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Politique - Focus

Mikati creuse davantage le fossé avec Bassil et Maoulaoui

Le chef du gouvernement démissionnaire demande au ministre sortant de l’Intérieur et à la Sécurité de l’État de retirer les éléments chargés de la sécurité des personnalités politiques, suscitant une nouvelle polémique.

Mikati creuse davantage le fossé avec Bassil et Maoulaoui

Le Premier ministre sortant Nagib Mikati prononçant son allocution lors de l’iftar auquel il était convié le 26 mars 2024. Photo fournie par le bureau de presse du Sérail

Se dirige-t-on vers une nouvelle phase du règlement de comptes politiques entre Nagib Mikati et ses détracteurs et potentiels adversaires ? Le chef du gouvernement sortant a demandé la semaine dernière au ministre sortant de l’Intérieur Bassam Maoulaoui de « retirer immédiatement tous les véhicules et membres d’appareils sécuritaires chargés de la protection des personnalités (politiques) d’une manière allant à l’encontre des textes de lois en vigueur ». « Il revient (toutefois) au Conseil central de sécurité (affilié au ministère de l’Intérieur) de se prononcer au sujet de certaines exceptions dictées par les circonstances sécuritaires », peut-on lire dans le texte de la note officielle distribuée par le bureau de presse de M. Mikati au lendemain d’un iftar auquel ce dernier est arrivé avec une demi-heure de retard. Cela avait fait dire à certains médias que c’est en plein embouteillage beyrouthin que le Premier ministre sortant, excédé, a pris sa décision.

Au-delà du souci apparent de veiller au respect des lois en vigueur, la démarche de M. Mikati a sans doute une dimension politique. D’abord parce que la note est adressée au ministre sortant de l’Intérieur dont les rapports avec le chef du gouvernement démissionnaire  sont en dents de scie. Ensuite parce qu’elle concerne, outre les Forces de sécurité intérieure, la Sécurité de l’État dirigée par Tony Saliba, réputé proche du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, principal détracteur du chef sunnite. Le général Saliba était toutefois – chose inédite – l’un des premiers à se conformer aux directives de Nagib Mikati. Dans sa décision qui a fuité dans certains médias, le patron de la Sécurité de l’État demande de « retirer tous les membres d’appareils sécuritaires chargés de la sécurité de personnalités politiques, judiciaires et administratives ». « C’est une procédure ordinaire et annuelle », souligne à L’Orient-Le Jour une source proche du dossier sous couvert d’anonymat, comme pour balayer les accusations lancées contre le général Saliba de ne pas avoir exécuté des demandes similaires formulées par le passé. « Ces demandes ne suscitaient pas de polémique parce que le Conseil central de sécurité prenait rapidement une décision de remettre aux figures politiques les agents chargés de les protéger », précise la source.

Pour mémoire

Maoulaoui à bord du train populiste... direction le Sérail ?

Il reste que le timing de la démarche « docile » de Tony Saliba suscite des interrogations, surtout qu’il ne rate aucune occasion pour afficher son opposition (et celle du CPL derrière lui) au Premier ministre sortant. D’autant qu’elle est intervenue quelques jours après l’évasion, dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, de Dany Rachid, ancien employé de Salim Jreissati, ex-ministre proche de Michel Aoun et du général Saliba lui-même, du siège de la Sécurité de l’État à Beyrouth. Il y était détenu depuis décembre 2023 après avoir été accusé d’avoir agressé Abdallah Hanna, un ingénieur qui travaille avec la famille Skaff, des notables grecs-catholiques de Zahlé. Tony Saliba semble avoir voulu, donc, éviter une nouvelle polémique.

« Mettre Bassil en danger »
« Tous les agents de sécurité rattachés à des personnalités politiques leur ont été retirés mardi. Et il reviendra au Conseil central de sécurité de les redéployer auprès d’eux », indique une source informée, faisant valoir que les lois en vigueur octroient aux députés en poste quatre gardes du corps relevant de la Sécurité de l’État, alors que les ex-parlementaires n’en ont droit à aucun. « Mais les chefs de partis politiques, notamment ceux qui sont la cible de menaces sécuritaires, ont le droit d’avoir plus que quatre, ainsi que des agents des FSI pour les protéger », ajoute-t-elle.

C’est à travers ce prisme qu’il conviendrait de lire la réaction aouniste à la décision de Nagib Mikati. « Le Premier ministre met en danger Gebran Bassil », lance un proche du chef du chef du CPL dans une déclaration à L’OLJ. « C’est sa façon de réagir à notre farouche opposition à sa gestion du pays en période de vacance présidentielle », estime-t-il. Cette lecture, les détracteurs de M. Mikati et du CPL lui-même ne la partagent naturellement pas. « L’affaire Dany Rachid est tellement flagrante que Nagib Mikati (dont relève la Sécurité de l’État en l’absence d’un président) et Tony Saliba devaient faire quelque chose », estime un député relevant de l’opposition. « Mais pour ne pas s’adresser exclusivement à la Sécurité de l’État, le Premier ministre a adressé sa note à la Sûreté générale et aux FSI », croit savoir le parlementaire. Une façon de démonter l’argument selon lequel la démarche du Premier ministre sortant serait porteuse aussi d’un message politique en direction de Bassam Maoulaoui. 

Pour mémoire

Quand Nagib Mikati remue le couteau dans la plaie chrétienne

Et la présidence du Conseil dans tout ça ?
Ce dernier est, au même titre que M. Mikati, originaire de Tripoli et pressenti comme un des prétendants au poste de Premier ministre après l’élection du prochain président de la République. Aux yeux de plusieurs observateurs, M. Maoulaoui pourrait donc disputer à Nagib Mikati sa base populaire et son poste, et c’est dans le but de lui barrer la voie du Sérail que le Premier ministre sortant se livrerait aujourd’hui à ce règlement de comptes. « À Tripoli, Nagib Mikati n’a rien à craindre au niveau populaire. Mais c’est surtout la question de sa succession qui semble l’irriter. C’est donc dans une volonté de lui barrer la voie du Sérail que M. Mikati donne du fil à retordre à son ministre de l’Intérieur », analyse une figure tripolitaine qui a préféré garder l’anonymat. Elle reconnaît toutefois que le chef du gouvernement démissionnaire « est conscient du fait qu’il ne dirigera pas la première équipe ministérielle du futur mandat ». « Mais comme pour ne pas s’avérer vaincu, il tente de s’imposer comme un élément décisif dans le choix du futur chef de gouvernement », dit-elle, estimant que le milliardaire sunnite parie pour cela sur ses bons rapports avec le tandem chiite Amal-Hezbollah ».

De son côté, le principal concerné ne commente pas ces spéculations. Dans une déclaration à L’OLJ, M. Mikati affirme que ses relations avec Bassam Maoulaoui sont « très bonnes ». « Je me suis entendu avec lui pour la tenue des élections municipales. Nous allons les organiser. Sauf si le Parlement en décide autrement », lance-t-il. Mais ça, c’est une autre paire de manche.

Se dirige-t-on vers une nouvelle phase du règlement de comptes politiques entre Nagib Mikati et ses détracteurs et potentiels adversaires ? Le chef du gouvernement sortant a demandé la semaine dernière au ministre sortant de l’Intérieur Bassam Maoulaoui de « retirer immédiatement tous les véhicules et membres d’appareils sécuritaires chargés de la protection des personnalités...

commentaires (11)

Politically exposed persons can be targeted with drones from the sky. All these bodyguards are for naught.

Mireille Kang

06 h 04, le 05 avril 2024

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Commentaires (11)

  • Politically exposed persons can be targeted with drones from the sky. All these bodyguards are for naught.

    Mireille Kang

    06 h 04, le 05 avril 2024

  • « À Tripoli, Nagib Mikati n’a rien à craindre au niveau populaire ». Mikati ne jouit d’aucune popularité dans sa ville natale. D’ailleurs. l’ogre du bifton vert n’a jamais pris la pris la peine de monter un projet pour endiguer le chômage dont pâtissent ses coreligionnaires.

    Hitti arlette

    20 h 32, le 03 avril 2024

  • Le peuple souffre et ces fannulloni comme on dit en italien des vaut rien ils veulent être protégés

    Eleni Caridopoulou

    18 h 40, le 03 avril 2024

  • Danger ! Rappelons-nous qu'en 2007 , le vaillant général François el Hage , vainqueur des salafistes de Nahr el Bared , avait été lâchement assassiné , car il avait baissé la garde pour un moment !

    Chucri Abboud

    17 h 23, le 03 avril 2024

  • Une situation bien sûr ridicule. Les députés d’aujourd’hui n’ont bien sûr pas besoin de gardes du corps dans la situation actuelle mais tant mieux pour les gardes du corps qui je l’espère sont rémunérés même s’ils sont inoccupés ! Tout cela est bien burlesque.

    Marie Françoise Akl

    12 h 38, le 03 avril 2024

  • JE TOURNE MA TETE DE 360 DEGRES ET JE NE VOIS QUE DES ACHETES ET DES VENDUS. DOMMAGE POUR LE PAYS !

    LA LIBRE EXPRESSION

    12 h 30, le 03 avril 2024

  • Ces chapons continuent leur guerre d’ego en utilisant notre état pour régler leurs comptes bassement personnels. Ils se croient à l’abri de tout, forts de la protection momentanée des fossoyeurs de notre républiques. Tic tac, tic tac vos jours sont comptés et rira bien qui rira le dernier. Les libanais ne sont pas prêts d’oublier ni de pardonner toutes les misères et les humiliations qu’ils ont subit de ces vendus voleurs et comptent leur faire subir le même sort une fois notre pays débarrassé de tous les mercenaires armés qui les protègent. Wait and see

    Sissi zayyat

    12 h 01, le 03 avril 2024

  • Tout le monde sait que lorsqu’une personnalité politique est dans le viseur de nos usurpateurs, aucune protection, quelque soit le nombre des gorilles ou des voitures blindées ne lui résiste. Nous avons plus d’un exemple. Alors qu’ils se rassurent ça nous fera économiser des millions. Quant à tous ces vendus qui croient qu’ils feront partie du nouveau gouvernement une fois qu’on se serait débarrassé des fossoyeurs, ils peuvent dormir tranquillement aucun d’eux ne verra l’ombre d’un ministère ou siège de député. Nous serons là pour veiller au grain et les enterrer à jamais.

    Sissi zayyat

    11 h 42, le 03 avril 2024

  • Encore une fois, le premier ministre demontre que, dans notre etat mafieux, de maniere flagrante, les services de securite sont devenus des milices au service de divers politichiens. Tfeeeeh Kellon ya3ne kellon.

    Michel Trad

    10 h 10, le 03 avril 2024

  • "Le Premier ministre met en danger Gebran Bassil". Mais c’est qui, ça, Gibran Bassil? Voyons, ça me dit quelque chose … ah oui: le gendre de qui vous savez! Celui qui prétendait lutter contre l’occupation syrienne avant de faire ami-ami avec Bachar, qui défendait les chrétiens contre la main-mise du Hezbollah sur le pays, avant de devenir le meilleur copain de Hassan Nasrallah. Mais il n’existe plus, celui-là! Qui se donnerait la peine de s’en prendre à lui?

    Yves Prevost

    07 h 51, le 03 avril 2024

  • Pourquoi faire 4 garde-corps par député.? Une aberration de plus et des dépenses inutiles, surtout pour "protéger" des irresponsables et souvent des canailles.

    Tabet Karim

    07 h 43, le 03 avril 2024

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