Le chef des Marada, Sleiman Frangié, s'entretenant avec le président de la Chambre, Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, le 7 octobre 2024. Photo tirée de la page Facebook du chef du législatif
« Le Hezbollah devrait expliquer plus en détail ce qui se passe », a déclaré mardi le ministre sortant de l’Information, Ziad Makari, à la chaîne locale MTV. Venant d’une figure proche du parti des Marada, allié du Hezbollah, ces propos méritent de s’y attarder. C’est en effet l’une des rares fois où un proche de Sleiman Frangié, candidat officiel du tandem chiite à la présidence de la République, critique ouvertement (quoique de façon mesurée et prudente) son grand allié traditionnel. Il le fait juste après les claques que le Hezbollah a subies ces dernières semaines dans le cadre de sa guerre en cours avec Israël.
Au vu donc de son timing, la prise de position de M. Makari pourrait être révélatrice des difficiles calculs que devrait faire Sleiman Frangié, se trouvant aujourd’hui dans une position peu enviable. D’une part, son camp est affaibli, jusqu’ici, par le conflit militaire en cours qui risque de se prolonger. De l’autre, il a besoin de ménager l'opinion chrétienne qui, toutes tendances confondues, ne cache pas son opposition au déclenchement de la guerre par la milice chiite. M. Frangié serait donc fort probablement en train d’œuvrer pour redorer son image et se présenter en candidat consensuel pouvant se distancier du Hezb.
Quelques jours après la frappe israélienne du 27 septembre contre la banlieue sud de Beyrouth, dans laquelle a péri le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le président de la Chambre, Nabih Berry, allié le plus constant de ce parti, a créé la surprise, en faisant un pas en arrière. Après de longs mois d’insistance, le chef du législatif s’est dit prêt à convoquer le Parlement à une séance ouverte avec des tours de vote successifs jusqu’à l’élection d’un nouveau président « consensuel », même sans la tenue d’une table de dialogue en amont comme il le réclamait. Deux jours plus tard, Nabih Berry publiait conjointement avec le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, et le leader druze Walid Joumblatt un communiqué qui semblait tracer les grandes lignes de la prochaine phase. Celle-ci devrait être principalement axée sur un cessez-le-feu, l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité (qui avait mis fin à la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah) et l’élection d’un chef de l’État consensuel.
Pour se lancer dans une telle démarche, Nabih Berry a dû obtenir en catimini le feu vert du Hezbollah. Certains ont donc interprété cet appel comme un signe que le tandem chiite, affaibli par les frappes israéliennes, pourrait désormais être disposé à lâcher Sleiman Frangié. Mais cela ne veut pas dire que le leader des Marada est dejà hors course. D’autant plus qu'il continue de croire (ou veut faire croire) qu’il a encore des chances d'être élu à la présidence. « Nabih Berry est toujours attaché à ma candidature », a-t-il d’ailleurs affirmé depuis la tribune de Aïn el-Tiné, où il s’est rendu en début de semaine pour s’assurer de la poursuite du soutien du tandem chiite, en dépit des appels à l’élection d’une figure consensuelle. Car plusieurs observateurs voient mal le Hezbollah accepter un candidat « de provocation » à l’heure où il risque de sortir fragilisé de la guerre en cours.
C’est probablement pour cette raison que Nabih Berry a pris le soin de rassurer son candidat dans les médias : « Sleiman Frangié pourrait faire l’objet d’une entente élargie », a affirmé le président de la Chambre à deux reprises. « Nous avons confiance en M. Berry qui est resté attaché à la candidature de Sleiman Frangié quand tout le monde l'a lâchée », a d'ailleurs rappelé le député Marada, Tony Frangié, dans une interview accordée à la MTV jeudi.
Derrière le clin d’œil à Joseph Aoun
Mais Sleiman Frangié est conscient que les choses pourraient bien progresser dans le sens de l’élection de ce qu’on appelle communément « une figure de troisième voie », une option longtemps associée au commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun. Ce dernier était d’ailleurs le seul nom que le chef zghortiote a évoqué nommément à l’issue de son entretien avec Nabih Berry. Il a été jusqu’à reconnaître que le numéro un de l’institution militaire est « celui qui a le plus de chances d’être élu ». Certes, ce clin d’œil à Joseph Aoun ne relève pas du simple hasard. Le chef des Marada met en lumière ses bons rapports avec le commandant de la troupe, dans ce qui sonne comme un message indirect au chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, prêt à tout pour barrer la voie de Baabda devant sa bête noire, le général Joseph Aoun. C’est donc une façon pour M. Frangié de donner une première indication de son candidat favori à la tête de l’État, en cas de retrait de la course. Même si l’heure d’une telle décision n’a pas encore sonné, comme l'ont montré des propos de Tony Frangié, jeudi. « À la tête de l'armée, Joseph Aoun a gagné une légitimité. C'est pour cela que nous avons avalisé la prorogation de son mandat (en décembre 2023). Mais cela ne signifie pas que nous faisons une concession pour lui », a dit le parlementaire, affirmant que « rien ne prête à croire que Sleiman Frangié se retirera de la course ».
Mais un éventuel retrait suffira-t-il à hisser Joseph Aoun au palais présidentiel ? Non, ou du moins pas dans la configuration actuelle, dira-t-on dans les milieux politiques. Car pour remporter le scrutin, le chef de l’armée doit encore s’assurer l’appui des blocs parlementaires représentant les différents groupes communautaires. Ce n'est pas une mince affaire, à moins que ne sonne l'heure d'un grand compromis régional.



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Il fallait lire: "Fort de nos 2 deputes nous avons avalisé la prorogation de son mandat (en décembre 2023)". A defaut d'etre représentatif les Frangieh veulent nous faire croire que ce sont une force politique de plein droit.
10 h 10, le 14 octobre 2024