Ziad Fahed devant ses citrons plantés à Zghorta. Photo DR
Il vient d’un univers plus sérieux, et pourtant… Ce professeur de théologie à l’Université Notre-Dame, spécialisé en science des religions, a choisi une délicieuse passion, fabriquer son propre limoncello. Également très engagé dans le monde associatif, dans le domaine de la construction de la paix et du dialogue interreligieux, il a fondé en 2010 l’association Dialogue for Life and Reconciliation, dont les projets multiples couvrent différentes régions du Liban.
L’idée de cette liqueur de citron originaire d’Italie lui est venue en 2020, en plein confinement. « Alors que se succédaient les tragédies dans le pays, nous nous sommes retrouvés en famille dans la région de Zghorta, entourés d’oliviers et de citronniers. M’est venue à l’esprit la formule américaine “Quand la vie vous donne des citrons, faites de la citronnade”. Sauf que j’ai fait du limoncello ! » confie-t-il. « J’ai voulu transformer cette période de ténèbres en dynamique constructive, et j’ai commencé à me renseigner sur ses méthodes de fabrication. J’ai beaucoup lu et échangé avec plusieurs chefs, notamment Aline Kamakian, propriétaire des restaurants Mayrig et Batchig », explique Ziad Fahed, très encouragé par son entourage, séduit dès la première cuvée.
« Je ne voulais pas réaliser un copier-coller de la recette italienne : le Supreme Limoncello a une couleur libanaise. Ma matière première, ce sont mes citronniers de la région de Zghorta, qui produisent environ 5 000 citrons par an. Ils poussent sur une terre très ensoleillée, à 200 m d’altitude. Je travaille sur des citrons non traités, tout le secteur autour est également protégé des pesticides. Ils sont arrosés avec une eau de source potable et très fraîche qui n’a subi aucun filtrage, ce qui garantit une qualité optimale des agrumes », explique le théologien.
Entre janvier et mars, il se charge de ramasser ses citrons, puis il les prend dans son atelier, à Achrafieh. « Je les lave, les sèche et en extrais le zeste selon une technique très précise pour, surtout, éviter l’amertume des arômes. Puis commence la macération. Ma recette prévoit un goût riche en citron et en alcool. J’utilise un des meilleurs alcools sur le marché libanais, à base de céréales. Ensuite, j’entame le processus de filtrage et ajoute le sirop que j’ai préparé, en réduisant au minimum la quantité de sucre », enchaîne Fahed. « Mon limoncello a déjà convaincu de nombreux chefs, comme Julien Diaz, Sébastien Richard, chefs étoilés à Marseille, mais aussi Stéphanie Hage et Maroun Chedid », tient-il à préciser.
Dans chaque bouteille de Supreme Limoncello, un savoir-faire et un message. Photo DR
« Chaque goutte de limoncello raconte une histoire de résilience »
Ziad Fahed insiste sur le soutien précieux qu’il a reçu de ses proches et de son cercle amical, au Liban comme en Europe. « Ce sont mes étudiants qui m’ont aidé pour le design des bouteilles. L’association Mon Liban Azur, qui est basée entre le Liban et la Côte d’Azur, m’a permis de lancer le produit. Ses membres m’ont acheté un grand nombre de bouteilles, qu’ils ont diffusées régulièrement dans le sud de la France. Le 14 et le 15 septembre, au cours du festival des Étoiles de Mougins, des bouteilles de Supreme Limoncello étaient commercialisées par la boutique Shababik, établie dans le vieux Nice, et elles ont été très appréciées par le public », poursuit le liquoriste, qui se dit porté par les messages d’encouragement qu’il reçoit, a fortiori depuis la région française réputée pour la qualité de ses citrons. Actuellement, il est en train d’établir des contacts à Menton afin de récupérer des plants de citronniers spécifiques à la ville.
Au Liban, le Supreme Limoncello est commercialisé dans différents boutiques et restaurants. Ziad Fahed ne compte pas s’arrêter là… Il a déjà planté des dizaines de citronniers de plus afin de développer son projet, tout en conservant ses critères élevés de qualité. « Je voudrais signer des accords avec les agriculteurs du nord du Liban, en m’engageant à acheter leurs citrons s’ils s’abstiennent d’utiliser des pesticides dans tout le secteur des citronniers et s’ils respectent la quantité et la qualité d’eau nécessaires. Cela permettrait d’encourager une agriculture plus responsable », explique-t-il en bon citoyen engagé, dont le projet gastronomique revêt une dimension éducative. « Nous versons une part des bénéfices à un des projets qui me tiennent à cœur et dont je m’occupe, celui du soutien scolaire. Nous proposons des cours particuliers assurés par des étudiants en ligne, adressés à différents établissements à Tripoli, à Beyrouth et dans le nord du Liban. Les étudiants sont rémunérés à hauteur de 60 % du coût de leurs cours. Cela permet aussi de leur montrer l’importance de la solidarité et de la générosité. Ce réseau d’entraide concerne des professeurs et des élèves chrétiens et musulmans », poursuit l’universitaire avec ferveur.
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Pour Ziad Fahed, enfin, en dépit du contexte délicat que traverse le pays, le dialogue interreligieux au Liban est sur la bonne voie. « C’est un cheminement, et on est en train de le construire en responsabilisant nos jeunes, afin qu’ils renouvellent le pacte social. Ce n’est pas parce que nos ancêtres ont mis sur pied un Liban multiconfessionnel que cela a nécessairement été adopté par la jeune génération d’aujourd’hui. Nous n’avons rien fait pour hériter d’un pays fondé sur la diversité culturelle, mais nous pouvons faire beaucoup pour conserver et promouvoir cet espace de dialogue interculturel. Les artisans de paix sont majoritaires, mais ils sont silencieux et ne sont pas connectés entre eux. Ce que j’essaye de faire dans cette mission, c’est de montrer que nous ne sommes pas une minorité et que c’est ensemble qu’on peut créer un nouveau paradigme. »
Dans cette perspective globale, le Supreme Limoncello occupe une place qui n’est pas des moindres. « Chaque goutte de limoncello raconte une histoire de résistance et la nécessité de croire en ce pays, et en tout ce qu’il peut offrir de beau », conclut-il.
Instagram: @supreme_limoncello


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13 h 50, le 28 septembre 2024