce principe et garder le Liban loin des conflits régionaux. « Ce qui se passe aujourd’hui retarde la présidentielle qui s’éloigne à mesure que l’on continue de la lier à l’arrêt de la guerre au Liban et à Gaza », a regretté le patriarche, rappelant que « le pays qui agonise a besoin d’un président qui bénéficie de la confiance du peuple libanais et qui a des compétences en matière de sécurité et d’économie ».
Le sommet religieux et la conférence de Paris
Mgr Raï a évité d’évoquer les noms de présidentiables, se faisant l’écho du Saint-Siège sur ce plan. « Le Vatican œuvre avec plusieurs pays pour la tenue de la présidentielle, mais ne se mêle pas des noms », a-t-il assuré, faisant valoir que le pape François l’a interrogé sur les raisons derrière le retard mis à combler le vide à Baabda. Le patriarche (qui s’est également entretenu avec le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Saint-Siège) a par ailleurs confié avoir remis au souverain pontife trois documents : l’un politique, axé sur la vacance à la tête de l’État, le deuxième portant sur la situation sociale après le déplacement massif de la population à cause de la guerre entre Israël et le Hezbollah, et un troisième reprenant le communiqué publié à l’issue du sommet religieux islamo-chrétien tenu à Bkerké le 16 octobre.
Ce texte, adopté avec l’aval de tous les chefs religieux, y compris le président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Ali el-Khatib, proche du tandem chiite, avait notamment plaidé pour un cessez-le-feu immédiat, l’application de la résolution 1701 (2006) du Conseil de sécurité – qui avait mis fin à la guerre de 2006 entre le parti de Dieu et l’État hébreu – dans son intégralité (notamment pour ce qui est du retrait du parti chiite des zones au sud du Litani). Les dignitaires avaient également appelé à l’élection d’un « président qui bénéficierait de la confiance de tous les Libanais, de la plus large entente et du plus grand consensus ».
Dans son homélie prononcée dimanche à Bkerké, Béchara Raï s’est attardé sur ce communiqué soulignant que le sommet « a insisté, comme les précédents, sur les constantes au cœur de la formule libanaise, à commencer par l’unité des Libanais autour de leur État, en passant par la solidarité qui transcende tous les différends politiques ». « Nous suivons avec les chefs religieux les modalités de la mise en œuvre du communiqué de ce sommet, qui a constitué une lueur d’espoir en ces temps sombres », a encore dit le chef de l’Église maronite.
Sur un autre registre, le patriarche s’est félicité de la conférence de « soutien au peuple et à la souveraineté du Liban » tenue jeudi dernier à Paris à l’initiative du président français, Emmanuel Macron. Outre l’enveloppe d’un milliard de dollars sur laquelle elle a débouché, la conférence a convergé avec le sommet religieux de Bkerké sur les prochaines étapes à suivre sur le double plan politique et militaire au Liban. Mgr Raï y a donc vu « une feuille de route pour une solution diplomatique du conflit en cours ».




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VOUS NE CENSUREZ PAS MES ECRITS. VOUS ME BOYCOTTEZ. LE BOYCOTTAGE DE MON MOT A L,ARTICLE DE MONSIEUR MOUNIR RABIH EN EST LA PLUS GRANDE PREUVE. 3AYB !
13 h 28, le 28 octobre 2024