Rechercher
Rechercher

Politique - Politique

Des groupes progressistes laïcs au Liban unissent leurs forces

« Notre objectif est de donner naissance à un mouvement politique équilibré et ambitieux, capable de se présenter avec audace dans l'arène politique », a déclaré l'un des coordinateurs du mouvement.

Des groupes progressistes laïcs au Liban unissent leurs forces

Des membres des groupes laïcs et progressistes libanais qui ont uni leurs forces, 14 juillet 2024. Photo fournie par Karim Safieddine

Un nouveau mouvement qui se dit laïc et progressiste a vu le jour au Liban, après l'alliance de plusieurs groupes, annoncée dimanche à Station Beirut. Ce regroupement n'a pas encore de nom et se dit toujours « en construction » après « un an et demi d'efforts ». Il comprend notamment Mada – un réseau politique et un mouvement constitué de clubs laïcs dans les universités, les régions et les syndicats – et les principaux fondateurs de Chamalouna, une alliance de groupes indépendants au Liban-Nord. Y participent également la coalition Sahlouna wal jabal, un mouvement qui a participé aux élections législatives de 2022 dans la Békaa, d'autres clubs laïcs et formations progressistes ainsi que des individuels membres de mouvements alternatifs couvrant Beyrouth et le Liban-Sud.

« Nous sommes des personnes qui avons essayé. Nous avons lutté en coulisses, sans aucun avantage d'autorité ou matériel. Nous avons été actifs et avons contribué, nous avons fait des erreurs et les avons surmontées, nous avons rejoint de nombreux groupes, nous sommes restés fidèles à certains et avons quitté d'autres », peut-on lire dans le manifeste politique de ce nouveau mouvement. 

L'idée de l'alliance est née après les élections législatives, lorsque ces groupes ont commencé à dialoguer afin de se rapprocher, explique Karim Safieddine, l'un des coordinateurs du mouvement et membre de Mada, à L'Orient-Le Jour. « Notre objectif est de faire naître un mouvement politique équilibré et ambitieux capable de se présenter avec audace sur la scène politique », ajoute M. Safieddine, lui-même ancien président du club laïc de l'Université américaine de Beyrouth et coordinateur du réseau Mada.

Lire aussi

La présidentielle libanaise à l’heure des incertitudes en Occident

Orientations politiques 

« Pour nous, le système confessionnel est obsolète depuis longtemps et nous nous concentrons pour saisir toutes les opportunités vers un système démocratique laïc », souligne M. Safieddine.

« Nous soutenons les réformes qui améliorent la vie quotidienne et contribuent au changement démocratique, et nous rejetons les réformes formelles qui reproduisent les systèmes et renforcent les privilégiés », peut-on lire dans le manifeste. Celui-ci indique que le nouveau mouvement tire ses racines de plusieurs « mouvements de lutte » de l'histoire moderne du Liban, notamment contre la tutelle baasiste syrienne pendant la guerre civile libanaise, l'occupation israélienne et les principes de reconstruction néolibérale postguerre. Il fait également référence à des moments charnières tels que le printemps arabe et les mouvements visant à renverser le régime sectaire, ainsi que les manifestations « Vous puez » et « Tous veut dire tous » – cette dernière ayant eu lieu lors du soulèvement d’octobre 2019. 

Le mouvement évoque aussi sa position par rapport au Hezbollah. « Cette question est décisive, surtout à la lumière de l’obstruction du Hezbollah au processus démocratique », déclare Karim Safieddine. Il critique d'ailleurs le parti chiite pour sa « protection » du système bancaire et financier, son « intervention » en Syrie et son « obstruction » à un consensus national sur les décisions stratégiques concernant le Liban-Sud.

Depuis le 8 octobre 2023, le Hezbollah échange des tirs transfrontaliers quasi quotidiens avec l’armée israélienne en soutien à son allié palestinien, le Hamas.

Un nouveau système économique et de marché au Liban

Sur le plan économique, M. Safieddine souligne la nécessité de « mettre à jour » le système. « Toutes les questions que nous discutons depuis 2019, y compris le contrôle des capitaux et la restructuration des banques, nécessitent un changement, déclare-t-il. Nous devons envisager un nouveau système économique et de marché en imaginant un système socialement juste, qui priorise les droits des marginalisés. »

L'un des objectifs du manifeste consiste à « établir des critères clairs fondés sur les compétences pour l'emploi dans le secteur public et à organiser des concours pour sélectionner les candidats les plus qualifiés. Il s'agit également de garantir la diversité sociale dans les administrations publiques afin d'assurer un environnement de travail sain et inclusif ».

La question de la fiscalité est également abordée. Le mouvement aspire à adopter « des amendements fiscaux radicaux qui commencent par l'approbation d'un impôt progressif sur le revenu, en plus d'imposer des taxes sur les bénéfices réalisés dans les secteurs auxquels des facilités ont été accordées par les gouvernements et Parlements successifs depuis les années 1990 jusqu'à aujourd'hui. »

Le Liban est aux prises avec une crise économique sévère et prolongée depuis la fin de 2019, marquée par une forte dévaluation de la livre libanaise, une hyperinflation, des pénuries de biens et services essentiels, un taux de chômage élevé et l'effondrement du système bancaire. La crise trouve son origine dans des décennies de mauvaise gestion gouvernementale, de corruption et de politiques budgétaires insoutenables qui ont entraîné un lourd fardeau de la dette publique.

Vision des politiques régionales

Sur le plan régional, le mouvement rejette « tous les axes, qu'ils soient américains ou iraniens ». « Nous devons développer une ligne démocratique progressiste et laïque à l'échelle de toute la région et établir des réseaux avec les groupes et mouvements qui ont lancé des soulèvements importants en 2011 et 2019 », affirme M. Safieddine.

« La solidarité est un élément-clé de notre philosophie politique, ajoute-t-il. Historiquement, les intellectuels qui croyaient en la démocratie pour tous, comme feu Samir Kassir, ont souligné le lien direct entre la question de la démocratie en Syrie, l'indépendance du Liban et la liberté de la Palestine, et nous voulons développer et bâtir sur cette idée. »

Samir Kassir, journaliste libano-palestinien assassiné en 2005, plaidait pour la démocratie et s'opposait fermement à l'occupation syrienne du Liban.

Un nouveau mouvement qui se dit laïc et progressiste a vu le jour au Liban, après l'alliance de plusieurs groupes, annoncée dimanche à Station Beirut. Ce regroupement n'a pas encore de nom et se dit toujours « en construction » après « un an et demi d'efforts ». Il comprend notamment Mada – un réseau politique et un mouvement constitué de clubs laïcs dans les universités, les régions et les syndicats – et les principaux fondateurs de Chamalouna, une alliance de groupes indépendants au Liban-Nord. Y participent également la coalition Sahlouna wal jabal, un mouvement qui a participé aux élections législatives de 2022 dans la Békaa, d'autres clubs laïcs et formations progressistes ainsi que des individuels membres de mouvements alternatifs couvrant Beyrouth et le Liban-Sud.« Nous sommes des...
commentaires (4)

Un programme digne d’un pays démocratique que le Liban n’est plus. Ils veulent nous faire croire qu’ils seraient en mesure de faire cracher des impôts à ceux qui ont pillé le pays et qui continuent de le faire? Ils auront recours à quelle justice pour l’exiger? La justice est vendue et le pays usurpé par une milice armée jusqu’aux dents qui menace la vie des libanais et on vient de bâtir des châteaux en Espagne? Les électeurs sont conditionnés par la somme de l’argent que les candidats leur offre, alors combien ce mouvement est prêt de payer pour acheter leurs voix?

Sissi zayyat

11 h 11, le 17 juillet 2024

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Un programme digne d’un pays démocratique que le Liban n’est plus. Ils veulent nous faire croire qu’ils seraient en mesure de faire cracher des impôts à ceux qui ont pillé le pays et qui continuent de le faire? Ils auront recours à quelle justice pour l’exiger? La justice est vendue et le pays usurpé par une milice armée jusqu’aux dents qui menace la vie des libanais et on vient de bâtir des châteaux en Espagne? Les électeurs sont conditionnés par la somme de l’argent que les candidats leur offre, alors combien ce mouvement est prêt de payer pour acheter leurs voix?

    Sissi zayyat

    11 h 11, le 17 juillet 2024

  • Ce mouvement part d'un bon aloi, mais ne tient pas compte du fait qu'au Liban les électeurs votent en troupeau conduits aux urnes par leurs caciques et reussir a rassembler relèverait de la gageure...mais on ne peut que leur souhaiter le meilleur pour la suite, si deja ce mouvement parvient, en son sein, à etablir un organe collégial de direction....

    C…

    21 h 11, le 16 juillet 2024

  • enfin OLJ vous parler de nouveaux mouvements politiques. Pas comme d’habitude des mêmes qui nous gouverne mal depuis des années. Il etait temps continuer y en a d’autres et je m’abonnerai a nouveau.

    Staub Grace

    19 h 33, le 16 juillet 2024

  • Bonne initiative, mais memoire courte. Ils auraient pu quand meme faire allusion a leurs aines qui ont mene la meme lutte bien avant eux au sein de la Gauche Democratique (auquel appartenait Samir Kassir) et du Mouvement du Renouveau Democratique.

    Michel Trad

    18 h 51, le 16 juillet 2024

Retour en haut