Rassemblement des Forces de mobilisation populaires après l’assassinat de Kassem Soleimani et de Abou Mahdi al-Mohandis pour appeler au retrait de toutes les troupes américaines d’Irak, à Bagdad, le 6 janvier 2020. Photo AFP
Selon le quotidien émirati The National, les milices irakiennes soutenues par l’Iran ont décrété la fin de la trêve tacite instaurée avec les États-Unis pendant des mois pour réduire les tensions régionales. Déjà évoquée par d'autres médias, la décision intervient après une frappe aérienne américaine, fin juillet 2024, qui a tué quatre membres d'une brigade des Kataëb Hezbollah. Cette position souligne le potentiel d'une escalade régionale, alors que les ripostes de l'Iran et du Hezbollah au double assassinat de Fouad Chokor dans la banlieue sud et d'Ismaïl Haniyé à Téhéran les 30 et 31 juillet sont jusqu'à présent suspendues à des négociations fragiles en vue d'un cessez-le-feu à Gaza.
« Procrastination et blocage » des Américains
Dès juillet, des frappes visant des intérêts américains avaient repris sans faire de victimes ni dégâts, dans le but de faire pression sur le gouvernement irakien et les États-Unis afin d'accélérer les disussions visant à un retrait des forces de la coalition internationale menée par Washington dans le cadre de la lutte contre le groupe État islamique. Depuis janvier 2024, le gouvernement irakien, sous pression des factions pro-iraniennes, discute de la fin de la mission de la coalition internationale, visant à conclure des accords bilatéraux avec les différents acteurs impliqués. Interrogé par The National, Haider al-Lami, membre du bureau politique du mouvement al-Nujaba, l'un des plus virulents contre la présence américaine dans le pays, a dénoncé la « procrastination et le blocage » des pourparlers de la part des Américains.
Un dernier cycle de discussions a eu lieu en juillet, lors duquel les contours d'un retrait se sont précisés sans pour autant être actés. D’après les informations du quotidien émirati, l’accord en question prévoyait que la coalition américaine commence à évacuer ses bases à Bagdad et Anbar en septembre 2024, pour une fin officielle de la mission en septembre 2025. Cependant, certaines troupes devraient rester jusqu’en 2026 dans la région du Kurdistan irakien pour superviser les opérations antiterroristes en Syrie, où la menace de l’État islamique demeure élevée.
Frappes dans les prochains jours ?
Un accord « presque finalisé » devait être annoncé au début du mois, mais l'incident du 5 août contre la base d’Aïn al-Assad a repoussé cette annonce. L'attaque, durant laquelle des roquettes ont blessé cinq soldats américains abrités sur cette base aérienne dans l’ouest de l’Irak, a été revendiquée par un groupe appelé « Les Révolutionnaires », faisant partie de la Résistance islamique en Irak, active depuis le début de la guerre à Gaza. Si elle pouvait être lue dans un contexte régional tendu, la frappe répondait probablement plus à une attaque américaine du 30 juillet contre une base de la 47e brigade des Forces de mobilisation populaire – un ensemble de factions armées à majorité pro-iraniennes et qui ont été intégrées à l'armée régulière irakienne –, située dans la province de Babil, tuant quatre combattants. La brigade, affiliée aux Kataëb Hezbollah, l’une des milices les plus antiaméricaines, a été particulièrement visée.
Haider al-Lami, du mouvement al-Nujaba, a indiqué à The National que des représailles pourraient survenir « dans les prochains jours et viser plus d'un endroit, pas nécessairement en Irak, Syrie ou sur l'entité sioniste (Israël) ». Les médias d’État iraniens avaient rapporté début août que la République islamique et ses affiliés mèneraient une « opération quadrilatérale » contre Israël, auquel est imputé l’assassinat du chef du bureau politique du Hamas dans la capitale iranienne, suggérant une implication possible des milices irakiennes auprès du Hezbollah et des houthis.
Néanmoins, si l’annonce officielle d'un accord de retrait a été retardée, le ministre irakien des Affaires étrangères, Fouad Hussein, a précisé que les discussions se poursuivaient, bien que le contexte régional et l’incertitude politique aux États-Unis avant l'élection présidentielle de novembre compliquent toute annonce. Depuis l’invasion américaine de 2003, qui a plongé l’Irak dans une spirale de violences et d’instabilité, la présence militaire américaine reste un sujet de discorde au sein de la société et des élites politiques irakiennes. Les milices chiites soutenues par l’Iran réclament un retrait total des forces américaines, tandis que les partis sunnites et kurdes s’y opposent, craignant un vide sécuritaire.




Et oui Élémentaire, ha ha ha
18 h 45, le 21 août 2024