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Nos Lecteurs ont la Parole

L’offensive du Têt et le 7 octobre

Les guerres ont leur propre dynamique, qui ne se résume pas aux seuls fondamentaux.

Les décideurs politiques, et pas des moindres, d’Alexandre à Napoléon, l’ont expérimenté à leurs dépens.

Un certain nombre de facteurs, dont beaucoup d’impondérables, interviennent dans le déroulement de la guerre.

La stratégie et les moyens mis en œuvre sont, bien entendu, la base de tout engagement, même si l’on ne peut négliger ni l’intendance ni les appuis, tant internes qu’externes, indispensables sur lesquels on peut compter.

La météo, les stratégies et les moyens adverses inattendus ou l’intensité et la durée des combats constituent autant d’ingrédients de l’effet de surprise. On essaie bien sûr de compenser avec les moyens technologiques, le renseignement ou par l’usage de l’information et de sa manipulation.

Mais comment prévoir ce qui est surprise, que ce soit sur le terrain, ou dans l’opinion ou encore dans les soutiens internationaux ? Un bon nombre de guerres se prolongèrent ou tournèrent au drame contrairement au rapport de forces, à cause de faits ou d’événements qui ont marqué un tournant dans le déroulement du conflit.

Ce qui nous intéresse est justement l’examen de l’inflexion qui intervient à un moment quelconque contrairement à toutes les apparences de victoire de la suprématie militaire et qui détermine l’issue du conflit. Pour cela, l’exemple de l’offensive du Têt paraît significatif.

En 1968, les Nord-Vietnamiens avec les Viêt-Congs sud-vietnamiens lancent la fameuse offensive connue sous le nom d’offensive du Têt. Le Têt est la fête traditionnelle qui marque une période de trêve généralement unanimement respectée. La date de cette fête correspondait cette

année-là à la période du Nouvel An.

La coalition occidentale autour des Américains soutenait le gouvernement sud-vietnamien qui faisait face aux forces communistes du voisin (frère) du Nord et des rebelles du Sud.

Cette offensive visait à exploiter un effet de surprise tant par la date que par l’importance des moyens mobilisés et l’ampleur des attaques. On démontrait ainsi d’un côté la fragilité du tout-puissant ennemi et la persistance de la force des communistes. Les résultats sur le terrain furent catastrophiques, les pertes considérables sans aucune percée notoire.

Logiquement, la coalition aurait dû pouvoir tirer profit de ces succès pour soutenir l’effort de guerre de l’administration américaine et renforcer l’équipe Johnson. C’est tout le contraire qui se produisit ; l’ampleur des combats donna une visibilité renforcée à la cruauté des combats et à travers les aiguillons d’opinion que sont les universités américaines, un grand mouvement d’opinion se fit jour qui alla se renforçant jusqu’à devenir incontournable et marquer véritablement l’amorce de la fin de la guerre du Vietnam.

De même, il est clair que les attaques du 7 octobre risquent de marquer une inflexion dans le conflit palestinien.

On retrouve les mêmes facteurs de surprise, d’ampleur de l’action mais aussi de cruauté inhumaine « instantanisée » par les réseaux sociaux (comblant l’interdiction des médias par Israël) et tout un développement de l’opinion publique mondiale et surtout universitaire américaine qui s’est prolongée crescendo.

Nul doute que ces attaques du 7 octobre, en dépit des lourdes pertes occasionnées, vont marquer, à l’instar de l’offensive du Têt, un tournant dans ce conflit vieux de 75 ans, mais aussi dans la position et le soutien occidentaux sans bornes à Israël.

Si seulement de ces tragédies pouvait émerger un chemin de paix dans un monde meilleur…

Ancien ministre

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Les guerres ont leur propre dynamique, qui ne se résume pas aux seuls fondamentaux. Les décideurs politiques, et pas des moindres, d’Alexandre à Napoléon, l’ont expérimenté à leurs dépens. Un certain nombre de facteurs, dont beaucoup d’impondérables, interviennent dans le déroulement de la guerre. La stratégie et les moyens mis en œuvre sont, bien entendu, la base de tout...
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