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Lifestyle - Mode

Auprès d’Inaash, Ahmad Amer ranime la broderie palestinienne

Auprès d’Inaash, Ahmad Amer ranime la broderie palestinienne

Création Ahmad Amer pour l'ONG Inaash. Photographie et scénographie @byelsn. Photo tirée du compte Instagram @ahmedamerofficial

Venu de l’illustration et de l’architecture d’intérieur, Ahmad Amer n’a jamais conçu le vêtement comme une utilité ou un ornement. Le tissu dont il vous enveloppe, la structure des modèles, le choix des couleurs et des broderies sont toujours porteurs de messages. Profondément humain, le projet continu sur lequel il se penche, depuis l’obtention de son diplôme à Creative Space Beirut et son premier défilé en 2017, est celui d’un activiste. Autonomisation des femmes, fluidité des genres, dénonciation de la corruption, messages de tendresse, d’empathie, dénonciation des injustices et des inégalités, tout passe par le vêtement pour ce jeune créateur qui trouve dans ce support un moyen idéal de véhiculer ses idées dans la rue.

Il lui arrive de participer à des installations et des performances, comme cette collaboration en avril dernier avec la musicienne Claudia Khachan à Salon Beyrouth, lui illustrant en direct, elle habillant ses lignes de vibrations inspirées. Il lui arrive aussi de créer des collections conceptuelles comme celle de l’hiver dernier, révélée en août 2023, en hommage au Bardo, ce bar LGBTQ+ qui, en fermant ses portes, n’ayant pas survécu au Covid et aux crises, a laissé orpheline toute une communauté beyrouthine en mal d’inclusion.

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Enrôlé dans Inaash, une ONG qui se consacre à la préservation de la culture palestinienne par le biais du tatreez (broderie palestinienne) et à l’autonomisation des femmes palestiniennes dans les camps en leur offrant des possibilités d’emploi dans le domaine de la broderie, Ahmad Amer est de plus en plus affecté par les souffrances infligées aux Palestiniens à Gaza. Ce n’est plus pour lui un choix, mais un devoir moral de participer à ce projet pour contribuer à la préservation de cette culture, à la résistance et à la sensibilisation. « Bien que je ne sois pas palestinien, je suis profondément fasciné par la richesse de ce patrimoine et je me suis engagé à en apprendre davantage à ce sujet. Grâce à mon engagement, j’ai acquis une connaissance approfondie des différentes villes de Palestine, de leurs pratiques diverses, de leurs paysages naturels, de leurs vêtements traditionnels et de leur mode de vie. J’ai découvert que les contes palestiniens s’expriment de manière vivante à travers des motifs, des codes, des signes, des couleurs, des coupes et des silhouettes », confie Amer. « Ce savoir est principalement préservé par les brodeuses, qui jouent un rôle crucial en documentant leur vie, en envisageant l’avenir et en utilisant la broderie comme un outil de résistance et d’existence », précise-t-il.

Ahmad Amer et l’ONG Inaash, une collaboration pour préserver ce savoir-faire. Photographie et scénographie @byelsn. Photographie et scénographie @byelsn. Photo tirée du compte Instagram @ahmedamerofficial

« Tahyia wa baad » (salutations et plus), une formule soutenue pour commencer une lettre formelle ou officielle. Tel est le titre de la collection d’été conçue par Ahmad Amer avec l’équipe d’Inaash et les femmes des camps. « Le dévouement et l’artisanat détaillé de ces femmes sont exceptionnels et vont au-delà de la beauté », commente le créateur. « Cette collection est une lettre d’amour adressée à Gaza, avec des pièces décorées d’oranges, inspirées de l’histoire de Ghassan Kanafani Le pays des oranges tristes, détaille-t-il. « Les oranges symbolisent la douleur », souligne Amer. « Cet hommage est un appel contre l’oppression, l’occupation et les génocides. Il illustre notre détermination à résister et lutter sans cesse, que ce soit par l’art ou d’autres moyens », insiste-t-il. La délicatesse et la complexité des broderies palestiniennes ainsi que leur forme codifiée et patrimoniale sont à l’opposé des lignes claires de ce créateur qui ne lève jamais son crayon, nouant formes et visages en un trait continu, comme s’il retenait son souffle jusqu’au moment où l’idée prendrait vie. Mais il y a dans cette patience derrière le point de croix une ténacité de la même nature, celle de l’endurance, de la persévérance et de l’engagement.

Venu de l’illustration et de l’architecture d’intérieur, Ahmad Amer n’a jamais conçu le vêtement comme une utilité ou un ornement. Le tissu dont il vous enveloppe, la structure des modèles, le choix des couleurs et des broderies sont toujours porteurs de messages. Profondément humain, le projet continu sur lequel il se penche, depuis l’obtention de son diplôme à Creative Space Beirut et son premier défilé en 2017, est celui d’un activiste. Autonomisation des femmes, fluidité des genres, dénonciation de la corruption, messages de tendresse, d’empathie, dénonciation des injustices et des inégalités, tout passe par le vêtement pour ce jeune créateur qui trouve dans ce support un moyen idéal de véhiculer ses idées dans la rue. Il lui arrive de participer à des installations et des performances, comme cette...
commentaires (1)

""…inspirées de l’histoire de Ghassan Kanafani Le pays des oranges tristes, détaille-t-il. « Les oranges symbolisent la douleur », souligne Amer"". C’est fou ce que les oranges, les orangers symbolisent. "Les orangers de Jaffa ", roman d’il y a une vingtaine d’année, pourrait inspirer d’autres créateurs. Bref, les oranges synonymes pour certains d’espoir pour retrouver la paix, d’où l’on dit sur le ton familier à quelqu’un qui risque la prison : quel genre d’oranges tu préfères ? Une Palestine que nous aimons tous, une Palestine hélas prison à ciel ouvert… et bonne continuation à Ahmad Amer.

Charles Fayad

17 h 50, le 11 août 2024

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Commentaires (1)

  • ""…inspirées de l’histoire de Ghassan Kanafani Le pays des oranges tristes, détaille-t-il. « Les oranges symbolisent la douleur », souligne Amer"". C’est fou ce que les oranges, les orangers symbolisent. "Les orangers de Jaffa ", roman d’il y a une vingtaine d’année, pourrait inspirer d’autres créateurs. Bref, les oranges synonymes pour certains d’espoir pour retrouver la paix, d’où l’on dit sur le ton familier à quelqu’un qui risque la prison : quel genre d’oranges tu préfères ? Une Palestine que nous aimons tous, une Palestine hélas prison à ciel ouvert… et bonne continuation à Ahmad Amer.

    Charles Fayad

    17 h 50, le 11 août 2024

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