La députée française Yaël Braun-Pivet avant le vote à l'Assemblée nationale française à Paris, le 18 juillet 2024. Photo Bertrand GUAY / AFP
La macroniste Yaël Braun-Pivet a été réélue présidente de l'Assemblée nationale, la gauche, pourtant le principal groupe à la chambre basse française, voyant ses perspectives d'accéder au pouvoir s'éloigner.
Le camp du président français Emmanuel Macron a perdu la majorité à l'Assemblée après sa décision de dissolution surprise à l'approche des JO, suivie de législatives qui ont divisé la chambre basse en trois blocs, tous loin de la majorité absolue. Il a fallu trois tours à la présidente sortante pour retrouver son fauteuil, grâce à une alliance scellée entre les députés du centre droit favorables au président Emmanuel Macron et ceux de la droite conservatrice.
Après quasiment six heures de suspense, Mme Braun-Pivet est finalement créditée de 220 voix, contre 207 pour le communiste André Chassaigne, le candidat du Nouveau front populaire (gauche), et 141 pour Sébastien Chenu, qui représentait l'extrême droite.
Cette réélection relève d' « un vote qui a été volé » par « une alliance contre nature », a réagi M. Chassaigne, Sébastien Chenu dénonçant lui une « victoire des combines ».
La présidente des députés de gauche radicale (La France insoumise, LFI) Mathilde Panot s'était par avance indignée d' « un coup de force antidémocratique », puisque son camp s'était adjugé le plus grand nombre de députés aux législatives anticipées du 30 juin et du 7 juillet dernier, décidées par le président Macron.
Un « statu quo » avec Yaël Braun-Pivet serait « irresponsable », avait abondé auprès de l'AFP la cheffe des députés écologistes Cyrielle Chatelain. Mais un accord entre la droite traditionnelle, qui a retiré son candidat à la présidence de l'Assemblée, et la macronie a mis un terme aux espérances de la gauche.
« On assume totalement de prendre nos responsabilités. Cela veut dire empêcher LFI et ceux qui bordélisent l'Assemblée nationale d'accéder à la présidence de l'Assemblée », a justifié Vincent Jeanbrun, porte-parole du groupe de La Droite Républicaine.
Le Nouveau Front populaire, une alliance des partis socialiste, communiste, écologiste et de LFI mise en place juste avant les législatives pour contrer une victoire annoncée de l'extrême droite, n'avait depuis dix jours cessé de faire étalage de ses divisions, au grand désespoir de ses soutiens.
Alors qu'elles revendiquent de gouverner, les quatre formations se sont montrées incapables de s'entendre jusque sur l'identité d'un éventuel futur Premier ministre. Et l'alliance entre les macronistes et la droite pour la présidence de l'Assemblée pourrait semble indiquer que leurs perspectives de gouverner s'éloignent.
« Tout sauf la gauche »
Jeudi, le Nouveau front populaire s'est trouvé aux prises d'un « tout sauf la gauche », a estimé une source macroniste.
« Envoyer un membre du NFP au perchoir enverrait le signal qu’ils pourraient éventuellement nouer des deals à l’Assemblée. Or, nous nous efforçons depuis dix jours d’expliquer qu’ils ne sont pas en capacité de gouverner », expliquait encore en début d'après-midi le ministre du Logement Guillaume Kasbarian.
Mardi, le président Emmanuel Macron a accepté la démission du gouvernement du Premier ministre Gabriel Attal, alors que la France aborde la période sensible de l'accueil des Jeux Olympiques qui démarrent le 26 juillet, puis des Paralympiques. Ce gouvernement démissionnaire reste cependant « en charge des affaires courantes », avec un rôle politique limité, vraisemblablement pendant plusieurs semaines, jusqu'à la nomination d'un nouveau gouvernement.
Au-delà de la présidence de l'Assemblée, c'est l'ensemble du paysage politique qui peine à se décanter dix jours après les législatives.
Le NFP est arrivé en tête, mais sans majorité claire, et s'est montré incapable jusqu'ici de proposer un candidat commun pour le poste de Premier ministre, sur fond de désaccord entre la France Insoumise (gauche radicale) et les socialistes.
Peu avant l'ouverture de la nouvelle mandature, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre de Paris à l'appel notamment du syndicat CGT, « pour mettre l'Assemblée nationale sous surveillance » et demander le « respect » du résultat des élections.
Si la présidence de l'Assemblée ainsi que le poste de Premier ministre ne reviennent pas au NFP, « on va se retrouver encore dans la rue de nombreuses fois », avait averti Mélina Janvrin, cheminote syndiquée à la CGT.



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