La mezzo-soprano canadienne Emily D'Angelo dans le role principal de « Grounded », spectacle qui ouvre la saison au Met de New York. Photo Metropolitan Opera
Créations sur la guerre en Afghanistan ou sur Malcolm X, adaptations de best-sellers, commandes à des compositrices : le prestigieux et traditionnel Metropolitan Opera de New York programme de plus en plus d’œuvres américaines contemporaines afin de séduire un public plus jeune et multiculturel. Pour sa 139e saison 2024-25 dévoilée mercredi soir, le Met Opera, récemment rénové au cœur de Manhattan, redémarre le 23 septembre avec un opéra mettant en scène une pilote américaine face à la guerre conduite par les États-Unis en Afghanistan de 2001 à 2021.
Grounded, spécialement commandé par l’Opéra, a été mûri pendant dix ans par la compositrice new-yorkaise Jeanine Tesori – double lauréate aux Tony Awards, les « Oscars » du théâtre et des comédies musicales de Broadway – et adapté d’un livret de l’Américain George Brant.
La mezzo-soprano canadienne Emily D’Angelo incarne le personnage principal : Jess est une pilote d’avion de combat F-16, qui, après une grossesse imprévue, est réaffectée pour commander un drone armé Reaper en Afghanistan, mais depuis le Nevada.
Aux prises avec des dilemmes éthiques et psychologiques, elle doit concilier sa vie de mère et d’épouse tout en préservant sa santé mentale et son intégrité morale dans une mission où elle donne la mort à distance.
« Santé mentale »
« Grounded ouvre un débat essentiel sur la santé mentale et le stress post-traumatique. Toutes les expériences humaines doivent être représentées dans notre art », a défendu dans un communiqué le directeur musical du Met Opera, le chef d’orchestre québécois Yannick Nézet-Séguin.
En contrat avec l’institution new-yorkaise depuis 2018, le maestro canadien de 49 ans vient de le prolonger jusqu’en 2030.
Pour le directeur du Metropolitan Opera Peter Gelb, cité dans le communiqué, « Grounded en ouverture de la saison 2024-25 reflète notre engagement à élargir les canons de l’opéra à des œuvres qui parlent du monde dans lequel nous vivons ».
Le patron de cette institution, fréquentée par l’élite culturelle et économique new-yorkaise, estime même que « c’est avec des opéras comme Grounded que le Met attirera un public plus jeune et plus large ».
La compositrice Jeanine Tesori, 62 ans, « espère aussi séduire des spectateurs qui aiment Broadway et les comédies musicales, à quelques pâtés de maisons du Met, pour qu’ils tombent amoureux de l’opéra ».
Problématiques contemporaines
La programmation de la saison dernière avait déjà témoigné d’une ouverture à la diversité et à des problématiques contemporaines aux États-Unis.
L’adaptation du best-seller et film oscarisé Dead Man Walking (La Dernière Marche, en français), intense plaidoyer moral contre la peine de mort, avait été programmée en septembre dernier.
X: The Life and Times of Malcolm X avait revisité en novembre la vie de l’icône du mouvement des droits civiques, assassinée en 1965, avec une mise en scène au style afrofuturiste.
Au même moment, le Met Opera avait présenté pour la première fois en près d’un siècle une œuvre en espagnol, Florencia en el Amazonas, cherchant à diversifier son public à New York, incroyable mosaïque multiculturelle dont un tiers de la population est hispanique et latino-américaine.
Pour Grounded, le metteur en scène Michael Mayer a misé sur la technologie avec une panoplie d’écrans LED installés pour immerger les spectateurs dans l’œuvre.
La dernière représentation du 19 octobre sera retransmise en direct dans des cinémas du monde entier.
En 2025-2026, le Metropolitan Opera continuera de creuser ce sillon : il a commandé Lincoln in the Bardo à une autre femme, la compositrice américaine de 43 ans Missy Mazzoli, sur un livret du Canadien Royce Vavrek, adapté du best-seller éponyme de George Saunders.
Source : AFP


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