Photo prise pendant les réunions de travail du GAFI qui ont précédé la plénière de février 2024. Photo tirée de la page Facebook du GAFI
C’est une semaine chargée qui commence lundi pour plusieurs organisations internationales clés agissant sur les plans économique et financier.
La Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) vont en effet tenir à Washington leur traditionnelle réunion annuelle, dont les travaux préliminaires commencent dès lundi 21 octobre. Le gouverneur par intérim de la Banque du Liban (BDL), Wassim Manssouri, sera sur place.
À Paris, le Groupe d’action financière (GAFI), organisation de référence pour la conformité bancaire et la lutte contre la criminalité financière, entamera du 20 au 25 octobre ses réunions de travail, qui se concluront par l’une de ses trois plénières annuelles – avec celles de février et de juin.
C’est à l’issue de cet événement que l’organisation devrait, sauf report très improbable à ce stade, entériner le retour du Liban dans sa liste « grise » des pays qui doivent combler d’importantes lacunes pour se conformer au cahier des charges du GAFI et seront donc placés sous « surveillance renforcée ».
« Ce qui change lors de cette plénière par rapport aux précédentes, c’est que le plan d’action élaboré par le GAFI et la Commission spéciale d’investigation (CSI) est finalisé. Il s'agit du plan qu'étaye le GAFI avec le pays concerné pour placer ce pays sur les rails d'une sortie de la liste grise. Le Liban aurait choisi la CSI (juridiction libanaise compétente pour enquêter sur les crimes financiers) comme interlocuteur privilégié », explique Walid Kadri, membre du conseil d’administration de l’Autorité libanaise des marchés de capitaux et expert en affaires bancaires.
« Ce n’était pas le cas lors des autres plénières du GAFI qui ont eu lieu depuis l’évaluation qui a échoué en 2023, laquelle a conduit l’organisation à formuler le plan d'action pour éventuellement inscrire de nouveau le pays sur la liste grise, alors qu’il avait pu en être retiré en 2016 », ajoute-t-il. Un premier dirigeant de banque contacté par L'Orient-Le Jour affirme, de son côté, que l'inscription du Liban sur la liste grise est inéluctable, selon « les échos qui lui sont parvenus de l'étranger. »
Facteur sécuritaire
L’un des facteurs qui pourrait encore jouer, concernant l'officialisation du passage à la liste grise, est lié à la situation sécuritaire dans le pays, avec la guerre ouverte et intense qui oppose depuis fin septembre Israël et le Hezbollah. Contactée, une source bien informée estime que la durée des affrontements pourrait sceller le sort du Liban, notamment en raison de l’insistance d’Israël (membre du GAFI depuis 2018) et de ses alliés. Il n’est cependant pas impossible que l’État libanais obtienne un sursis en raison de cette même situation, si les membres du GAFI considèrent cette inscription comme contre-productive. « À ce stade, il s’agit de spéculations. Mais ce qui est certain, c’est que le pays est déjà virtuellement sur la liste grise, que la plénière du GAFI l’officialise maintenant ou en février. L'important reste de penser au jour d'après et l'exécution minutieuse et cadencée du plan d'action », considère Walid Kadri.
Un autre dirigeant de banque, s’exprimant lui aussi sous anonymat, souligne que les banques correspondantes et les autres acteurs financiers qui traitent avec le Liban ont déjà intégré la possibilité que le pays retrouve la liste grise dans leurs procédures de contrôle de conformité et les coûts qu’elles induisent sur les transactions. Le gouverneur p.i. de la BDL a multiplié les réunions à Washington et à Londres ces dernières semaines pour atténuer les effets d’un tel scénario.
Le premier dirigeant de banque contacté estime que l'inscription sur la liste grise « ne va pas affecter les relations de l'enseigne qu'il dirige avec ses correspondantes » et que son cas n'est pas une exception. « Des contacts ont eu lieu avec les principales d'entre elles, et le niveau de contrôle de conformité dans un environnement très difficile que nous garantissons les a rassurées », note-t-il. Il estime que les récents événements ont eu un « impact marginal » sur l'activité des banques libanaises en général, compte tenu du fait que le secteur fonctionnait déjà en « mode minimal » depuis le début de la crise socio-économique en 2019. Les autorités n'ont toujours pas entamé les réformes demandées par le FMI pour restructurer le secteur bancaire et assainir le passif financier du pays.
Modification des règles du GAFI
Le suspense va en tout cas être maintenu jusqu’au bout. La source bien informée indique que le GAFI veille à ce qu’aucune information tangible ne soit divulguée avant que son assemblée plénière ne prenne de décision, tandis qu'aucune information concernant le plan d’action préparé n’a pour l’instant fuité.
Le plan d’action permettra de savoir quels sont les chantiers que le Liban doit lancer en priorité pour sortir au plus vite de la liste grise. Selon les précédentes évaluations, le pays possède un système de normes satisfaisant sur le papier, mais celles-ci ne sont pas efficacement mises en œuvre. Il a été particulièrement mal noté sur chacun des piliers évaluant l’efficacité de l’appareil judiciaire et des forces de police dans les affaires de blanchiment d’argent.
Le Liban n'est en tout cas pas le seul dossier que le GAFI aura à trancher. Jeudi dernier, l'organisation a annoncé avoir « apporté des changements majeurs aux critères d'inscription des pays sur ses listes afin d'alléger les pressions exercées sur les pays les moins avancés et de se concentrer sur les pays qui présentent des risques plus importants pour le système financier international », selon les agences de presse.
Neuf des 21 pays figurant actuellement sur la liste grise du GAFI font partie de ceux que les Nations unies considèrent comme les moins avancés. Le GAFI a déclaré qu'il ne réexaminerait ces pays que s'il estimait qu'ils présentaient un risque significatif de blanchiment de capitaux, de financement du terrorisme ou de financement de la prolifération. Il a ajouté que ces changements pourraient réduire de moitié le nombre de pays les moins avancés figurant sur sa liste grise. Le GAFI a enfin indiqué qu'il se concentrerait sur l'examen de ses membres ayant des revenus plus élevés et d'importants actifs dans le secteur financier.



C’est la liste noire qu’il faut.
09 h 28, le 21 octobre 2024