Abdallah Moussaoui, chef de l'unité de Tyr pour la Défense civile. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
Il y a un mois, le 9 septembre, des funérailles étaient organisées pour trois volontaires de la Défense civile libanaise, tués lors d’une frappe de drone israélienne dans la localité de Froun, à Bint Jbeil (Liban-Sud). Abdallah Moussaoui, chef de l’unité de la Défense civile pour le caza de Tyr, était présent, se montrant accueillant, comme à son habitude, malgré les circonstances. Après cette frappe toutefois, l’homme se disait de plus en plus inquiet pour son équipe, avait-il déclaré à L’Orient-Le Jour. Selon lui, cette attaque était « un message de l’ennemi ».
Quand Israël est soudainement passé à l’offensive au Liban-Sud et dans la Békaa, à partir du 23 septembre, après près d’un an de guerre d’usure avec le Hezbollah, de plus en plus de secouristes en service sont devenus des cibles. Parmi les plus de 2 000 personnes tuées au Liban, dont plus de la moitié au cours des trois dernières semaines seulement, l’on compte ainsi des dizaines de secouristes. Pour autant, Abdallah Moussaoui et ses équipes ont poursuivi leur travail, retournant sur le terrain et continuant leurs opérations de sauvetage quotidiennes. « C’est notre devoir et notre travail », nous avait-il alors dit.
Mais ce mercredi 9 octobre, alors qu’il se trouvait dans le salon d’une église du village de Derdghaya, dans le caza de Tyr, Abdallah Moussaoui a été tué avec six autres personnes, pour la plupart des membres de la Défense civile, par une frappe aérienne israélienne.
« L’incarnation d’un employé courageux »
Selon un communiqué de la Défense civile, Abdallah Moussaoui est né en 1961 dans le village d’Arzoun (Tyr). Il a commencé à travailler pour la Défense civile en tant que contractuel en 1997, à 34 ans, avant d’en devenir membre permanent en 2016. Il était marié et père de trois enfants.
Son frère Bassam avait suivi ses traces, devenant membre permanent de la Défense civile environ trois mois après le début de la guerre à Gaza, le 7 octobre 2023. Il était avec Abdallah Moussaoui dans l’église lorsque les avions israéliens l’ont bombardée. Ils auront vécu et travaillé côte à côte. Ils sont morts côte à côte. Ils laissent derrière eux trois autres frères et sœurs, alors qu’un troisième frère de la famille avait, lui, été tué lors d’une attaque israélienne en 1996 et un autre était décédé dans un accident de voiture.
Ali Safieddine, chef de l’unité de la Défense civile pour la ville de Tyr, a déclaré à L’Orient Today que Abdallah Moussaoui avait travaillé sans relâche depuis le début du conflit entre le Hezbollah et Israël, le 8 octobre 2023, et le communiqué de la Défense civile publié après sa mort l’a décrit comme « l’incarnation d’un employé courageux au service du pays et de ses citoyens ».
Le maire d’Arzoun, Hussein Husseini, rejoint Ali Safieddine dans ses propos. « Abdallah était une personne loyale qui a sacrifié sa vie pour défendre son peuple dans le Sud. Malgré le danger dans toutes les guerres, il n’est jamais parti », a-t-il dit, ponctuant ses déclarations au téléphone de longues pauses silencieuses, reflétant toute la dévastation causée par cette perte.
Jusqu’à cette dernière attaque israélienne contre des secouristes, la plus meurtrière était celle contre des médecins au Liban le 27 mars, quand l’armée israélienne a bombardé un centre médical à Hebbariyé, dans le caza de Hasbaya, tuant sept secouristes volontaires du Corps islamique d’urgence et de secours (IERC). Les sept victimes avaient moins de 25 ans.
« Qui sera la prochaine cible ? La Croix-Rouge ? Les hôpitaux ? » s’est ensuite demandé le maire d’Arzoun. « Je ne peux pas décrire combien cette perte est immense, mais le sud du Liban – le Liban – mérite de vivre dignement. » Mohammad Nazzal, qui faisait également partie des personnes tuées mercredi, avait pour habitude « d’ouvrir des routes et de déblayer les débris après les frappes aériennes israéliennes », a-t-il ajouté.
Le trésorier de la municipalité d’Arzoun, Khalil Husseini, qui a quitté son village après les frappes meurtrières du 23 septembre, a, lui, qualifié les victimes de la frappe de mercredi de « martyrs du devoir national ». Dans le cadre de son travail, ce dernier était en contact direct avec de nombreux membres de l’équipe tuée et regrette que les frères Moussaoui n’aient pas pu profiter longtemps de leur promotion au sein du personnel permanent de la Défense civile.
« Les victimes travaillaient au nom du Liban, elles n’avaient aucune autre appartenance », a-t-il dit. « Il y avait quelqu’un qui s’appelait Joseph Badaoui avec eux, du village de Derdghaya, lors de la frappe. Ces personnes ont prouvé que la coexistence entre chrétiens et musulmans est la caractéristique principale du Liban, et elles ont incarné cela sur le terrain avant de devenir, ensemble, des martyrs. »




Rien a dire, sauf qu’espérer voir nos responsables crever l’un après l’autre
06 h 52, le 12 octobre 2024