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Politique - Présidentielle

La feuille de route de l’opposition est-elle mort-née ?

Les deux propositions des anti-Hezbollah pour un déblocage lancées mardi se sont rapidement heurtées au verdict de Nabih Berry : « La montagne a accouché d’une souris. »

La feuille de route de l’opposition est-elle mort-née ?

Les députés du Rassemblement démocratique entourés de certains de leurs collègues relevant de l’opposition, à la Chambre le 10 juillet 2024. Photo tirée du compte X de Ghassan Hasbani, député FL

« Mais où est donc l’initiative de l’opposition ? » Cette interrogation, teintée d’ironie, lancée à L’Orient-Le Jour par un proche du président de la Chambre, Nabih Berry, résume le niet du camp piloté par le Hezbollah à la « feuille de route » présentée mardi dernier par l’opposition pour débloquer la présidentielle, plus d’un an après la dernière séance électorale (14 juin 2023).

L’initiative des anti-Hezbollah est axée, rappelons-le, sur deux scénarios : le premier prévoyant des concertations informelles avant une séance ouverte et le second d’abord une séance ouverte, qui serait suspendue (mais non clôturée), pour tenir des concertations en cas de non-élection. Dans la forme, les détracteurs du tandem chiite ont proposé une synthèse de leurs positions respectives quant au dossier. Ils ont surtout fait un petit pas en arrière en approuvant le principe des concertations politiques avant le scrutin, après un long attachement à une élection conforme au mécanisme prévu par la Constitution. Mais on est toujours loin du dialogue élargi pour lequel presse sans relâche M. Berry, prêt à tout pour s’affirmer comme l’élément incontournable de toute solution. C’est probablement pour cette raison que les joumblattistes ont, eux, formulé des réserves quant à cette feuille de route, à l’heure où Walid Joumblatt, tout en restant officiellement dans l’opposition, tente de maintenir une proximité avec le maître du perchoir. La démarche de l’opposition semble donc mort-née ou, du moins, ne donnera pas les résultats escomptés : au lieu de paver la voie à une élection rapide du président de la République, elle est simplement venue s’ajouter à toutes les autres tentatives locales de sortir de l’impasse et dont la clé demeure… Nabih Berry.

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Jeudi, le président de la Chambre est sorti de son silence. « La montagne a accouché d’une souris », a-t-il lancé, dans des propos rapportés par certains médias locaux. Il a vu dans la démarche de l’opposition un comportement « vindicatif ». « Quelle différence y a-t-il entre “dialogue” et “concertations” ? Leur initiative propose une séance électorale qui serait interrompue par une sorte de récréation d’écoliers, avant d’élire un président », ironise un proche de M. Berry, rappelant que sans ce dernier, « rien ne pourra avoir lieu. Car il n’est pas normal que le chef du législatif ne préside pas un dialogue tenu à l’hémicycle ». « Nabih Berry est une opportunité qui ne devrait pas être ratée », a d’ailleurs estimé jeudi le cheikh Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah et porte-parole officieux de ce parti. Même son de cloche chez le Rassemblement démocratique (joumblattiste). « Nous leur avons dit que M. Berry est la clé de la tenue de l’élection présidentielle », dit à L’Orient-Le Jour Bilal Abdallah, député joumblattiste présent à la réunion avec une délégation de l’opposition mardi, à l’issue de laquelle son collègue Waël Bou Faour n’a pas mâché ses mots : « Nous n’y avons pas vu de nouvelles idées à même de permettre l’élection d’un président », a-t-il lancé, prenant toutefois le soin de qualifier la démarche de « positive ». Il a cependant souligné qu’il est « faux de dire que le dialogue suscite des appréhensions ».

La réaction « prématurée » de Geagea

Les propos de M. Bou Faour illustrent le désaccord avec le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui justifie son veto catégorique au dialogue tel que voulu par Nabih Berry par sa détermination à « empêcher la présidence du Parlement de confisquer » la magistrature suprême. Un point qui a figuré au centre d’un communiqué virulent publié mercredi par le leader de Meerab. « Ce qu’ils (le camp de la moumanaa) voulaient par leur appel au dialogue, c’est que la présidence de la Chambre mette la main sur (Baabda), ce qui est totalement inacceptable », a affirmé M. Geagea. « Finalement, le masque est tombé, deux ans après les appels de la moumanaa au dialogue (…). Car dès que l’opposition a présenté deux propositions sérieuses en vue d’un dialogue à même de tenir la présidentielle, plusieurs voix se sont élevées pour les rejeter », a regretté Samir Geagea, dans une flèche en direction de Aïn el-Tiné.

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Au-delà de la feuille de l’opposition, la position de Samir Geagea semblait surtout viser à mettre à nu, une nouvelle fois, le camp du Hezbollah, dont les composantes provoquent systématiquement un défaut de quorum à l’issue du premier tour de vote pour imposer l’élection d’une figure qui bénéficierait de son feu vert. Le but serait donc pour l’opposition de se laver les mains des accusations de blocage que lui lancent ses adversaires, plutôt que de contribuer à faire progresser le processus électoral. C’est probablement ce qui fait dire à un député du même camp que « le communiqué de Samir Geagea était prématuré ». « Nous sommes convaincus que ce sont le Hezbollah et ses alliés qui entravent la présidentielle. Mais il fallait donner du temps à cette initiative avant de s’en prendre à Nabih Berry », dit-il sous couvert d’anonymat. Cette lecture, les milieux de Meerab ne la partagent naturellement pas. « L’importance de la feuille de route réside dans le fait qu’elle confirme que l’élection d’un président devrait avoir lieu dans le cadre du mécanisme constitutionnel et que c’est le tandem chiite qui le bloque », commente le porte-parole des FL, Charles Jabbour.

Le « oui, mais » du CPL

Il reste que la démarche de l’opposition a quand même reçu un coup de pouce de la part du Courant patriotique libre dont une délégation s’est entretenue avec des députés anti-Hezbollah mercredi. « Nada Boustani (députée CPL) a exprimé notre soutien à l’initiative, surtout si elle serait à même de permettre de combler le vide présidentiel », confie à L’OLJ un ancien parlementaire CPL, réitérant ainsi la position officielle du parti. « Le CPL est disposé à avaliser les propositions de l’opposition », peut-on lire dans le communiqué publié mercredi par le bureau politique, qui appelle « les deux camps, l’opposition et la moumanaa, à outrepasser certaines considérations de forme, surtout si l’élection d’un président (à l’issue des concertations) est garantie ». Fidèle à sa récente politique de recentrage, le CPL a ainsi mis les deux camps dans le même panier. S’adressant par la suite à l’opposition, il a souligné, dans le communiqué, que cette démarche pourrait être considérée « par certains comme une tentative d’inclure de nouvelles coutumes à la Constitution », alors que c’est ce qui est reproché à Nabih Berry et son appel au dialogue national. Le parti aouniste a fini son évaluation par une phrase porteuse d’un message dans les deux directions : « Le CPL ne considère aucune formule de concertations comme une nouvelle coutume. »

Outre les aounistes, les anti-Hezbollah ont reçu le soutien des ambassadeurs des pays membres du Quintette impliqué dans le dossier libanais (États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte, Qatar) rencontrés mardi soir à la Résidence des Pins. 

« Mais où est donc l’initiative de l’opposition ? » Cette interrogation, teintée d’ironie, lancée à L’Orient-Le Jour par un proche du président de la Chambre, Nabih Berry, résume le niet du camp piloté par le Hezbollah à la « feuille de route » présentée mardi dernier par l’opposition pour débloquer la présidentielle, plus d’un an après la dernière séance électorale (14 juin 2023).L’initiative des anti-Hezbollah est axée, rappelons-le, sur deux scénarios : le premier prévoyant des concertations informelles avant une séance ouverte et le second d’abord une séance ouverte, qui serait suspendue (mais non clôturée), pour tenir des concertations en cas de non-élection. Dans la forme, les détracteurs du tandem chiite ont proposé une synthèse de leurs positions respectives quant au...
commentaires (4)

La specialite commune du duopole Chiite et des Aounistes est le blocage. Ca, ils savent faire. Pour le reste, ce sont clairement des incapables.

Michel Trad

16 h 50, le 12 juillet 2024

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Commentaires (4)

  • La specialite commune du duopole Chiite et des Aounistes est le blocage. Ca, ils savent faire. Pour le reste, ce sont clairement des incapables.

    Michel Trad

    16 h 50, le 12 juillet 2024

  • L’argument à deux balles du CPL sur le blocage me semble hors sujet puisqu’ils savent qui bloque mais préfère garder une sortie honorable avec ou les u s ou les autres selon. Alors ce jeu de dupes ne trompe plus personne. Ils ne ratent pas une seule occasion pour nous montrer à quel point ils se fichent du sort du pays, préférant privilégier le sort de leur groupe et de leur petit chef qui s’est fait jeté par celui qu’il a voulu intronisé afin de grappiller des miettes.

    Sissi zayyat

    15 h 24, le 12 juillet 2024

  • Il ne sert à rien d’attendre que Berry ou son clan admettent qu’ils sont les seuls responsables du blocage voulu et assumé. Ils le savent mieux que personne et ne l’avoueraient jamais comme si les libanais étaient des demeurés tout comme les pays qui les regardent faire sans imposer aucune limite ni sanction à ce bloc de vendus. Ils n’ont qu’un souci en tête, maintenir la pression sur notre pays qu’ils ont entraîné dans une guerre pour rester les seuls maîtres de la solution en monnayant un cessez-le-feu contre un président de leur choix.

    Sissi zayyat

    15 h 07, le 12 juillet 2024

  • Je suis un peu étonné de voir que la question; "Qui bloque la présidentielle?" est sujette à débat et qu’il soit nécessaire pour les opposants d’étayer leur position. La réponse me semble d’une évidence lapalissienne. En premier lieu: celui qui refuse de convoquer le collège électoral. Viennent ensuite ceux qui prennent systématiquement la fuite après le premier tour de chaque séance. Quelqu’un a-t-il un argument là-contre?

    Yves Prevost

    07 h 09, le 12 juillet 2024

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