Des déplacés se reposent dans une école de Beyrouth, le 26 septembre 2024. Photo AFP
Alors que se tiennent ce dimanche 23 février 2025 les funérailles de l'ancien leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, nous vous proposons la relecture de cet article, initialement publié le 29 septembre 2024.
Au pied d’une garderie reconvertie en centre d'accueil, dans le quartier de Clémenceau, des familles entières ont trouvé refuge. Un colosse tatoué se précipite pour sortir de l'établissement. L’homme au t-shirt noir a le regard triste, les yeux rouges. Il parvient à peine à parler. « Tout se résume en une phrase : on avait deux dieux. L’un est mort », lâche-t-il, avant de chevaucher son scooter.
Trois heures après la confirmation par le parti de l’assassinat du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, l’air est lourd rue Michel Chiha à Beyrouth. Samedi 28 septembre, le Liban entame une nouvelle page de son histoire. Hassan Nasrallah est tombé en « martyr », vendredi soir, dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth. Il est trop tôt pour parler, trop tôt pour penser à l'après. « Revenez dans quelques jours, ce n’est pas le moment de parler… », dit un homme qui garde l'entrée de l'établissement, où les visiteurs sont triés sur le volet.
En face, un parking bondé n’accepte plus de voitures. Amin* est posé sur son scooter et discute avec trois autres hommes. La veille, le militaire ne croyait pas une seule seconde à l’assassinat du « Sayyed ». « On priait…On espérait que c’était une guerre psychologique. Et on attendait le communiqué officiel », raconte le trentenaire. Mais vers 14h30, la rumeur se confirme. Hassan Nasrallah a été tué par Israël. « Quand on a appris son martyre, c’est comme si on était mort avec lui », lâche Amin, qui a quitté la banlieue sud de Beyrouth vendredi soir, avant une vague inédite de frappes israéliennes. Une annonce qu’il ne parvient « toujours pas à croire ».
« Nous ne sommes pas les seuls à être triste, tous ceux qui ont une conscience le sont aussi », ajoute-t-il. Mais le chagrin laisse rapidement place à autre chose. Pour lui et ses amis, la « résistance » en sortira « plus forte que jamais ». « Le sang du Sayyed va amener à la victoire totale… À la disparition d’Israël, le cancer de cette région ! », clame-t-il. La « Résistance » peut « continuer » sans lui, assure-t-il. « Elle ne s’arrête pas à un homme… Le Sayyed était le père de tous les martyrs, ils nous disaient de prendre notre mal en patience. C’est ce qu’on va faire ».
Les quatre hommes attendent la relève. « C’est sûr que le choix du commandement sera le bon. Son martyre est une très grande blessure, qui restera en nous pour toujours, comme celui de Abbas Moussaoui (le prédécesseur de Hassan Nasrallah avant qu’il ne soit tué le 16 février 1992, ndlr) pour la génération de mon père. Mais le prochain, on va l’aimer et être à ses ordres comme on l’était pour le Sayyed », affirme-t-il.
« Pourquoi avez-vous tué le Sayyed ? »
Non loin de là, dans une autre école, transformée en abri de fortune, la cour de récréation est noire de monde. Les déplacés y seraient entrés de force pour s’installer, affirme un employé de l'établissement. Dalal Yassine et son époux partagent une salle de classe avec quatre autres membres de leur famille. Ils ont fui Houmin el-Tahta (caza de Nabatiyé) lorsque Israël a lancé, lundi, une opération militaire de grande envergure sur le territoire libanais, qui a fait près de 600 morts en l’espace d’une journée, alors que les affrontements étaient jusqu’à présent principalement limités au Liban-Sud.
Dans cette école, la tension était à son comble en début d’après-midi quand le communiqué du parti est tombé. « Certains s’en sont même pris à l’armée, qui était présente sur les lieux. On a essayé de les calmer… », raconte Dalal. « D’autres, levant les yeux au ciel se sont mis à crier : ‘Pourquoi avez-vous tué le Sayyed?’ Des femmes se sont lamentées en se tapant la tête… On est restés une heure et demie comme ça », poursuit la sexagénaire. À ses yeux, « la mort de Hassan Nasrallah, c’est comme si l’Imam Hussein (petit-fils du Prophète et figure centrale du chiisme, ndlr) mourait une seconde fois. Pour moi, il y a Dieu puis le Sayyed », insiste-t-elle. « C’est notre foi qui m’a permis de retrouver mon calme. Je me dis qu’il est au paradis avec l’Imam Hussein. Vous savez, nous aimons le martyre », dit-elle, tout en montrant une photo de ce qui serait la bague du Sayyed sans sa pierre précieuse, retrouvée « là où il est mort ».
En presqu’un an, le coût du conflit est déjà très lourd côté libanais avec 1 640 personnes tuées, dont 104 enfants et 194 femmes sans compter le nombre de disparus sous les décombres ; 8 404 blessés ; un million de déplacés… Et pour la base de la « résistance », la disparition de celui « qui représentait tout » pour eux. « Seul Dieu sait si cette guerre mérite le prix que nous avons payé… Mais je crains que le Liban ne devienne comme Gaza », affirme-t-elle. Dalal espère toujours l’impossible. De la fenêtre, elle commence à entendre des cris de joie. « Pourvu qu’il soit en vie, pourvu qu’il soit en vie, prie-t-elle. Je n’y crois pas, je n’arrive pas à l’accepter… ». Et soudain, une voix résonne entre les murs : « Il est en vie. Il est en vie ». Dalal saute de sa chaise et accourt vers la fenêtre. Les balcons se remplissent de déplacés. Les femmes font le you-you. La foule crie : « Labaika (à tes ordres) ya Nasrallah ». Et des coups de feu retentissent dans le quartier… et dans l’école. « Qui vient de tirer par la fenêtre ? Qu’il descende immédiatement ! », ordonne un déplacé. Les rafales continuent de retentir. À l’extérieur, un homme livre à nouveau la mauvaise nouvelle : « Il n’y a rien, il n’est pas en vie ».



ON ne comprend plus rien au modérateur qui censure à tout va alors que certains des commentaires qu’on croit censurables sont publiés. Je parle des miens.
12 h 53, le 01 octobre 2024