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Politique - Éclairage

Quand la guerre au Liban relance le débat sur le retour en Syrie

Selon les autorités libanaises, plus de 30 000 personnes, dont la moitié  sont des Syriens, ont quitté le pays pour la Syrie au cours des deux derniers jours.    

Quand la guerre au Liban relance le débat sur le retour en Syrie

Des Libanais et des Syriens au point de passage de Masnaa-Jdeidet Yabous, le 25 septembre 2024. Photo Louai Beshara/AFP

Si ce n’est pas de l’ironie, c’est quelque chose qui lui ressemble. Plus de douze ans après le début du flux de réfugiés et migrants syriens vers le Liban, c’est l’inverse qui s’est produit ces jours derniers. Des milliers de Libanais ont franchi dans l'autre sens la frontière entre les deux pays pour fuir la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. Une écrasante majorité de ces réfugiés fait partie de la base populaire du Hezb, grand soutien du président syrien Bachar el-Assad. Ce qui explique le fait que ces réfugiés se dirigent principalement vers les zones contrôlées par le régime, voire directement par le Hezb. Mais il y a aussi le fait que des centaines de Syriens ayant trouvé refuge au Liban depuis plusieurs années ont été contraints de fuir, une nouvelle fois, la guerre. Ils ont donc décidé de rentrer chez eux. De quoi remettre sur le tapis la querelle interlibanaise autour de la présence de ces Syriens au pays du Cèdre. 

Cité dans un rapport daté du 25 septembre 2024 du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Croissant-Rouge syrien fait état de « 10 000 personnes ayant traversé la frontière libano-syrienne lundi et mardi ». De ce total, 70 % seraient des Syriens contre 30 % de Libanais. De leur côté, des sources sécuritaires syriennes ont indiqué jeudi à l’AFP que plus de 22 000 personnes fuyant les bombardements israéliens au Liban sont entrées en Syrie depuis lundi. « Le nombre total de personnes entrées via le point de passage de Jdeidet Yabous (Masnaa, du côté libanais) au cours des trois derniers jours et jusqu'à jeudi matin est de plus de 6 000 Libanais et environ 15 000 Syriens », a précisé une source sous le couvert de l'anonymat. Une autre source a indiqué que 1 000 Libanais et 500 Syriens étaient passés par un autre point de passage, celui de Joussiyé (liant Qaa à Qousseir, en Syrie). Pour leur part,  les autorités libanaises estiment que plus de 31 000 personnes, dont 15 000 Syriens, sont entrées en Syrie au cours des deux derniers jours, rapportait l'AFP jeudi soir. 

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Le rapport onusien indique aussi que « les autorités syriennes maintiennent la frontière ouverte, sans qu'aucun refus d'accès au territoire ne soit signalé au HCR en Syrie ». Il précise que des familles de déplacés se dirigent vers les régions contrôlées par le régime, telles que Homs, Tartous, ainsi que Damas et sa campagne. Le gouvernorat de Damas a même préparé trois centres d'accueil et ouvert trois hôtels aux nouveaux arrivants aux alentours de Sayeda Zeinab, une zone abritant un important sanctuaire chiite, contrôlée par le Hezbollah. 

L'information ne doit  pas avoir l’effet d’une surprise, dans la mesure où il s’agit d’une concrétisation d’une décision annoncée par Bachar el-Assad lui-même, il y a quelques jours. S’exprimant lors de la première réunion du nouveau gouvernement de son pays, le président syrien s’est adressé aux ministres en ces termes : « Le destin a voulu que vous débutiez votre mission à l’heure où  nos frères libanais sont en proie aux crimes israéliens. Votre priorité devrait être celle d’aider les Libanais dans tous les domaines (…) » «Les Libanais en question sont principalement ceux qui ont des familles et des proches établis en Syrie », explique à L’Orient-Le Jour Ziad el-Sayegh, expert en réfugiés et politiques publiques. 

Au-delà de l’aspect humain, le choix des réfugiés et migrants syriens au Liban qui refont le chemin inverse a sans doute un volet politique. « Le départ massif de Syriens montre que leur retour chez eux est possible », affirme Ziad el-Sayegh, faisant valoir que tout cela prouve qu’une partie des migrants et réfugiés sont venus au Liban pour des raisons économiques et non politiques. Il est rejoint sur ce point par plusieurs protagonistes locaux. Certains d’entre eux ont fait de ce retour une priorité absolue. Tel est bien entendu le cas du Courant patriotique libre qui n’a de cesse de rappeler à qui veut l’entendre qu’il a été un des premiers à mener cette bataille. Mais, ces derniers temps, le sujet ne semble plus à l’agenda du parti, même si le bloc du Liban fort l’a mentionné dans un communiqué publié à l’issue de sa réunion hebdomadaire mardi dernier. Les députés aounistes se sont félicités de l’amnistie décidée dimanche dernier par le président syrien et qui s’applique également à ceux qui ont fui le service militaire obligatoire. « Cette décision est une opportunité pour redynamiser le processus de retour des migrants et réfugiés syriens », souligne le communiqué, affirmant que la démarche de M. Assad « déconstruit un des prétextes dont use la communauté internationale pour implanter les Syriens au Liban ». « La guerre menée par Israël ne devrait pas occulter cette question existentielle », poursuit le texte. « Ce dossier demeure à la tête de nos priorités. Et je crois que le simple fait de le mentionner dans notre communiqué, en dépit des circonstances difficiles que traverse le pays, suffit pour le prouver », commente la vice-présidente du CPL pour les affaires politiques, Martine Najm Kteily, qui souligne que « le flux de Syriens observé ces derniers jours à la frontière prouve que le retour est possible ».

Le principe de réciprocité

Même son de cloche du côté de Meerab. Les Forces libanaises pressent pour un retour chez eux des Syriens établis au Liban, notamment depuis le meurtre, survenu en avril dernier, de leur coordinateur pour la région de Jbeil, Pascal Sleiman. Un crime imputé à un gang syrien. Plus récemment, le parti de Samir Geagea a mené un forcing pour restreindre l’accès des migrants et réfugiés à l’éducation et au marché du travail. Aujourd’hui, il voit dans le retour volontaire de certains migrants et réfugiés un nouvel élan pour sa bataille. « Il est vrai que nous ne parlons plus du sujet parce que les priorités sont aujourd’hui ailleurs. Mais nous ne l’avons pas oublié et nous le relancerons. Surtout que ce que nous avons vu en début de semaine devrait pousser la communauté internationale à œuvrer pour le retour des Syriens », lance le porte-parole des FL, Charles Jabbour. 

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Il se fait l’écho d’Adib Abdel Massih, député de l’opposition, qui estime que « les derniers développements sont une opportunité pour presser la communauté internationale de paver la voie au retour des Syriens, surtout ceux qui n'ont visiblement pas peur du régime Assad », dit-il à L’OLJ, estimant que « leur départ volontaire montre qu’ils considèrent qu’une Syrie gouvernée par Assad est beaucoup plus sûre qu’un Liban sous le feu quotidien d’Israël ». En attendant, M. Abdel Massih a appelé, via X, le HCR en Syrie à fournir des aides aux réfugiés libanais qui viennent d’y arriver. « L’ONU est tenue de fournir des aides à tous ceux qui fuient un conflit, mais aussi et surtout aux communautés hôtes », commente Ziad el-Sayegh. 

Si ce n’est pas de l’ironie, c’est quelque chose qui lui ressemble. Plus de douze ans après le début du flux de réfugiés et migrants syriens vers le Liban, c’est l’inverse qui s’est produit ces jours derniers. Des milliers de Libanais ont franchi dans l'autre sens la frontière entre les deux pays pour fuir la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. Une écrasante majorité de ces réfugiés fait partie de la base populaire du Hezb, grand soutien du président syrien Bachar el-Assad. Ce qui explique le fait que ces réfugiés se dirigent principalement vers les zones contrôlées par le régime, voire directement par le Hezb. Mais il y a aussi le fait que des centaines de Syriens ayant trouvé refuge au Liban depuis plusieurs années ont été contraints de fuir, une nouvelle fois, la guerre. Ils ont donc...
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