Leyla al-Akl Farra à son chevalet. Photo DR
« Pour nous, artistes, chaque œuvre est unique, mais l’ensemble de nos œuvres reflète notre singularité et notre vision du monde, à travers nos émotions, notre perception des couleurs, notre retranscription du présent », répétait Leyla al-Akl Farra. Elle n’aura eu de cesse d’illustrer un Orient aux scènes de vie riches et colorées : pêche en mer Rouge, souk au Yémen, marché à Djeddah, marchand des quatre-saisons à Beyrouth… Son pinceau parcourait la toile au fil des couleurs de l’Orient et de la Méditerranée.
Par des représentations de la nature et l’architecture orientales : plaine baignée de soleil, la mosquée bleue en Turquie, un petit port à l’eau d’azur, des maisons libanaises, elle s’inscrivait parmi les peintres sublimant la région du Levant.
Une aquarelle représentant un village libanais signée Leyla al-Akl Farra. Photo DR
Née au Liban en 1943, et bien que passionnée de philosophie, Leyla a choisi plutôt de suivre les cours de l’Académie libanaise des beaux-arts de Beyrouth, d’où elle sort diplômée en architecture et décoration. Son talent pour l’art et le dessin s’exprimera très tôt et puisera dans sa fascination pour l’Orient sa plus grande source d’inspiration.
De l’architecture à la peinture
« Je suis issue d’une famille comptant quatre peintres et un musicien. (…) Ce que je voulais faire, c’était peindre. Il faut dire qu’étudiante aux beaux-arts, il m’arrivait de faire les devoirs de dessin de mes camarades de classe en échange de ceux, moins passionnants, de maths. »
Sous son pinceau, le Beyrouth romantique de son enfance retrouve sa place dans un cadre composé de vieilles bâtisses de la période ottomane et d’immeubles Belle Époque.
Puis, elle étend son travail à l’ensemble des pays de la région et se met à peindre en 1970 ce qu’elle nomme « le vrai Orient ».
Elle représentera ainsi des scènes et des paysages allant du Liban au Yémen, en passant par la Syrie, la Turquie, l’Égypte, l’Arabie et l’Afrique du Nord dans une figuration poétique. Les merveilles architecturales d’Istanbul, les jeux de lumières dans les lieux de culte comme Sainte-Sophie ou la mosquée de Damas, les architectures des bâtisses anciennes à Djeddah, avec portes et fenêtres en bois sculpté, ou encore les habitants en costumes colorés si singuliers à la région remplissent ses toiles.
Par des débuts à l’encre et au fusain, puis rapidement attirée par l’aquarelle, le pastel et la peinture à l’huile, Leyla Farra laisse libre cours à une importante profusion artistique qu’elle exposera à Beyrouth et à l’international.
En 1985, loin d’un chaos oriental qu’elle a tant chéri, elle s’en va parcourir les paysages du sud de la France, où elle capture dans ses toiles la douceur et la joie de vivre de la Riviera qui lui rappelle son Liban natal.
Les paysages de la Côte d’Azur se substituent ainsi progressivement à une peinture empreinte de nostalgie de son Liban. De retour en 1993 au pays du Cèdre, elle s’attèlera à saisir l’instant présent, préserver et immortaliser son héritage culturel unique. « Dès que je pouvais, je rentrais vite à la maison pour esquisser, crayonner, peindre sans rien perdre des couleurs et des émotions », confiait cette artiste sensible pour qui l’art était « un refuge extraordinaire ».
Disparue il y a trois mois, elle laisse derrière elle quelque 700 dessins, pastels, huiles, aquarelles, affiches, vitraux…

