Tania Saleh, une artiste multidisciplinaire qui cultive la fantaisie. Portrait publié avec l'aimable autorisation de Tania Saleh
Bien qu’installée en France depuis deux ans, Tania Saleh n’oublie pas pour autant son pays en guerre. L’auteure, compositrice, interprète et artiste visuelle libanaise sort, le 11 novembre*, Le3eb Wled Zghar (Jeu d’enfants), un album de chansons pour les enfants du Liban, complété par une série de vidéos d’animations (qui seront disponibles graduellement sur sa chaîne YouTube à partir de ce vendredi 25 octobre) et un cahier d’illustrations à colorier, qui sera pour une large part distribué aux enfants de familles défavorisées et déplacées par cette nouvelle phase de violence.
La couverture de l'album de chansons pour enfants de Tania Saleh.
« Cela faisait des années que je rêvais de sortir un album de comptines pour enfants. Depuis que mes deux garçons étaient en bas âge. Mais l’occasion ne s’était pas présentée. L’idée m’est revenue quand face à toute cette souffrance que subissent les enfants de mon pays et de Gaza, j’ai ressenti le besoin de faire quelque chose pour les soulager dans la mesure de mes moyens et de mes compétences. Car, même de loin, je ne pouvais pas rester les bras croisés », confie à L’Orient-Le Jour la chanteuse. Elle s’est lancée, il y a quelques mois, dans ce projet d’écriture, de composition et de production d’une collection de 10 chansons accompagnées de petites vidéos d’animations adressées à « tous les enfants libanais, et en particulier à ceux dont les familles ont été déplacées, qui pourront ainsi les écouter et les regarder sur les téléphones portables de leurs parents».
Pour les enfants de la diaspora aussi
Des chansons douces, raconteuses de petites histoires, qui offrent un espace de rêve aux petites têtes brunes prises dans la tourmente des événements. Mais des chansons que Tania Saleh a aussi pensées pour les petits Libanais de la diaspora. « En raison de l'instabilité continue dans notre région, de nombreuses familles libanaises ont dû émigrer et sont dispersées à travers le monde. Leurs enfants, en général, parlent mal l'arabe et ne sont plus familiers avec les valeurs avec lesquelles nous avons grandi », avance celle qui avait envie de « rapprocher ces petits Libanais de l’étranger de ceux qui vivent au Liban. En leur faisant découvrir la richesse de la culture du pays du Cèdre à travers un contenu auditif et visuel à la fois divertissant et pertinent ». D’où l'idée de leur composer en arabe dialectal, de nouvelles comptines accompagnées d’animations sur des thèmes aussi variés que la créativité, l'agriculture, la générosité de la nature, l'amitié, le travail d’équipe, la musique, la liberté, l’histoire de nos ancêtres ou encore la peur de la guerre…
Des thématiques libanaises que cette chanteuse et compositrice fidèle à sa fibre de raconteuse d’histoires met à hauteur d’enfants à travers des récits et des aventures de personnages enrobés de fantaisie magique dans ce Le3eb Wled Zghar. Et dont la berceuse Marjouhetna, (Notre balançoire), déjà disponible sur You Tube en donne un tendre avant-goût.
Un projet à trois volets (chansons, animations, illustrations) que Tania Saleh a quasi totalement autoproduit et réalisé en solo de A à Z, hormis la contribution des musiciens français, à Paris où elle réside et travaille depuis 2022.
Le déracinement, ce sentiment qui taraude l’exilé
Enregistré en France, masterisé en Suède, cet album « pour le financement duquel j’ai bénéficié du soutien de la Fondation Philippe Jabre », signale-t-elle, devance de quelques mois la sortie de son prochain album, « prévue en mars ou avril prochains », au ton plus personnel et intimiste. « Toujours en arabe, en dialecte libanais », précise celle qui n’aime chanter que dans sa langue maternelle, « il s’intitulera Fragile. En référence à la chanson phare Qabila lil Kasr (traduisible par Attention fragile !) qui s’inspire de ces étiquettes collées sur les valises transportant des objets fragiles. Une allégorie de la situation des personnes exilées et de cette fragilité qu’induit le sentiment de déracinement qui les taraude. « C’est un ressenti qui m’obsède depuis que je suis loin de mon pays », avoue Tania Saleh. « Et cela même si je remercie le ciel de me trouver en sécurité en France avec mes enfants et que je lui suis reconnaissante de tout ce qu’elle m’offre », ajoute celle qui, ne pouvant plus persister au Liban en tant qu’artiste indépendante, après les multi-crises qui s’y sont succédé ces dernières années, a fini par rejoindre ses deux fils étudiants dans l’Hexagone.
Ayant fondé avec des proches, en 2022, une association « Tantune » qui s’occupe de propager la culture libanaise en Europe, cette artiste pluridisciplinaire y multiplie les activités allant dans ce sens. Qu’il s’agisse de projets d’illustration graphique ou de films d’animation (domaines de compétence d’origine de cette ex-publicitaire qui a travaillé vingt ans à l'agence Leo Burnett Beyrouth), de concerts ou de lectures poétiques en langue arabe…
« Avec Zeina Abirached, nous avons récemment donné une lecture du Prophète de Gebran Khalil Gebran à La Maison de la poésie à Paris. Un exercice que nous allons réitérer le 22 novembre, avec Guillaume Retail, au théâtre de La Criée à Marseille, dans le cadre des rencontres d’Averroès. Avec Nada Yafi, une amie qui a traduit des œuvres de poètes de Gaza, j’ai également donné une lecture de leur répertoire à la fête de L’Humanité. Une performance que je vais aussi reprendre le 9 novembre à l’Institut du monde arabe», signale aux intéressés cette raconteuse d’histoires pour petits et grands. Qu’elles soient en paroles, en musiques ou en images…
* Le3eb Wled Zghar de Tania Saleh sera disponible sur toutes les plateformes de streaming à partir du 11 novembre.


