Un conducteur de bus dans une rue de Zahlé. Romy Abu-Fadel/L'Orient Today
« Station 3. Rond-point Manara. Lignes 1 et 2 », peut-on lire sur un des panneaux marquant le tout nouveau réseau de bus, publics et hybrides, actuellement à l'essai à Zahlé, dans la Békaa.
Ces véhicules, arrivés dans la ville l'année dernière, sont mis à l'essai pour une période de trois mois depuis le 27 juin. Ce test servira à définir les trajets et horaires, ainsi que le nombre de passagers. Autant de « conditions » qui n'ont pas encore été finalisées, explique Fouad Eli Chaaya, un employé municipal qui travaille dans la toute nouvelle station de bus.
Climatisation
Selon le président du conseil municipal de la ville, Assaad Zougheib, le nombre de passagers « augmente chaque semaine », à mesure que de plus en plus de personnes prennent connaissance du projet. D'ailleurs, à bord d'un des véhicules, une septuagénaire nommée Salwa se réjouit d'annoncer à L'Orient-Le Jour qu'il s'agit de son premier trajet dans un des bus municipaux. Elle assure être prête à utiliser ce moyen de transport « au quotidien » et estime qu'il est « bien meilleur que les taxis ».
L'intérieur d'un des bus déployés à Zahlé. Romy Abu-Fadel/L'Orient Today
Les bus, au design moderne, sont en effet équipés de climatisation et une zone y est réservée pour les personnes à mobilité réduite. Pour en descendre, les passagers appuient sur un bouton indiquant « Stop », contrairement à l'utilisation des bus et camionnettes privés au Liban dans lesquels les usagers doivent crier au conducteur de s'arrêter, n'importe où le long du trajet.
Les arrêts sont situés sur les deux lignes initialement prévues. L'une va du rond-point de Zahlé à la zone de Berdaouni, et l'autre va du rond-point de Ksara au rond-point de Hamra Plaza dans le village de Karak Nouh. Les deux itinéraires fonctionnent de 7 heures à 22 heures. Cependant, le second n'est pas opérationnel actuellement, selon M. Chaaya. Il est principalement destiné à transporter les écoliers et étudiants, alors que les écoles sont fermées.
Un autre avantage de ce moyen de transport : le tarif de 70 000 livres libanaises par trajet, ce qui équivaut à moins d'un dollar actuellement. Des tickets journaliers peuvent être achetés pour 150 000 livres libanaises. Ils peuvent être utilisés par plusieurs personnes ; une personne peut utiliser le bus et passer son ticket à une autre personne. M. Zougheib a ajouté que « les personnes handicapées et les personnes âgées peuvent obtenir des tickets gratuits, et il y a aussi des réductions pour les étudiants ».
Un panneau indiquant un des arrêts du réseau de bus à Zahlé. Romy Abu-Fadel/L'Orient Today
Selon Fouad Chaaya, les conducteurs de bus ne sont pas autorisés à rouler à plus de 25 km/h, alors que les limitations de vitesse et le code de la route ne sont généralement pas appliqués au Liban.
Écologie
Pourquoi un tel projet ? La plus grande ville de la Békaa a un « problème de pollution », selon la municipalité et ce, malgré l'absence d'usines et de générateurs privés. Un problème dû, selon M. Zougheib, aux émissions polluantes des véhicules, sachant qu' il est courant qu'un foyer possède plusieurs voitures. M. Chaaya espère également que l'introduction de transports publics écologiques « réduira le nombre de voitures, vans et tuk-tuks ».
En plus de fonctionner partiellement à l'électricité, les bus utilisent l'AdBlue, a encore expliqué l'employé municipal. Il s'agit d'un mélange de fluide d'échappement diesel (DEF) qui réduit l'oxyde d'azote (NOx) en le transformant en azote et en eau. Le NOx est un gaz qui peut endommager le système respiratoire humain et accroître la vulnérabilité aux infections respiratoires. Le président de la municipalité indique de son côté que les bus utilisent du « Diesel Euro 6, la norme la plus élevée en Europe ».
Un des bus déployés à Zahlé. Romy Abu-Fadel/L'Orient Today
L'aspect écologique est d'ailleurs au cœur du programme de financement de l'Union européenne qui a permis le lancement de ce projet. Il fait en effet partie du « Programme de développement local le long du bassin versant du Litani » (connu comme le programme LRB), financé par l'UE et mis en œuvre par le Fonds économique et social pour le développement. Ce Fonds est géré par le Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR), un établissement public libanais. Selon l'UE, le programme LRB vise à trouver des solutions aux « effets négatifs de la dégradation des ressources naturelles dans le bassin du Litani et à la détérioration des conditions de vie des communautés locales dans cette région ». Cette initiative pourra ainsi répondre à un double objectif : « aider les citoyens » en leur offrant un transport économique et protéger l'environnement, se félicite M. Zougheib.
Les bus publics font largement défaut dans le système de transport libanais. Un réseau informel de vans et de bus privés constitue la chose la plus proche du transport en commun, opérant à l'intérieur des villes et reliant diverses zones du Liban. Cependant, le 10 juillet, une ligne entre Nahr el-Mott et le Bain militaire à Beyrouth a rouvert en utilisant des bus publics. Quelques jours à peine après le lancement de cette initiative par le ministère, des véhicules ont été attaqués. M. Chaaya craint-il que cela arrive également à Zahlé ? Pas vraiment. « Les gens soutiennent ce projet. Ils sont avec nous, pas contre nous », affirme-t-il.


Bravo Zahle, Mini état!.. Allez, mettez nous le train,en marche, zahle Beyrouth !
21 h 25, le 28 juillet 2024