Manifestation de la gauche contre le nouveau gouvernement Barnier à Paris, le 21 septembre 2024. Dimitar Dilkoff/AFP
À peine né pour tenter de clore une longue crise politique en France, le gouvernement de Michel Barnier, attelage fragile entre le camp du président Emmanuel Macron et la droite, est déjà sous le feu des critiques de la gauche et de l’extrême droite, qui tiennent sa survie entre leurs mains.
Une motion de censure sera déposée par la gauche juste après la déclaration de politique générale du Premier ministre, prévue le 1er octobre, a confirmé sur France 3 le patron du PS Olivier Faure. Il a toutefois relevé qu’elle ne serait sans doute pas votée par le Rassemblement national et était « vraisemblablement vouée à l’échec ».
Le chef de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon a appelé à se « débarrasser aussitôt que possible » de ce « gouvernement des perdants », qui n’a selon lui « ni légitimité ni futur ».
Le parti frontiste attend de son côté d’en savoir plus sur l’élaboration du budget 2025 pour se prononcer. « Nous nous réservons évidemment la possibilité de censurer » à ce moment-là, a déclaré sur la station France Info son vice-président Sébastien Chenu.
L’attelage fragile de centre droit est aussi d’emblée marqué par les tensions entre le Premier ministre et le bloc central du président, qui gouvernait sans partage depuis sept ans.
Le groupe macroniste à l’Assemblée restera « fidèle à ses valeurs et libre dans ses prises de position », a déclaré Gabriel Attal, chef de file des députés Ensemble pour la République (EPR, ex-Renaissance), lors d’une réunion dimanche avec ses troupes. Il demande au Premier ministre « d’affirmer clairement dans sa déclaration de politique générale qu’il n’y aura pas de retour en arrière sur la PMA, le droit à l’IVG, les droits LGBT », selon des participants à la réunion, faisant état de « désaccords de fond avec certaines personnalités ».
En cause notamment, l’arrivée au ministère de l’Intérieur du LR Bruno Retailleau, au profil très conservateur sur les sujets de société et très ferme sur l’immigration.
L’entrée au gouvernement (secrétaire d’État à la Consommation) de la sénatrice Les Républicains Laurence Garnier, opposée au mariage homosexuel et à la constitutionnalisation de l’IVG, fait aussi grincer des dents, tout comme celle du LR Patrick Hetzel à l’Enseignement supérieur.
C’est le gouvernement « le plus à droite de la Ve République », a estimé Olivier Faure.
Comment Michel Barnier peut-il essayer de déminer le terrain ? Le Premier ministre était l’invité dimanche soir du journal de 20h00 sur France 2 pour tenter d’y répondre. Avant, il est allé à la rencontre des visiteurs des Journées du patrimoine à Matignon.
Les premiers pas officiels des 39 nouveaux ministres n’auront lieu, eux, que lundi, avec un petit déjeuner rue de Varennes, avant les passations des pouvoirs dans la matinée et un Conseil des ministres à 15h00 à l’Élysée autour d’Emmanuel Macron.
Contexte très tendu
L’élaboration du budget, qui a déjà pris un retard inédit, est l’urgence numéro un dans un contexte très tendu. Signe de son importance, Michel Barnier a voulu garder un œil sur ce dossier explosif en mettant sous sa tutelle directe le ministre macroniste des Comptes publics Laurent Saint-Martin.
Exclure « d’office certains prélèvements exceptionnels et ciblés ne serait pas responsable » vu l’état des finances publiques, a estimé dans Le Journal du dimanche le nouveau ministre de l’Économie et des Finances, le jeune macroniste Antoine Armand. Il a aussi promis de « baisser la dépense publique ».
Parmi les noms connus du public, Rachida Dati reste à la Culture et Sébastien Lecornu aux Armées.
Rares rescapés, le MoDem Jean-Noël Barrot, promu aux Affaires étrangères, ainsi que les macronistes Catherine Vautrin, qui passe aux Territoires, et Agnès
Pannier-Runacher, dans un grand ministère de la Transition écologique et de l’Énergie.
Chez les entrants, la principale surprise est la députée Renaissance Anne Genetet à l’Éducation, plutôt connue sur les questions de défense.
Les syndicats enseignants tirent déjà à boulets rouges sur la ministre, « une erreur de casting au regard des enjeux pour l’école » pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU. En « colère », Guislaine David, secrétaire générale de la FSU-Snuipp, déplore la nomination d’un « clone de Gabriel Attal pour continuer la politique engagée ».
Deux semaines après la fin des Jeux paralympiques, des associations s’inquiètent aussi de l’absence du handicap dans les intitulés des ministères.
Seule prise venue de la gauche, alors qu’Emmanuel Macron prônait un gouvernement de « rassemblement » et que Michel Barnier s’est évertué à attirer des sociaux-démocrates : Didier Migaud à la Justice. Mais l’ex-député socialiste a quitté la politique active depuis 2010.
Contraint de lâcher une partie de ses prérogatives dans cette situation de coalition, le chef de l’État se concentre, lui, sur l’international. Il sera mardi et mercredi à New York à l’Assemblée générale de l’ONU.
Source : AFP
Éric Ciotti quitte LR et sa présidence
Le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, que Les Républicains tentaient en vain d’exclure depuis son alliance en juin avec le RN aux législatives, a annoncé dimanche qu’il quittait le parti et sa présidence, ouvrant ainsi la course à sa succession. « Ma décision de quitter LR va permettre de refonder une grande famille politique dans la clarté et l’indépendance », estime l’élu dans un entretien mis en ligne sur le site du Figaro. Il a lancé fin août son propre parti baptisé l’Union des droites pour la République (UDR).
Cette décision intervient trois semaines avant l’audience prévue le 14 octobre où la justice devait statuer sur l’exclusion par les dirigeants de LR de leur président, qui avait refusé de renoncer à ses fonctions et à son bureau. « J’ai gagné trois fois (devant la justice) et je n’avais aucune inquiétude sur l’audience du 14 octobre », souligne Éric Ciotti, qui préside un groupe de 16 députés à l’Assemblée. Mais l’audience « n’a plus d’objet, puisque j’aurai quitté la présidence LR et le parti LR d’ici là ».
Assurant avoir informé à la fois le patron des députés LR Laurent Wauquiez et Marine Le Pen de sa décision, M. Ciotti a lancé un nouvel appel aux élus LR à le rejoindre afin de consolider ce qu’il présente comme une union des droites à l’italienne, qui irait du centre droit à l’extrême droite.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine