Des bus, propriété de l’État, vandalisés à Dora mercredi dernier. Photo circulant sur les réseaux sociaux
Mercredi était le premier jour de la (re)mise en marche des bus de transport public sur une seule ligne à Beyrouth. Cela faisait des années que ces véhicules étaient absents du paysage du transport en commun, dominé par des vans appartenant à des privés. Or un incident devait entacher cette reprise, pourtant une revendication de la population dans un pays en crise : des individus en colère s'en sont pris à nombre de ces bus, vandalisant les véhicules et insultant passagers et conducteurs.
Cet incident a provoqué la colère du ministre des Transports Ali Hamiyé. « Comme s’il était interdit au citoyen de vivre dans un État, par décision de certains voyous qui se sont érigés en juges sur les routes ! » a-t-il écrit sur son compte X. Il s’est demandé « où sont les forces de l’ordre chargées de protéger le droit des citoyens de choisir le moyen de transport qu’ils souhaitent ? Comment peut-on accepter que des personnes soient sorties de force des bus ? Qui est supposé protéger les bus qui sont propriété de l’État ? ».
Le ministre répondait implicitement à la question d’une supposée compétition entre ces bus officiels et les vans privés, estimant que « le tarif de transport a été étudié de sorte à ne nuire à personne ».
Le ministre sortant de l’Intérieur et des Municipalités Bassam Maoulaoui a pour sa part envoyé un message à la direction générale des Forces de sécurité intérieure (FSI) pour lui demander d’enquêter au sujet des actes de vandalisme sur des bus relevant du ministère des Travaux publics et des Transports, entre les régions de Dora et de la Quarantaine (entrée nord de Beyrouth), au cours desquels des passagers ont été agressés et des conducteurs menacés.
Dans un communiqué publié en début de soirée, l'armée libanaise a affirmé avoir arrêté un individu de nationalité syrienne (A.H.) suspecté d'avoir « attaqué le bus à Dora et agressé l'un de ses passagers ». Un autre individu, A.R., a été arrêté « pour avoir incité les gens à s'en prendre aux bus », a ajouté l'armée samedi dans un autre communiqué.
« Le retour des bus de l’État devrait bénéficier à tous »
La remise en service de ces bus avait été lancée le 10 juillet par Ali Hamiyé lui-même au siège de l’Office des chemins de fer et des transports en commun (OCFTC). Après avoir échoué à gérer le secteur lui-même, l’OCFTC avait lancé un appel d’offres auprès du secteur privé pour faire fonctionner ces bus, dont 49 sont issus d’un don français. Cet appel d’offres avait été remporté par la société Ahdab Commuting & Trading Company (ACTC), celle-ci devant assurer la gestion, la maintenance des véhicules, ainsi que les salaires de la main-d’œuvre et les coûts des accidents, tout en cédant 10 % de ses revenus à l’État.
Le contrat concerne 93 bus, mais seuls 8 d’entre eux ont jusque-là été mis en service sur une seule ligne couvrant le tronçon allant de Nahr el-Mott (nord de Beyrouth) au Bain militaire (littoral de la capitale), confirme à L’Orient-Le Jour Aouni Ahdab, président de l’ACTC.
« Mercredi était le premier jour de mise en service des bus, et les incidents ont commencé ce jour-là », indique-t-il, citant des insultes et des jets de bouteilles sur les véhicules, notamment dans le « point chaud » de Dora. « Nous avons fait appel aux forces de l’ordre qui ont répondu présent et, effectivement, le jeudi, aucun incident n’a été signalé », poursuit-il. Quelques escarmouches ont été constatées vendredi, mais vite réprimées par les FSI également, toujours selon M. Ahdab.
Interrogé sur le tarif, il confirme qu’il est de 70 000 LL (environ 78 cents américains) pour un trajet, soit le même tarif que celui des vans privés, selon lui. « De ce point de vue, il n’y a aucune compétition déloyale, bien au contraire, l’arrivée des bus de l’État aura des répercussions positives sur tout le secteur », poursuit-il. Seule différence : les nouveaux bus mis en circulation sont plus propres et sécurisés, ils roulent suivant des horaires précis, ce qui permet à l’usager de prévoir le temps du trajet, contrairement aux vans privés.
Par ailleurs, les bus sont munis de caméras de surveillance à l’intérieur et à l’avant, « auxquelles nous allons ajouter des caméras sur les côtés, en vue de filmer toute agression qui a lieu hors du bus », précise M. Ahdab.
À la question de savoir la raison d’une telle animosité, le président de la compagnie affirme « avoir prévu des problèmes de la sorte, car le vide laissé dans ce domaine par l’État pendant 30 ans a été comblé par des groupes qui ont pris le contrôle de certaines régions », sans vouloir nommer personne pour autant. Il assure par ailleurs que la compagnie compte poursuivre son plan d’expansion jusqu’à couvrir plusieurs lignes d’ici à septembre ou octobre, tout en prévoyant de maintenir sa collaboration avec les forces de l’ordre en vue d’assurer la sécurité des passagers et des conducteurs.
Nous avons tenté d’entrer en contact avec le président du syndicat des transports en commun, Bassam Tleiss, sans succès. Les agressions contre ces bus ont provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes fustigeant l’incapacité de l’État à protéger ses propres bus.


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09 h 48, le 16 juillet 2024