Des Palestiniens autour d’un char israélien après avoir franchi la frontière barricadée de la bande de Gaza avec Israël, détruit lors de l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Photo Said Khatib/AFP
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé mercredi son intention de déposer plainte en diffamation contre le quotidien israélien Haaretz, après la publication d'une enquête journalistique affirmant que le président des Émirats arabes unis, Mohammad ben Zayed al-Nahyane (MBZ), l'aurait informé d’une attaque en préparation du Hamas une dizaine de jours avant le 7 octobre 2023.
Connu pour ses positions critiques à l’égard du gouvernement Netanyahu, le journal de gauche a affirmé maintenir les informations publiées mardi. Selon le quotidien, le chef du gouvernement israélien aurait eu avec le président émirati une conversation téléphonique de 45 minutes, dont il n’aurait pas informé l’appareil sécuritaire israélien.
Benjamin Netanyahu a catégoriquement démenti cette version. Dans un message publié sur X, il a affirmé que son bureau, le Conseil national de sécurité et son secrétaire militaire avaient examiné les relevés de ses appels et n’avaient trouvé aucune trace d’un tel échange. « Contrairement à ce qui est dit, aucune conversation n’a eu lieu entre le Premier ministre et le président des Émirats arabes unis entre le début du mois de septembre et le 7 octobre », a-t-il écrit. Le ministère émirati des Affaires étrangères avait indiqué mardi que le gouvernement ne commentait pas les informations portant sur des conversations entre dirigeants. Il a toutefois souligné que les autorités émiraties et israéliennes maintenaient depuis cinq ans des canaux de communication « ouverts et directs ». Les Émirats arabes unis ont normalisé leurs relations avec Israël en 2020 dans le cadre des accords d’Abraham, conclus sous l’égide des États-Unis durant le premier mandat du président Donald Trump.
Un avertissement égyptien également démenti
Benjamin Netanyahu a également rejeté les informations selon lesquelles le chef des renseignements égyptiens de l’époque, le général Abbas Kamel, l’aurait averti de l’imminence d’une opération du Hamas. Il a qualifié cette affirmation de « déjà démentie au début de la guerre ». Les détails d’un échange entre Kamel et Netanyahu avaient été rapportés pour la première fois par le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, deux jours après l'attaque.
« Tout cela prouve que nous avons affaire à une invention malveillante, dont le calendrier politique est évident », a écrit le Premier ministre israélien, accusant le Haaretz de participer à la « campagne électorale de la gauche ». Benjamin Netanyahu a estimé que ces informations visaient à « détourner l’attention » des responsabilités des anciens chefs de la sécurité israélienne, notamment l’ex-directeur du Shin Bet Ronen Bar et l’ancien chef d’état-major de l’armée Herzl Halevi. Il leur reproche de ne pas l’avoir averti à temps, alors qu’ils avaient, selon lui, reçu des indications « plusieurs heures avant le début de l’attaque ».
La controverse intervient à l’approche des élections israéliennes, prévues le 27 octobre, alors que Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée, apparaît comme le principal rival de Benjamin Netanyahu. Réagissant aux révélations de Haaretz, Gadi Eisenkot a accusé le Premier ministre de chercher à échapper à sa responsabilité dans les défaillances sécuritaires ayant précédé le 7-Octobre et de recourir à des excuses « pathétiques », notamment en affirmant qu’il n’avait pas été réveillé à temps le matin de l’attaque.
D’autres figures de l’opposition ont également vivement réagi. Naftali Bennett, ancien Premier ministre lui aussi candidat aux élections, a affirmé que Benjamin Netanyahu portait une « responsabilité personnelle et directe » dans les morts du 7-Octobre. « Netanyahu ne peut pas continuer à exercer ses fonctions une minute de plus », a-t-il ajouté.
L’attaque menée par le Hamas dans le sud d’Israël a entraîné la mort de 1 221 personnes, selon un décompte de l’AFP établi à partir de données officielles israéliennes. Les miliciens palestiniens avaient également enlevé 251 otages dans la bande de Gaza, dont 44 étaient déjà morts. La guerre lancée par Israël dans l’enclave palestinienne à la suite de cette attaque a laissé la majeure partie de la bande de Gaza en ruines et fait plus de 73 650 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza.

