Rechercher
Rechercher

Monde - Congrès

À Chypre, l'UPM met les femmes de la Méditerrannée au centre des discussions

Lors de cette conférence tenue début juin par l'Union pour la Méditerranée, dont le Liban est membre, quatre intervenantes – Hiba Abdulibdeh, Ayah Elarief, Rana Boulos et Caroline Brummelhuis – ont présenté leur initiative à « L'Orient-Le Jour ».

À Chypre, l'UPM met les femmes de la Méditerrannée au centre des discussions

Durant la séance inaugurale de la conférence de haut niveau à Chypre de l'UPM. Photo DR

C’est autour de trois axes que l’Union pour la Méditerranée (UPM) a articulé sa conférence de haut niveau récemment tenue à Chypre : la violence faite aux femmes, l’amélioration de leurs capacités économiques et l’impact du changement climatique sur leurs vies. Rien d’étonnant à cela, puisque les libérer de la violence qui peut les cibler, les aider à s’autonomiser financièrement tout en se réalisant dans le monde de l’entreprise et reconnaître l’impact différencié que le changement climatique peut avoir sur elles, étant donné qu’elles sont souvent dans les catégories les plus vulnérables de la société, sont des thèmes qui se complètent.

Et il y a toujours de quoi faire ! Selon des chiffres présentés par Nasser Kamel, secrétaire général de l’UPM, seules 5 % des entreprises sont gérées par des femmes dans la région MENA, contre 25 % globalement – or une meilleure inclusion des femmes dans le monde du travail représenterait une augmentation de 7 à 9 % de surplus au PIB de chaque pays. Par ailleurs, 83 % de femmes dans l’Union européenne disent éviter certains endroits de peur de la violence, alors que 35 % des femmes dans la région MENA ont expérimenté la violence domestique. Au niveau du changement climatique, un rapport lancé au cours de la COP28 en décembre dernier prédit que d’ici à 2050, 150 millions de femmes en plus pourraient tomber dans la pauvreté.

Sur ces sujets se sont succédé, durant deux jours, des dizaines d’intervenants, présentant principalement leurs expériences, échangeant leurs idées et leurs propositions. « En tant qu’UPM, nous avons besoin du retour des gens avec qui nous travaillons, afin de nous assurer que nos propositions sont adaptées », souligne Anna Dorangrichia, directrice du programme sur l’égalité des genres à l’UPM, à L’OLJ. « Nous entendons souvent les mêmes plaintes concernant les causes liées aux femmes, les mêmes défis. Qu’avons-nous raté ? Que devons-nous améliorer ? » se demande donc la directrice. Elle précise que les interventions et les apports des différents experts au cours de cette conférence serviront à enrichir une feuille de route pour la mise en place des principes de la 5e déclaration ministérielle de l’UPM sur le renforcement du rôle des femmes en société, faite à Madrid en 2022.

Lire aussi

Comment je suis devenue écoféministe

Le Liban, pays membre de l’UPM, était représenté à cette conférence par plusieurs experts, notamment sa Commission nationale de la femme par sa directrice exécutive, Micheline Massaad. À L’OLJ, celle-ci souligne l’importance du réseautage au cours de pareils événements, qui permettent de s’informer sur les défis rencontrés dans les autres pays, « souvent similaires », et la manière de les aborder. Une idée qui l’a particulièrement marquée ? « Elle n’est pas nouvelle, mais elle a été exprimée en force au cours de ce dernier jour : la nécessité d’inclure l’homme dans les efforts pour protéger et développer la situation de la femme. C’est ce que nous appliquons déjà dans les programmes de la commission. »

Portraits

Parmi les intervenantes au cours de cette conférence, il y avait plusieurs personnalités hautes en couleurs, qui ont inspiré le public par leurs parcours et leurs initiatives, dans leurs pays respectifs. Elles se racontent dans des entretiens avec L’OLJ.


Abdulibdeh : L’énergie solaire pour l’autonomie énergétique en Palestine

Hiba Abdulibdeh, un travail de promotion des énergies renouvelables sur un terrain difficile. Photo S.B.

Hiba Abdulibdeh est une entrepreneuse palestinienne, présidente de Sunergy for Renewable Enegy Solutions. Avec son équipe, elle travaille depuis 2012 dans des conditions particulièrement difficiles, améliorant la sensibilisation autour de l’énergie solaire dans le quotidien des Palestiniens et installant des parcs solaires « à moindre coût ». « Nous avions concentré 60 % de notre activité à Gaza, notre plus grand projet générait 7 mégawatts pour la zone industrielle de la bande. Celle-ci n’existe plus », lâche-t-elle. Depuis le début de la guerre israélienne sur la bande, le 7 octobre dernier, la grande majorité des panneaux solaires est détruite, et l’équipe locale décimée, entre tués, déplacés internes et exilés. Le travail se concentre dorénavant sur la Cisjordanie.

La jeune entreprise avait commencé à sensibiliser les Palestiniens à l’intérêt de l’énergie solaire. « Avec le temps, nous avons été aidés par la baisse des prix de la technologie et par l’encouragement du ministère de l’Énergie (de l’Autorité palestinienne), qui a conseillé à la population de considérer cette possibilité comme un facteur d’autonomie, une alternative à l’électricité que nous sommes contraints d’acheter à Israël, qui contrôle la production », dit Hiba.

Dans son travail, la jeune femme n’a jamais oublié ses congénères, organisant des sessions de formation avec application pratique dans les projets de l’entreprise, et privilégiant les écoles pour filles et les organisations féministes dans l’installation des panneaux solaires, afin de leur économiser le coût exorbitant de l’énergie.

En tant que membre de l’assemblée générale du Forum des femmes d’affaires palestiniennes, elle affirme que « les femmes d’affaires arabes gagnent en puissance, l’environnement leur est plus favorable que par le passé, même s’il y a encore beaucoup à faire ».


Ayah Elarief : Les femmes n’ont toujours pas confiance en elles

Ayah Elarief veut aider les femmes à élaborer des objectifs plus précis pour leurs entreprises. Photo S.B.

Directrice exécutive du MENA Women Business Club, fondé en collaboration avec l’UPM et l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), Ayah Elarief est une dynamique jeune égyptienne. Initialement dédié aux formations et au mentorat pour jeunes femmes ayant créé des business et souhaitant se développer et avancer dans leur carrière, ce club travaille dorénavant à mettre en application des programmes en vue d’aider les femmes en affaires à se fixer des objectifs plus précis et à élaborer une stratégie marketing. « Le club est présent dans huit pays et assure la connexion entre différentes entreprises fondées par des femmes », explique-t-elle à L’OLJ.

Cette féministe accomplie estime que les progrès technologiques donnent désormais aux femmes un meilleur accès à l’information, mais que les défis demeurent. L’un de ces défis est lié à l’accès aux femmes rurales qui sont assez invisibles pour des organisations comme celles-ci, et qui ont besoin d’aide pour faire avancer leurs microentreprises. L’autre est plus psychologique. « Les femmes manquent d’audace pour se lancer et finissent par se heurter à des obstacles, par manque de stratégie et de savoir-faire en marketing », affirme Ayah Elarief.

Elle pointe aussi du doigt la discrimination contre les femmes qui se perpétue dans le monde du travail. « Pour mieux combattre cette discrimination, nous avons décidé d’inclure dans notre travail les jeunes garçons à l’école et les hommes, parce qu’il faut faire évoluer toute la société, tout en mettant en avant ce leadership féminin si souvent négligé, et qui a beaucoup à donner », assure-t-elle.

Et pour compléter son action, Ayah Elarief a fondé une ONG, Warrd, qui travaille sur l’éducation et l’évolution de l’image de la femme.


Rana Boulos : Combattre les stéréotypes sur la femme arabe en Occident

Rana Boulos, fondatrice d’une plateforme qui se veut un pont entre les Européens et le monde arabe. Photo S.B.

L’histoire de Rana Alnasir-Boulos commence comme celle de n’importe quelle immigrée : résidant à Hanovre, en Allemagne, elle travaille dans un institut européen spécialisé dans les plateformes sur l’énergie, les infrastructures et l’épuration des eaux usées, où elle est la seule femme. Mais le passage à vide de la pandémie de Covid-19 devait lui permettre de réfléchir de manière différente : « Je me suis posé la question de savoir pourquoi il y a si peu de femmes dans certains secteurs comme celui de l’énergie par exemple », raconte-t-elle à L’OLJ.

C’est là qu’elle décide de fonder une plateforme baptisée Global Women Forum, conçue pour se focaliser sur les femmes et les jeunes d’origine arabe se trouvant en Europe, particulièrement dans les secteurs de la digitalisation, de l’intelligence artificielle et de l’énergie. « J’ai voulu montrer leur potentiel significatif et méconnu, et briser les stéréotypes, particulièrement ceux qui collent aux femmes d’origine arabe », affirme-t-elle.

Actuellement, cette plateforme organise un colloque annuel dans un pays européen et un autre dans un pays arabe. Outre l’aide apportée aux femmes et aux jeunes, la plateforme a l’ambition de faire connaître la culture des pays arabes dans toute leur diversité aux Européens qui désirent y faire du business. « Je travaille moi-même d’Allemagne, nous avons des ambassadeurs dans certains pays arabes, comme les Émirats arabes unis ou l’Égypte, et cherchons à en avoir dans d’autres, notamment au Liban », dit-elle.

Dès l’année prochaine, le Global Women Forum prévoit un programme de mentorat d’échange, avec 50 mentors européens de différents secteurs qui suivront des candidats dans les pays arabes durant un an.


Caroline Brummelhuis : Il faut que les femmes coopèrent entre elles !

Caroline Brummelhuis : le réseautage avant tout. Photo DR

Caroline Brummelhuis, néerlandaise résidant en Tunisie, est présidente de la  section du réseau TheNextWomen dans son pays d’adoption. Ce réseau pour femmes entrepreneures possède une base de données sur plus de 2 500 femmes en Tunisie et travaille sur le réseautage, sur des programmes de formation en coopération avec des organisations internationales et sur l’accompagnement d’entreprises dans l’éducation financière, la vente et le marketing… Un apport très pratique qui permet à ces femmes de monter le tableau de bord de leur entreprise et de se forger une clientèle. « Nous sommes récemment entrés en contact avec les banques pour les sensibiliser à cette cible que sont les femmes en affaires », explique-t-elle à L’OLJ. « Ces femmes ont besoin d’être visibles, de former des réseaux et d’avoir une connaissance du fonctionnement des mécanismes de financement », répond sans hésitation Caroline.

La nécessité de la collaboration entre femmes lui paraît évidente. « On dit qu’il n’y a que 25 % des femmes entrepreneures dans le monde capables de vivre de leur entreprise. Voilà pourquoi quand elles ont besoin de fournisseurs, il est important qu’elles contactent en priorité des femmes. » La raison ? « Il m’est arrivé de demander aux grandes entreprises, qui ont 30 à 40 fournisseurs, combien de ceux-ci sont des femmes, et de me rendre compte que leur nombre ne dépasse pas les 5 à 6 %. Donc si les femmes ne font pas elles-mêmes la démarche de se contacter mutuellement, le changement va prendre du temps. » Constatant que les femmes manquent surtout de visibilité, le réseau publie chaque année le top 100 des femmes entrepreneures en Tunisie qui génèrent plus d’un million de dinars (environ 320 000 dollars).

C’est autour de trois axes que l’Union pour la Méditerranée (UPM) a articulé sa conférence de haut niveau récemment tenue à Chypre : la violence faite aux femmes, l’amélioration de leurs capacités économiques et l’impact du changement climatique sur leurs vies. Rien d’étonnant à cela, puisque les libérer de la violence qui peut les cibler, les aider à s’autonomiser...
commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut