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Nos lecteurs ont la parole

Quand des Libanais pensent diplomatie


Le débat libanais sur l’application de la résolution 1701 incite à une approche libanaise en psychologie politique. Il s’agit de la manière dont des Libanais appréhendent la diplomatie du Liban ! Une telle approche doit inciter à une thérapie culturelle et mémorielle qui, enfin, nous fera passer du Liban arène de conflits régionaux et internationaux (sâha) à la souveraineté l’État et la paix civile consolidée.

1. Les diversions. Des palabres révèlent, sous couvert d’un discours apparemment rationnel et argumenté, la manière dont des Libanais appréhendent avec des œillères politiciennes l’État, la souveraineté et la diplomatie nationale. Le débat libanais à propos de la résolution 1701 de l’ONU est révélateur de la manière dont des Libanais se dérobent à la responsabilité, n’ont pas le sens de l’État, de la souveraineté et, souvent comme des mollusques, pratiquent l’équidistance et la compromission sur des problèmes dichotomiques où, par essence, la réponse est « oui » ou « non ».

Quand allons-nous enfin devenir sérieux dans tous nos rapports diplomatiques ? Pratiquer la résistance contre l’ennemi, mais dans l’État, par l’État, et non contre l’État ? Ratiociner signifie argumenter de façon artificielle dans un but d’autojustification. Dans une traduction équivalente arabe de l’Évangile, Jésus parle des « habâ’il al-qalâm », qui n’est autre que du mensonge couvert de cosmétique.

Un débat libanais à propos de la résolution 1701 de l’ONU est révélateur de la manière dont des Libanais se dérobent avec des chinoiseries : le « vague » de certains termes de la résolution 1701, la « catégorisation » dans le chapitre III et dans les résolutions onusiennes, le défaut d’une « stratégie globale »…

2. Les surenchères. Où est la vérité, où est la surenchère ? Au lieu de se concentrer sur les dangers imminents et les risques, des Libanais, sous couvert d’analyse en relations internationales, se lancent dans des surenchères suffisamment ruminées dans des débats démagogiques. Tous les Libanais, dans leur chair, ont été et sont victimes de l’hostilité foncière du sionisme et d’Israël. L’ennemi est par essence hostile. On présuppose qu’il y a des Libanais qui ne considèrent pas Israël comme un ennemi ! C’est une insulte à tous les martyrs et les victimes. Nous ne sommes plus ici dans le cadre de l’action diplomatique, mais de surenchères répétitives et toujours rabâchées.

Autre surenchère quant à la notion de résistance en relations internationales. La définition fort précise de la résistance nationale existe dans la rencontre entre le ministre des Affaires étrangères, Farès Boueiz, avec le commandant de la Finul, le 3 juillet 1991 (Zafer el-Hassan, al-Diplûmâsiyya

al-Lubnâniyya, Dar an-Nahar, 2011, 10 vol., vol. 5, pp. 191-193).

3. Irresponsabilité. Qu’un haut dirigeant en charge de la diplomatie libanaise verse dans un exposé sur les conditions, préconditions et superconditions pour l’exécution de la résolution 1701, c’est la manifestation flagrante de l’irresponsabilité ! Le Liban respecte-t-il la légalité internationale ? Il s’agit aussi d’une ingérence politicienne dans un problème par essence militaire et de terrain qui relève de l’armée nationale et des forces onusiennes.

Le haut détenteur d’une diplomatie nationale s’érige-t-il en général d’armée et commandant de la Finul ? Il ne faut donc pas s’étonner que des politicards libanais se substituent à l’armée, s’érigent en généraux militaires et sabotent par avance toute compétence de terrain qui relève exclusivement de l’armée et de la Finul.

C’est ainsi que tout l’effort diplomatique à l’ONU déployé par d’éminents Libanais, depuis Charles Malek, Ghassan Tuéni… et des contemporains, se trouve saboté dans un débat mensonger et pathologique, surtout depuis 2016. L’expérience d’Hervé de Charrette est pionnière et héroïque en faveur du Liban à la suite de l’agression d’Israël le 10 avril 1996 (Hervé de Charrette, Opération Raisins de la colère : l’histoire secrète d’un succès diplomatique français, CNRS éditions, 2018). On veut aussi oublier et occulter la clause si explicite dans le pacte d’entente nationale de Taëf en 1989 : « Ferme engagement à l’application de l’accord d’armistice du 23/3/1949 » (alinéa 3-b, al-tamassûk).

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Avec des dérobades et des ambiguïtés, on n’acquiert pas la confiance internationale. Il faut rappeler, du moment qu’il s’agit de défense et de stratégie, les propos de l’imam Moussa al-Sadr : « La paix au Liban est la meilleure forme de guerre contre Israël, la non-pacification du Liban étant une victoire permanente pour Israël » (Masîrat al-Imâm Musa al-Sadr, Dâr Bilal, 2000, 12 vol., vol. 7, p. 98). La stratégie de défense contre Israël est à la fois militaire et culturelle, du fait que le Liban est le modèle antinomique du sionisme. Mais il faut de hauts dirigeants pour cela.

Quel peuple dans le monde palabre sur la scène publique à propos de sa stratégie de défense ? Cette stratégie ne se discute pas en société, ni dans des dialogues nationaux, ni dans des séminaires et congrès ! Il s’agit de secret d’État. La formation partisane qui réclame le débat public libanais sur la stratégie de défense maintient, elle, dans le plus grand mutisme sa propre stratégie de défense !

Dans une étude précédente d’après les archives diplomatiques publiées par Adel Ismaïl depuis le XVIIIe siècle (20 volumes édités en 1977-1982), nous avions dégagé des mentalités diplomatiques libanaises d’autrefois (et d’aujourd’hui ?). Le consul de France Bourée déplore la pénurie d’honnêtes hommes et d’hommes guidés par le sentiment national. Il écrit à l’ambassadeur de France à Rome, le 31 décembre 1845 : « Pendant ces cinq années, un seul homme a été guidé par le sentiment national (…), un seul homme a mérité sans interruption la confiance du consulat par sa prudence, par sa sagacité. » Il écrit au baron de Bourqueney, ambassadeur de France à Constantinople, le 3 mai 1847 : « Reste une dernière difficulté, celle de trouver dans la Montagne des hommes peu corruptibles. Celle-là est fort sérieuse » (vol. 9, p. 81 ; et notre étude : « Les données de la psychologie politique du Libanais », d’après A. Messarra, La culture citoyenne dans une société multicommunautaire, Librairie orientale, 2013, pp. 101-163).

Ancien membre du Conseil constitutionnel, 2009-2019

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le débat libanais sur l’application de la résolution 1701 incite à une approche libanaise en psychologie politique. Il s’agit de la manière dont des Libanais appréhendent la diplomatie du Liban ! Une telle approche doit inciter à une thérapie culturelle et mémorielle qui, enfin, nous fera passer du Liban arène de conflits régionaux et internationaux (sâha) à la souveraineté l’État et la paix civile consolidée. 1. Les diversions. Des palabres révèlent, sous couvert d’un discours apparemment rationnel et argumenté, la manière dont des Libanais appréhendent avec des œillères politiciennes l’État, la souveraineté et la diplomatie nationale. Le débat libanais à propos de la résolution 1701 de l’ONU est révélateur de la manière dont des Libanais se dérobent à la responsabilité, n’ont pas le sens...
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