Nadia Talhouk Assaf avec sa famille et des chercheurs de l’AUB. Photo DR
Le précieux manuscrit, un registre dressant l’état des propriétés foncières des druzes et rédigé par Jamal al-Din Abdallah al-Tanoukhi (1417-1479), a fait le tour du monde pour finir aujourd’hui à l’AUB, au grand bonheur de tous. En effet, pour des raisons inconnues, le document a voyagé en Amérique latine vers la fin du XIXe siècle, où il est resté environ cinquante ans. Personne de la famille ne se rappelle comment il a ensuite été remis à Fouad Talhouk qui se trouvait au Pérou, et qui l’a rapporté au Liban après la Seconde Guerre mondiale. En 1965, il confie le document à sa nièce Nadia Talhouk, épouse Anis Assaf.
Long de trois mètres, le manuscrit a été rédigé sur du papier en fibre de lin par le secrétaire de Jamal al-Din Abdallah al-Tanoukhi, communément appelé Amir al-Sayyid. Vénéré comme un saint par les druzes, il était célèbre pour ses écrits al-Charh qui comportent les explications des Épîtres de Sagesse. Son tombeau à Abey, dans le caza de Aley au Mont-Liban, est un lieu de pèlerinage pour la communauté.
« Lorsque en 1965 son oncle décide qu’elle sera la gardienne de ce document, ma mère a compris que ce n’était pas un cadeau à proprement parler, mais plutôt un témoignage de confiance. L’oncle était convaincu qu’elle en prendrait soin pour le sauvegarder et considérait que l’engagement ainsi pris était le meilleur gage pour la préservation de ces précieuses archives, et leur transmission pour le présent et l’avenir », rapporte sa fille Lina Assaf.
« Ainsi depuis des décennies, ma mère a été la dépositaire de ce document historique, authentifié sur la dernière page d’un tampon par les autorités légales de l’Empire ottoman au XVIIe siècle. » Elle ajoute que dans les années 1980, le manuscrit, dont l’état physique se dégradait inexorablement avec le temps, a été minutieusement restauré par la spécialiste Zeina Génadry Salloum, qui lui a aussi réalisé une boîte de conservation.
Près de 60 ans après avoir jalousement préservé ce matériau, Nadia, âgée aujourd’hui de quatre-vingt-un ans, l’a offert le 16 juillet aux archives et collections spéciales de la bibliothèque Jafet de l’AUB, où il sera accessible aux chercheurs, historiens et à toute personne intéressée par l’histoire de la communauté druze et du patrimoine libanais.
La petite Nadia et son frère Toufic entourés de leurs parents Najla et Melhem. Photo DR
Troquer le « mandil » contre un chapeau
Mais qui est Nadia Talhouk Assaf ? Sa première étape dans la vie était une grande aventure. Elle avait deux ans quand son père, le juriste Melhem Ibrahim Talhouk, est nommé consul du Liban au Brésil en 1945, aux côtés de l’ambassadeur, homme politique et journaliste Youssef el-Saouda. Pour la petite histoire et à la demande du consul, sa femme troque son « mandil » blanc contre des chapeaux. « Elle en fera une collection », rapporte sa petite-fille Lina Walid Assaf. Celle-ci enchaîne, racontant que c’est dans un avion de guerre que sa grand-mère et la petite Nadia débarquent à Rome. Elles logeront à l’hôtel Excelsior, fourmillant de G.I.’s, avant de reprendre un long vol transatlantique jusqu’au Brésil. La famille y restera cinq ans. Le père est ensuite muté à Alexandrie, à Madrid, puis devient ambassadeur en Colombie, en Équateur, en Bolivie et au Pérou. À leur retour au Liban en 1965, Nadia Talhouk épouse Anis Assaf, qui en 1952 avait introduit Pepsi Cola sur le marché local avec ses frères Toufic, Youssef et Salim. De ce mariage, elle aura quatre enfants : Lina, femme de Walid Assaf, Karim qui épouse Rolla Khaled Salam, Mona, qui convolera avec Raja Mrad, et Nayla avec le Dr Ramzi Alami.
« Nadia est une femme courageuse qui s’est libérée des contraintes sociales, affirme sa fille. Elle est pleine de tendresse et d’humour. Je me rappelle aussi qu’elle a toujours aimé sortir, s’amuser et danser. »
« Je suis heureuse et honorée que, désormais, ce document que je chéris soit rendu disponible au public », a déclaré Nadia Talhouk Assaf avant de le remettre à la bibliothèque Jafet de l’Université américaine de Beyrouth.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine