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Politique - Guerre Au Liban

« Gaza, c’est loin. Maintenant, ça nous arrive à nous » : à Aïn el-Delb, l’incompréhension et la peur

Dans un seul bâtiment de ce village à proximité de Saïda, on compte 45 tués dans une seule frappe. Des vies brisées et des familles disparues sous les décombres.

« Gaza, c’est loin. Maintenant, ça nous arrive à nous » : à Aïn el-Delb, l’incompréhension et la peur

Les enterrements s'enchaînent dans ce qui était encore récemment un paisible village près de Saïda. Photo Mountasser Abdallah

Il ne reste plus rien du bâtiment en béton que l’aviation israélienne a détruit dimanche, vers 16h, en une frappe, dans le village de Aïn el-Delb, à l'est de Saïda. En une seconde, 45 personnes au moins ont perdu la vie, 70 autres ont été blessées, certaines grièvement, selon un bilan provisoire du ministère de la Santé, lundi à la mi-journée. Des proches continuent d’attendre des nouvelles de membres de leurs familles ou d’amis, alors que les travaux de recherche se poursuivent, 24 heures après les faits.

C’est l’une des plus grandes tragédies du pilonnage sans relâche par l’aviation israélienne au Liban-Sud qui dure depuis une semaine, dans une escalade sans précédent depuis le déclenchement du conflit le 8 octobre 2023. C’est comme si une chape de plomb s’était abattue sur le village, une tristesse renouvelée après la découverte de chaque nouveau corps. Pour enterrer les nombreux morts, des tombes ont été creusées à la hâte dans le cimetière du village, et les enterrements s’enchaînent.

Si le bruit a couru que la cible de la frappe était un membre du Hezbollah, qui n’a toujours pas été identifié, la réalité veut que ce sont surtout des civils qui ont été touchés, comme en témoignent leurs familles.

« Il y a tellement de morts et de blessés que tout être humain normalement constitué ne peut que s’effondrer », lâche le Dr. Mahmoud Amer Haïdar, qui a soigné des blessés à l’hôpital gouvernemental de Saïda. « Je me suis mis à pleurer comme un enfant », ajoute-t-il. Le médecin précise que la plupart des cas sont des femmes, tuées ou blessées, « sorties des décombres ». Il affirme n’avoir rien vu de tel, même s’il a vécu toutes les guerres depuis 1982.

« Ils ont tout simplement disparu »

Jamil Farès a perdu huit membres de sa famille dans ce bâtiment, des cousins avec leurs familles, alors qu’une neuvième parente reste entre la vie et la mort à l’hôpital. « Nous n’y croyons pas, ça dépasse tout entendement », s’insurge-t-il, la voix tremblante. « Ce sont des gens que nous aimions, avec qui nous vivions, nous riions, et qui ont tout simplement disparu. » L’homme a accouru sur les lieux dès qu’il a eu la nouvelle. « Les membres de notre famille ont été retrouvés, d’autres attendent toujours des nouvelles de leurs proches qui habitaient cet immeuble », dit-il.

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Parmi les victimes, une jeune fille et sa mère, Julia Ramadan et Jinane el-Baba, dont les photos ont fait le tour des réseaux sociaux, accompagnées de messages émus. Pas plus tard que quelques heures avant la frappe israélienne meurtrière, Julia postait des demandes de dons pour aider les déplacés du Sud dans sa ville.

Walid Assi, fondateur d’un club culturel appelé « Sab3in » (soixante-dix) à Saïda, connaît bien la famille, notamment le père, qui a miraculeusement échappé à la frappe, tout comme un de ses fils, qui n’a la vie sauve qu’au fait qu’il se trouvait dans sa voiture au parking. « Les parents sont des gens pleins d’initiatives, qui ne ratent jamais l’occasion de secourir leur prochain, comme durant cette crise, et ils ont légué cela à leur progéniture », raconte-t-il.

Rien d’étonnant donc à ce que la famille ait spontanément décidé d’apporter son aide aux déplacés du Liban-Sud, quand leur nombre a brusquement augmenté lundi dernier. « Ils sont venus chez nous et nous avons décidé tous ensemble de collecter des dons pour cuisiner des plats chauds aux déplacés hors des centres d’accueil, une cuisine pour environ 50 personnes, assurée par les deux femmes », poursuit Walid Assi. Et c’est ce à quoi elles étaient probablement occupées lorsqu’elles ont été surprises par la frappe.

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Le père rescapé, Abdel Hamid Ramadan, raconte péniblement cette terrible journée de dimanche. « Nous venions de déjeuner. Il y a eu une première frappe, puis une seconde, qui a fait basculer l'immeuble. J'avais un mal de pied qui m'a empêché de courir, mais j'ai été protégé par des meubles qui ont formé comme une tente au-dessus de ma tête. » Son fils a réussi à se mettre à l'abri, mais sa fille n'a pas eu cette chance. Quant à la mère, elle a été sortie vivante de sous les décombres, mais sa santé fragile n'a pas supporté le choc, et elle est décédée en route vers l'hôpital. « Nous venions de livrer 100 repas la veille », se souvient l'homme, d'une voix étranglée. 

« C’est un génocide »

Les témoins interrogés sont toujours sous le choc et ne comprennent tout simplement pas pourquoi ce paisible lieu est devenu une scène de guerre. Jamil Farès ne pense pas qu’il y ait eu des combattants parmi les civils. « Les habitants étaient vigilants, ils auraient remarqué quelque chose d’anormal », affirme-t-il, tout en ne niant pas qu’il existe désormais une certaine défiance par rapport aux déplacés du Sud.

« Et même s’il y avait un combattant dans l’immeuble, est-ce une raison de tuer cinquante civils ? Il s’agit tout simplement de la criminalité israélienne à l’état pur, celle qui ne recule face à aucun massacre », lance Walid Assi. « C’est un génocide », renchérit le Dr. Haïdar.

Des bribes de vies brisées au milieu des décombres, dans ce bâtiment détruit à Aïn el-Delb. Photo Mountasser Abdallah

Il n’empêche que pour les habitants de Saïda, cette frappe est un brusque retour à la réalité. « Nous voyions ces massacres israéliens à Gaza, mais Gaza est loin. Et là ça nous arrive à nous, et nous nous rendons compte qu’aucun lieu n’est sûr », souligne Jamil Farès, qui habite à proximité. Et la peur s’installe. « Bien sûr que ça nous fait réfléchir, mais nous partirions où ? », se demande le père de famille. « Personnellement, la peur ne me paralyse pas, mais je comprends bien que l’inquiétude se généralise », affirme Walid Assi. Il ajoute : « Finalement, dans de telles circonstances, mourir ou pas est tout simplement une question de chance. » 

Il ne reste plus rien du bâtiment en béton que l’aviation israélienne a détruit dimanche, vers 16h, en une frappe, dans le village de Aïn el-Delb, à l'est de Saïda. En une seconde, 45 personnes au moins ont perdu la vie, 70 autres ont été blessées, certaines grièvement, selon un bilan provisoire du ministère de la Santé, lundi à la mi-journée. Des proches continuent d’attendre des nouvelles de membres de leurs familles ou d’amis, alors que les travaux de recherche se poursuivent, 24 heures après les faits.C’est l’une des plus grandes tragédies du pilonnage sans relâche par l’aviation israélienne au Liban-Sud qui dure depuis une semaine, dans une escalade sans précédent depuis le déclenchement du conflit le 8 octobre 2023. C’est comme si une chape de plomb s’était abattue sur le village, une...
commentaires (2)

Tout le monde réagit après coup comme si ça cela n’était pas évitable. On se demande toujours comment les habitants de ces régions usurpés ont laissé faire un fou sanguinaire qui a décidé que leur vie valait moins que son orgueil.

Sissi zayyat

12 h 22, le 01 octobre 2024

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Commentaires (2)

  • Tout le monde réagit après coup comme si ça cela n’était pas évitable. On se demande toujours comment les habitants de ces régions usurpés ont laissé faire un fou sanguinaire qui a décidé que leur vie valait moins que son orgueil.

    Sissi zayyat

    12 h 22, le 01 octobre 2024

  • C'est bien entendu triste, terrible même... mais le mot "génocide" est bien abusif dans les circonstances. Si intention de génocide il y avait, est-ce que les Israéliens donneraient systématiquement des avis d'évacuation? Si dans certains cas, ils ne le font pas, c'est pour ne pas donner la puce à l'oreille de la personne ciblée. A force d'utiliser ce vocable a tort et à travers, on le dévalue et le dénue de sens. Donc massacre, tragédie, catastrophe, désastre, oui... mais génocide? Pas vraiment!

    Alain

    04 h 02, le 01 octobre 2024

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