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Moyen-Orient - Scrutin

Le réformateur Pezeshkian remporte la présidentielle en Iran

Après un premier tour marqué par une forte abstention, la participation s'est établie à 49,8%. Le nombre de bulletins nuls s'élèverait à plus de 600 000.

Le réformateur Pezeshkian remporte la présidentielle en Iran

Le candidat réformateur à la présidentielle iranienne Massoud Pezeshkian faisant le V de la victoire après avoir voté à Téhéran, le 28 juin 2024. Photo AFP / ATTA KENARE

Le réformateur Massoud Pezeshkian, un député de 69 ans qui plaide pour une ouverture de l'Iran vers l'Occident, a remporté samedi le second tour de la présidentielle, devant l'ultraconservateur Saïd Jalili.

Organisée à la hâte après le décès du président ultraconservateur Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère le 19 mai, la présidentielle s'est tenue dans un contexte de mécontentement populaire face notamment à l'état de l'économie frappée par des sanctions internationales. À l'issue du vote vendredi, lors duquel quelque 61 millions d'Iraniens étaient appelés aux urnes, M. Pezeshkian a recueilli plus de 16 millions de votes contre plus de 13 millions à son adversaire, sur un total de 30 millions de bulletins déjà dépouillés, selon les autorités électorales. Après un premier tour marqué par une forte abstention, la participation s'est établie à 49,8%. Le nombre de bulletins nuls s'élèverait à plus de 600 000.

« La voix des sans-voix » 

« Nous tendrons la main de l'amitié à tout le monde, nous sommes tous des habitants de ce pays, nous devrions utiliser tout le monde pour le progrès du pays », a déclaré samedi M. Pezeshkian, lors de sa première prise de parole depuis sa victoire, en remerciant ses sympathisants, dont certains s'étaient rassemblés dans les rues du pays dans un mouvement de célébration. Tout en affirmant sa loyauté à la République islamique, celui que les Iraniens surnomment le « docteur » appelle à des « relations constructives » avec Washington et les pays européens afin de « sortir l'Iran de son isolement ».

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Nul n'aurait parié sur ce député de Tabriz, la grande ville du nord-ouest de l'Iran, lorsque sa candidature a été acceptée par le Conseil des gardiens avec cinq autres candidats, tous conservateurs. Ce père de famille, qui a élevé seul trois enfants après la mort de son épouse et d'un autre enfant dans un accident de voiture en 1993, se présente comme la « voix des sans-voix ».

Le scrutin était suivi avec attention à l'étranger alors que l'Iran, poids lourd du Moyen-Orient, est au coeur de plusieurs crises géopolitiques, de la guerre à Gaza au dossier nucléaire, dans lesquelles il s'oppose aux pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, son ennemi juré.

Arrivé en tête au premier tour, M. Pezeshkian plaide pour un Iran plus ouvert à l'Occident. M. Jalili, 58 ans, est lui connu pour ses positions inflexibles face aux puissances occidentales.

Durant la campagne, M. Pezeshkian a reçu le soutien de deux anciens présidents, le réformiste Mohammad Khatami et le modéré Hassan Rohani.

Des figures de l'opposition en Iran et au sein de la diaspora avaient appelé au boycott du scrutin, jugeant que les camps conservateur et réformateur représentent deux faces de la même médaille, alors que l'ultime décideur reste le guide suprême Ali Khamenei.

L'éditorial de Issa GORAÏEB

La fièvre des urnes

Dans un bureau de vote de Téhéran, Hossein, 40 ans, confiait vendredi avoir choisi M. Pezeshkian, car il « peut changer des choses ». Farzad, 52 ans - qui comme Hossein ne souhaite pas donner son nom de famille - a fait le même choix, pour « empêcher l'accès au pouvoir des radicaux » ultraconservateurs.

Pouvoirs restreints 

« Cela fait 45 ans que nous crions mort à l'Amérique, ça suffit. (...) On ne peut pas construire un mur autour du pays », martelait-il. M. Pezeshkian appelle à régler la question du port obligatoire du voile pour les femmes, l'une des causes du vaste mouvement de contestation ayant secoué le pays fin 2022 après le décès de Mahsa Amini, arrêtée pour non-respect du code vestimentaire strict.

Lors de deux débats télévisés, les candidats ont abordé les difficultés économiques du pays, ses relations internationales, le faible taux de participation aux élections et les restrictions imposées sur Internet par le gouvernement.

Négociateur dans le dossier nucléaire entre 2007 et 2013, M. Jalili s'était fermement opposé à l'accord conclu finalement en 2015 entre l'Iran et des puissances mondiales, dont les Etats-Unis, qui imposait des restrictions à l'activité nucléaire iranienne en échange d'un allègement des sanctions. Les négociations sur le nucléaire sont actuellement dans l'impasse après le retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018 qui ont réimposé de sévères sanctions économiques à Téhéran.

L'élection devrait avoir des répercussions limitées, le président n'ayant que des pouvoirs restreints: il est chargé d'appliquer, à la tête du gouvernement, les grandes lignes politiques fixées par l'ayatollah Ali Khamenei, qui est le chef de l'Etat.

Ce dernier a nié que la forte abstention, qui s'est exprimée aussi parmi les électeurs du camp conservateur, était due à un rejet populaire du régime de la République islamique. « Il y a des raisons (à la faible participation) et les politiciens et sociologues les examineront, mais si quelqu'un pense que ceux qui n'ont pas voté sont contre l'ordre établi, il a tout simplement tort », a-t-il déclaré.

Dans un rare aveu, il a néanmoins reconnu que certains Iraniens n'acceptaient pas le pouvoir en place. « Nous les écoutons et nous savons ce qu'ils disent. Ce n'est pas comme s'ils étaient cachés et qu'on ne les voyait pas », a déclaré M. Khamenei.

Message de félicitations de Poutine

Au Liban, le président du Parlement libanais, Nabih Berry, a félicité samedi le guide suprême de la République islamique d'Iran, l'ayatollah Ali Khamenei, et le président iranien nouvellement élu, Massoud Pezeshkian, pour avoir mené à bien l'élection présidentielle.

Le président russe Vladimir Poutine a adressé ses « félicitations sincères » au nouveau président iranien, a annoncé le Kremlin samedi dans un communiqué. « Les relations russo-iraniennes ont le caractère amical et de bon voisinage », a déclaré M. Poutine, dans un message de félicitations adressé à M. Pezeshkian.

Pays alliés lourdement sanctionnés par les Occidentaux, la Russie et l'Iran « coordonnent leurs efforts de manière efficace pour résoudre les questions d'actualité internationale », a-t-il fait valoir.

« J'espère que votre activité au poste de président va contribuer à un renforcement ultérieur d'une coopération bilatérale constructive tous azimuts pour le bien de nos peuples amicaux », a souligné le maître du Kremlin, en souhaitant à M. Pezeshkian « du succès, de la santé et de la prospérité ».

Le président chinois

Le président chinois Xi Jinping a félicité samedi le réformateur Massoud Pezeshkian pour sa victoire, ont rapporté les médias officiels.

« J'attache une grande importance au développement des relations entre la Chine et l'Iran et je suis prêt à travailler avec le président pour faire progresser le partenariat stratégique global entre la Chine et l'Iran », a déclaré M. Xi, selon l'agence Chine Nouvelle.

« La Chine et l'Iran ont une longue histoire d'échanges amicaux, et leurs relations bilatérales ont connu un développement sain et stable (...) depuis plus d'un demi-siècle », a relevé M. Xi, selon l'agence d'Etat.

« Face à des situations régionales et internationales complexes, la Chine et l'Iran se sont toujours soutenus mutuellement, ont travaillé ensemble et ont continué à consolider la confiance mutuelle stratégique », a-t-il ajouté. « Cela a non seulement profité aux peuples de nos deux pays, mais a également contribué activement à la promotion de la paix et de la stabilité régionales et mondiales », a-t-il noté.

La Chine est un proche partenaire de l'Iran, son plus grand partenaire commercial et l'un des principaux acheteurs de son pétrole sous sanctions.

Les sanctions ont compliqué les efforts déployés par Pékin pour associer Téhéran à son vaste projet d'infrastructures des Nouvelles routes de la soie. L'Iran a rejoint l'année dernière l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), une organisation à visée économique et sécuritaire promue par Pékin et Moscou.

Le premier ministre indien

Le Premier ministre indien Narendra Modi a également félicité Massoud Pezeshkian, samedi. 

« J'ai hâte de travailler en étroite collaboration avec vous pour renforcer davantage nos chaleureuses et anciennes relations bilatérales  dans l'intérêt de nos peuples et de la région », a écrit M. Modi sur le réseau social X.

Téhéran et New Delhi entretiennent des relations étroites, la République islamique ayant été pendant de nombreuses années le principal fournisseur de pétrole du géant d'Asie du Sud, aujourd'hui cinquième économie mondiale, jusqu'à ce que les sanctions américaines ne réduisent les échanges. 

New Delhi a dû trouver un point d'équilibre entre ses relations avec Téhéran, ses liens avec Washington --les États-Unis et l'Inde sont tous deux membres de l'alliance de sécurité Quad-- et ses bonnes relations avec Israël.

En mai, l'Iran et l'Inde ont signé un contrat visant à développer et équiper le port iranien de Chabahar, dans le cadre d'un accord qui donnerait à New Delhi un accès de 10 ans à l'installation, déclenchant une vive réaction de Washington qui a averti que les entreprises impliquées risquaient d'être sanctionnées.

Les pays du Golfe

Les dirigeants des pays arabes du Golfe, notamment le roi Salmane d'Arabie saoudite, ont félicité samedi le réformateur Massoud Pezeshkian.

« Nous vous adressons nos sincères félicitations et nos meilleurs vœux de succès et de réussite, en espérant continuer à développer les relations qui lient nos deux pays et nos deux peuples frères », a dit le souverain saoudien dans son message, selon l'agence de presse officielle du royaume SPA.

Il a souligné aussi sa volonté de « poursuivre la coordination et la concertation (entre les deux pays) afin de renforcer la paix et la sécurité régionales et internationales ». 

Le royaume sunnite d'Arabie saoudite, chef de file des pays du Golfe, et l'Iran à majorité chiite ont repris leurs relations diplomatiques en mars 2023 après sept de rupture, dans le cadre d'un accord négocié par la Chine.

Les deux poids lourds du Moyen-Orient, qui ont longtemps soutenu des camps adverses dans des conflits régionaux, multiplient depuis les signes de rapprochement. 

Le Koweït a également adressé ses félicitations à M. Pezeshkian, tout comme le Qatar et les Emirats arabes unis. L'émir du Koweït, Mechal al-Ahmad al-Sabah, a « souhaité à la République islamique d'Iran davantage de progrès et de prospérité », tandis que le dirigeant du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, a souligné sa volonté de continuer à « développer et intensifier les relations entre les deux pays ». 

« Je me réjouis de travailler avec (Massoud Pezeshkian) dans l'intérêt de nos deux pays », a écrit pour sa part le président émirati, cheikh Mohammed ben Zayed, sur son compte X. 

Le réformateur Massoud Pezeshkian, un député de 69 ans qui plaide pour une ouverture de l'Iran vers l'Occident, a remporté samedi le second tour de la présidentielle, devant l'ultraconservateur Saïd Jalili.Organisée à la hâte après le décès du président ultraconservateur Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère le 19 mai, la présidentielle s'est tenue dans un contexte de mécontentement populaire face notamment à l'état de l'économie frappée par des sanctions internationales. À l'issue du vote vendredi, lors duquel quelque 61 millions d'Iraniens étaient appelés aux urnes, M. Pezeshkian a recueilli plus de 16 millions de votes contre plus de 13 millions à son adversaire, sur un total de 30 millions de bulletins déjà dépouillés, selon les autorités électorales. Après un premier tour...
commentaires (2)

Le peuple Iranien est un peuple remarquable et quoi qu’on en dise un peuple cultivé, ouvert bien loin de ce régime tyrannique qui a profité de évènements de 1979 at de la guerre avec l’Iraq pour assoir son pouvoir. Les Iraniens, surtout les jeunes sont le peuple le moins religieux, vivre avec ce régime a fait le contre effet. On espère qu’une fois Khamenei parti, le pays s’ouvre et exploite sa grande richesse et surtout arrête de vouloir contrôler ses voisins et de financer des milices inféodées,

Liban Libre

14 h 34, le 06 juillet 2024

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Commentaires (2)

  • Le peuple Iranien est un peuple remarquable et quoi qu’on en dise un peuple cultivé, ouvert bien loin de ce régime tyrannique qui a profité de évènements de 1979 at de la guerre avec l’Iraq pour assoir son pouvoir. Les Iraniens, surtout les jeunes sont le peuple le moins religieux, vivre avec ce régime a fait le contre effet. On espère qu’une fois Khamenei parti, le pays s’ouvre et exploite sa grande richesse et surtout arrête de vouloir contrôler ses voisins et de financer des milices inféodées,

    Liban Libre

    14 h 34, le 06 juillet 2024

  • Lueur d espoir pour l IRAN et le moyen orient. Le nouveau président n est pas un religieux et a un discours d ouverture tant en matiére de politique étrangére que de thémes sociaux comme le foulard. Surprenant car rien ne se passe en IRAN sans l accord de ALI KHAMENEI . Sentant sa mort proche,se serait il modéré ? Est ce le debut de la fin de cette tyrannie ?

    HABIBI FRANCAIS

    12 h 27, le 06 juillet 2024

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