Le leader druze Walid Joumblatt, le Premier ministre sortant Nagib Mikati et le président de la Chambre Nabih Berry, à Aïn el-Tiné, le 2 octobre 2024. Photo fournie par le bureau de presse du chef du législatif
« Dans la forme, ce n’était pas très réussi. Mais l’important c’est le fond. » Ces propos tenus jeudi par le chef des Kataëb, Samy Gemayel, résument l’état d’esprit des partis chrétiens au lendemain du communiqué publié mercredi soir par le président de la Chambre, Nabih Berry, le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, et le leader druze Walid Joumblatt, appelant à un cessez-le-feu immédiat entre le Hezbollah et Israël et à l’élection rapide d’un nouveau président de la République. Il a donc suffi que le chef du législatif (chiite) se tourne vers le Premier ministre sortant (sunnite) et son partenaire druze pour que le processus lancé en début de semaine, en quête d’une percée au niveau de la guerre en cours et de la présidentielle, suscite des remous et se trouve face à ses limites. Mais tout le monde, y compris les chrétiens, en convient : l’heure est si grave que ce n’est pas le bon moment pour se noyer dans des querelles futiles. Il faut faire taire les canons et combler le vide à Baabda, un processus dans lequel tous les protagonistes sont impliqués sous la houlette de Nabih Berry.
Tout a commencé mercredi soir, lorsque Walid Joumblatt a appelé le Premier ministre sortant pour s’entretenir avec lui. Nagib Mikati a alors proposé une réunion à Aïn el-Tiné en présence de Nabih Berry, raconte à L’Orient-Le Jour une source proche du Sérail. À l’issue de la réunion, le Premier ministre a donné lecture du communiqué. Dans ses grandes lignes, le texte réitère l’adhésion du Liban au projet de cessez-le-feu lancé par plusieurs pays en marge de l’Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière. Les trois dirigeants ont également renouvelé « l’engagement du gouvernement libanais à appliquer la résolution 1701 du Conseil de sécurité (qui avait mis fin à la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël) et à déployer l’armée au sud du Litani ».
MM. Berry, Mikati et Joumblatt ont par ailleurs appelé leurs « partenaires libanais » à « emprunter le chemin de l’entente et faire preuve de responsabilité en élisant un président de la République capable de calmer les appréhensions de tout le monde ». « Nous appelons à profiter de la dynamique initiée par les contacts que mène le président de la Chambre pour qu’une telle entente ait lieu », ont conclu les trois dirigeants. « Ce texte a été rédigé spontanément lors de la réunion tripartite dont la tenue a été décidée de manière fortuite », affirme à L’OLJ une source proche du Sérail. Une façon de réagir aux accusations de « marginalisation » lancées à la suite de la réunion par plusieurs protagonistes chrétiens. Michel Moawad, député de Zghorta, relevant de l’opposition, y a même vu « un péché lié à la non-conformité au pacte national », comme on peut lire sur son compte X. De son côté, Eddy Maalouf, ancien député du Courant patriotique libre, a écrit sur X : « L’absence des chrétiens est inacceptable. » Et de rappeler que « les chrétiens sont des partenaires à part entière dans ce pays. »
Mikati et Bou Faour se mettent au rabibochage
Mais quelle est la véritable raison derrière l’absence de représentant des chrétiens ? Des sources concordantes confient à L’OLJ que MM. Berry, Mikati et Joumblatt voulaient inclure les chrétiens dans le processus. « Mais ils n’ont pas pu trouver une personnalité qui puisse faire l’unanimité », pour reprendre les termes d’un proche de Nabih Berry. Il se faisait l’écho de Waël Bou Faour, député joumblattiste. À l’issue d’une réunion avec le chef des Kataëb, il a justifié l’absence chrétienne de Aïn el-Tiné par ce qu’il a appelé « le pluralisme excessif » chez les chrétiens, contrairement aux autres. Car Nabih Berry est aujourd’hui le représentant officiel des chiites sur la scène politique, à l’heure où Nagib Mikati est le responsable sunnite le plus haut placé. Quant à Walid Joumblatt, son parti monopolise (ou presque) la représentation des druzes. Quoi qu’il en soit, M. Bou Faour s’est entretenu avec Samy Gemayel dans le cadre d’une tournée auprès des chefs de file chrétiens pour les tenir informés des discussions engagées mercredi à Aïn el-Tiné. Nagib Mikati a, de même, été reçu jeudi soir à Bkerké par le patriarche maronite Béchara Raï.
La présidentielle
À Bickfaya, Waël Bou Faour a précisé que « personne n’a l’intention de marginaliser qui que ce soit ». Samy Gemayel s’est pour sa part réjoui du fait que ce serait « la première fois que le front du Liban (ouvert par le Hezbollah en soutien au Hamas) est dissocié de la guerre à Gaza ». Dans leur communiqué, les trois dirigeants ont en effet réclamé un cessez-le-feu immédiat, sans le lier à l’arrêt des hostilités à Gaza, comme le prône le Hezbollah.
Le chef des Kataëb a appelé Nabih Berry à « convaincre le Hezbollah d’adhérer au communiqué de mercredi, notamment pour ce qui est du déploiement de l’armée sur l’ensemble du territoire ». Évoquant la présidentielle, M. Gemayel a déclaré que dans la prochaine phase, « il sera interdit que quiconque nous mène vers des guerres ou des crises comme celles que nous vivons aujourd’hui ». « Il ne faut pas qu’une des composantes du tissu libanais se sente marginalisée et vaincue », a-t-il dit. Une façon pour le député du Metn de se montrer ouvert à l’élection d’une figure consensuelle à la tête de l’État. Ce dernier point a été évoqué lors de l’entretien tenu jeudi à Meerab entre M. Bou Faour et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Selon les informations de L’OLJ, ce dernier « n’a pas évoqué » la question de l’absence des chrétiens de la réunion tripartite de mercredi. « Nous avons discuté de l’importance d’élire un président, au vu des derniers développements enregistrés sur ce plan », a déclaré le député joumblattiste à sa sortie de Meerab, mettant l’accent sur « la flexibilité de Nabih Berry qui ne tient plus aux conditions imposées par le passé. Une référence au pas en arrière effectué en début de semaine par le chef du législatif qui s’était dit prêt à convoquer le Parlement à une séance électorale ouverte avec des tours de vote successifs pour élire une figure consensuelle sans passer par un dialogue en amont. Les propos de M. Bou Faour interviennent au lendemain de l’appel du pied fait par Walid Joumblatt aux « FL et aux autres » à retrouver le trio de Aïn el-Tiné à mi-chemin.
Cet appel a résonné chez les Forces libanaises qui ont réitéré, dans un communiqué, leur disposition à prendre part à toute séance parlementaire dédiée à la présidentielle. Mais on n’en est pas encore là. Car avant de passer à l’acte, M. Berry attend l’issue des contacts en cours en quête d’une entente élargie. Parallèlement à ses entretiens avec les divers protagonistes, le chef du CPL, Gebran Bassil, a délégué le député du Koura Georges Atallah chez son collègue FL Fadi Karam. Quant à Nicolas Sehnaoui, également député du parti aouniste, il a été reçu récemment par son collègue Marada Tony Frangié, dont le père Sleiman était jusqu’à récemment le candidat du tandem chiite à la présidentielle et un rival de M. Bassil.
Et le Hezbollah dans tout ça ? Un responsable cité mercredi par Reuters a déclaré que le parti a confié le dossier de la présidentielle à M. Berry. Une information que les milieux du Hezb ne confirment pas.



À Téhéran, des habitants apprennent à manier les armes
Nawaf Salam affirme que l’engagement américain pour la trêve au Liban est « plus important » qu’avant
Je vous parle de loin. Je me trompe peut-être. Mais cette situation me rappelle le magnifique film The Godfather où l'on voit les "famiglia" qui se détestent se réunir pour décider qui aura quoi. Entre-temps, Israël assassine le pays. Pathétique!
15 h 43, le 04 octobre 2024