Un portrait géant à Damas de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah tué quelques jours plus tôt dans une frappe aérienne israélienne sur la banlieue-sud de Beyrouth. Photo LOUAI BECHARA/AFP
« À tes ordres, Nasrallah ». C'est par cet appel que le Hezbollah a annoncé mardi, dans deux communiqués distincts, deux nouvelles attaques contre la région de Tel-Aviv, dans le cadre d'une nouvelle opération contre Israël intitulée « Khaybar ». La bataille de Khaybar, en 628, six ans après l'hégire, avait opposé le prophète Mahomet et ses compagnons à une communauté juive installée dans l'oasis du même nom, au nord-ouest de ce qui est maintenant l'Arabie saoudite.
« En riposte aux massacres »
Les attaques revendiquées dans le cadre de cette opération se veulent en « riposte au pilonnage de civils et aux massacres commis par l'ennemi », qui multiplie les offensives depuis plus d'une semaine sur le Liban-Sud, la Békaa et la banlieue-sud de Beyrouth, avec des frappes ayant parfois pulvérisé des familles entières. Ces attaques ont été menées, selon les communiqués du Hezbollah, « aux cris d'+À t'es ordres Nasrallah+ ». L'exclamation Labayka ya Nasrallah, était scandée par les partisans du secrétaire général du parti Hassan Nasrallah, tué vendredi dernier dans une frappe gigantesque sur la banlieue-sud de Beyrouth.
Ces communiqués sont les premiers mentionnant le chef du parti depuis le 8 octobre, mais ils ne mentionnent pas clairement si l'opération annoncée constituait une riposte à son assassinat.
La première de ces frappes a été menée contre l'armée israélienne et a visé la base de Glilot, sur le littoral de la banlieue-nord de Tel-Aviv, à une centaine de kilomètres de la frontière. Cette base abrite le quartier général du Mossad et de l'unité 8200, chargée de décoder et d'analyser les informations obtenues par les services de renseignements israéliens.
Un seul blessé à Tel-Aviv
Les roquettes ont été interceptées par la défense anti-aérienne israélienne et un éclat de missile intercepteur a blessé un quinquagénaire dans le nord de Tel-Aviv.
La base de Glilot avait déjà été prise pour cible le 25 septembre par le parti chiite, dans une première utilisation officiellement annoncée d'un missile balistique, le Qader-1. Le Hezbollah avait précisé que c'était le Mossad qui était responsable des explosions de bipeurs et talkies-walkies piégés qui avaient fait, les 17 et 18 septembre, des dizaines de morts et des milliers de blessés dans ses rangs. Hassan Nasrallah avait aussi annoncé fin août que ce siège des renseignements avait été visé en riposte à la mort de Fouad Chokor, un commandant militaire de haut rang éliminé un mois auparavant. L'armée israélienne avait cependant démenti toute frappe sur ce complexe.
Dans un deuxième communiqué dans le cadre de cette opération, le Hezbollah a ensuite affirmé avoir visé la base aérienne de Sde Dov, également en périphérie de Tel-Aviv. Cet aéroport, fermé depuis 2019, est situé à huit kilomètres au sud de Glilot. Il ne reste de ce site qu'un terrain vague et la tour de contrôle, après la démolition des bâtiments.
Fadi et Nour
Le Hezbollah affirme avoir utilisé dans cette double attaque des missiles de type "Fadi-4". La formation pro-iranienne avait annoncé pour la première fois une utilisation des missiles de type Fadi, les 1 et 2, lors de ses premières frappes sur Haïfa et sa région, le 22 septembre.
Aucune information n'était immédiatement disponible concernant le Fadi-4. Toutefois, la taille et le poids, et donc la capacité de porter une charge plus importante, de chacun des missiles Fadi révélés jusqu'à présent ayant évolué entre la première et la deuxième génération, l'on peut s'attendre à ce que le 4e de cette série soit plus grand et avec une portée plus longue que les précédents. Le Hezbollah publie pour certains de ses nouveaux missiles une fiche technique détaillant leurs spécificités. S'il l'avait fait pour les Fadi-1 et 2, il n'avait rien publié concernant le numéro 3, révélé il y a une semaine, et ne l'a pas encore fait pour le Fadi-4.
Pour rappel, cette série de missiles porte le nom de Fadi en hommage à Fadi Tawil, un combattant du parti tué lors d'une importante opération contre les Israéliens en 1987. Il était originaire du village de Khirbet Selm, dans le caza de Bint Jbeil, et était le frère du commandant du Hezbollah Wissam Tawil, l'un des premiers militaires de haut rang du Hezbollah assassiné en janvier 2024 par Israël.
Outre ces deux frappes annonçant l'opération Khaybar, assorties de communiqués utilisant de nouvelles tournures, le parti a revendiqué une série d'attaques principalement menées sur des mouvements de troupes israéliennes à la frontière, sur fond d'annonce par l'armée de l’État hébreu d'une « opération terrestre limitée » au Liban-Sud.
Dans un communiqué publié lundi en fin d'après-midi, le Hezbollah avait également annoncé sa première utilisation depuis octobre d'une roquette « Nour », un missile de croisière de production iranienne, avec une portée pouvant atteindre 130 km. Ce projectile de plus de six mètres et 715 kilos vole à une altitude de croisière de 5 à 7 mètres. Le parti chiite l'a utilisé pour frapper Kfar Giladi, un village de la région dite du « doigt de la Galilée », à l'extrême nord d'Israël, face notamment aux villages du caza de Marjeyoun sur l'est de la frontière libanaise.

