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Nos lecteurs ont la parole

Cronos ou la déchéance du perfide

Qu’il soit financé par l’Iran ou par les États-Unis, qu’il ait pour but de défendre la Palestine ou un autre pays, le Hezbollah n’a aucune raison d’être au Liban.

La stratégie des dirigeants du Hezbollah est fondée sur deux principes : le choix du profil des partisans et la propagande chargée de fausses promesses. En effet, les bases du recrutement sont claires : les jeunes sont la cible de ce parti, la jeunesse étant l’âge de l’ignorance par excellence, avec un besoin d’appartenance ravivé par un fond de pauvreté. Or, ce besoin d’appartenance chez les jeunes défavorisés constitue incontestablement un des fondements anthropologiques de la nature humaine, comme le décrit Roger Caillois dans son livre L’homme et le sacré, dans lequel il dit que « le pouvoir, comme le sacré, semble une grâce extérieure. On la reçoit par investiture, initiation ou sacre. On la perd par dégradation, indignité ou abus ». Les partisans du Hezbollah, en proie à un aveuglement entretenu par la naïveté face à un système retors, craignant la puissance des chefs et victimes du cynisme des affairistes et des politiciens, sont aveuglés par une soif de puissance, de supériorité religieuse et sociale promise par un système de propagande qui fait miroiter aux yeux des adeptes des espérances utopiques. Le système d’espionnage et l’opportunité offerte aux partisans constituent un sentiment de puissance et permettent aux adeptes de se sentir utiles et efficaces dans la société. La force de ce parti réside en grande partie dans le recrutement de ses militants parmi les populations les plus fragilisées et dans le fait de leur fournir une grille de pensées bien définie. En leur accordant la reconnaissance institutionnelle, le parti a pu effectivement nourrir chez ses adeptes une impression de dignité, renforcée par un renversement des valeurs sociales et par la banalisation des crimes, consistant à ériger une classe profondément manipulée en moteur de l’histoire. C’est ainsi que toute la perception de soi est profondément modifiée : de victimes d’injustice sociale, d’individus anonymes rongés par le sentiment d’infériorité, les adeptes accèdent au statut de « militants », de « gardiens » d’une mission qui leur est présentée par les chefs comme étant sacrée et dont ils ignorent la vraie raison d’exister, qui n’est d’autre que de les utiliser comme objets pour des fins politiques.

Cependant, avec tous les moyens de communication qui existent en 2024, peut-on encore parler d’ignorance ? Ne sommes-nous pas responsables de notre ignorance ? L’ignorance n’est-elle pas une décision de rester dans l’aveuglement ?

S’il y a une part de volonté dans l’acte de connaissance, il y a aussi une part de responsabilité et de volonté dans l’ignorance. Rester dans sa zone de confort est un choix d’éviter certaines connaissances, parce qu’elles révèlent des vérités. La servitude n’est que volontaire et aucun parti ne peut exercer son pouvoir sans ses partisans qui refusent volontairement de surmonter le lavage de cerveau qu’ils ont subi et d’admettre l’erreur dans leurs choix devant une évidence indéniable.

Qu’est-ce que la vérité ? La vérité peut-elle être à ce point relative et empêcher les adeptes de voir la réalité ? En effet, la vérité se base sur la réalité qui, à son tour, devrait se fonder sur les trois principes de jugement : selon le premier principe, la société devrait être en mesure de nommer les objets ou les actes qui l’entourent, ainsi, le fait de tuer quelqu’un, peu importe la cause, est appelé « crime ». Le Hezbollah bafoue également le deuxième principe qui consiste à dire qu’on « ne peut pas être une chose et son contraire à la fois », ce qui implique l’impossibilité d’œuvrer à la fois pour le bien et pour le mal de la société. Le principe du tiers exclu qui remonte à Aristote implique que l’« intermédiaire » n’existe pas dans le fondement de la réalité et donc le Hezbollah ne peut être à la fois libanais et iranien.

Le fait d’accepter et de relayer une propagande qui camoufle des vérités et qui masque des crimes ne peut relever que d’une complicité active. « De quelque sorte que soit le pouvoir, il n’est que la conséquence d’un consentement. La discipline d’une armée n’est pas faite de la puissance des généraux, mais de l’obéissance des soldats », affirme Roger Caillois. Or, les récits mythologiques ont prouvé à travers l’histoire que les despotes finissent par succomber à leur propre arrogance. Le mythe de Cronos relate l’histoire d’Ouranos qui emprisonne ses enfants dans les entrailles de la terre maternelle. À la tombée de la nuit, Cronos s’en prend à son père qu’il émascule, avant d’accéder au pouvoir. Son règne se révèle toutefois aussi tyrannique que celui de son père. À son tour, il engloutit ses propres enfants au fur et à mesure que sa femme les met au monde. Il existe une similitude entre le parcours du chef du Hezbollah et celui de Cronos, dans la mesure où les deux ont œuvré à remplacer le pouvoir ou l’État. Le Hezbollah a envisagé une « restructuration » qui le placerait au sommet du pouvoir. Il a désacralisé la religion et a renversé les principes de l’islam, se substituant ainsi à l’image de Dieu. Néanmoins, lorsque le Hezbollah accède au pouvoir, sa souveraineté se révèle de loin plus déplorable que celle qui existait avant, à savoir celle de l’État qui a été amputé de toutes ses fonctions. La doctrine politique du Hezbollah, considérée dans ses débuts comme le salut d’un peuple assoiffé de justice, prend par la suite une dimension criminelle justifiée par une idée de sacrifice à l’instar de Cronos que le mythe qualifie de « bouc émissaire ».

L’impuissance actuelle du Hezbollah et la déception des partisans rappellent celle de la famille de Cronos qui avait cru que le règne du fils serait meilleur que celui du père. Les partisans aveuglés par le dogme n’ont-ils pas perdu la vue au sens propre du terme dans l’attaque des bipeurs du 17 septembre 2024 ? Les autres, ceux qui se sont rendu compte de leur erreur plus tard ne dissimulent plus leur déception et le constat est clair pour les deux groupes : le Hezbollah va très bientôt s’effondrer. Il se terminera bientôt, laissant derrière lui des catastrophes sociales, politiques, économiques et même environnementales… parce que ce système n’a jamais compris que le peuple libanais est un peuple libre et que le fanatisme et l’obscurantisme n’ont pas leur place dans notre cher Liban.

Lara FADDOUL SAADEH

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Qu’il soit financé par l’Iran ou par les États-Unis, qu’il ait pour but de défendre la Palestine ou un autre pays, le Hezbollah n’a aucune raison d’être au Liban. La stratégie des dirigeants du Hezbollah est fondée sur deux principes : le choix du profil des partisans et la propagande chargée de fausses promesses. En effet, les bases du recrutement sont claires : les jeunes sont la cible de ce parti, la jeunesse étant l’âge de l’ignorance par excellence, avec un besoin d’appartenance ravivé par un fond de pauvreté. Or, ce besoin d’appartenance chez les jeunes défavorisés constitue incontestablement un des fondements anthropologiques de la nature humaine, comme le décrit Roger Caillois dans son livre L’homme et le sacré, dans lequel il dit que « le pouvoir, comme le sacré, semble une...
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Excellent

Eleni Caridopoulou

22 h 23, le 08 octobre 2024

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  • Excellent

    Eleni Caridopoulou

    22 h 23, le 08 octobre 2024

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