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Culture - Polémiques

Tesson, Depardieu... Quand l’actu en France se fait à coup de tribunes


À quand la prochaine tribune propulsée à la une de l’actualité ? Des pro ou anti-Gérard Depardieu jusqu’aux détracteurs de l’écrivain Sylvain Tesson, des épisodes récents illustrent le poids grandissant de ces manifestes dans les médias en France.

Vendredi, la directrice artistique du Printemps des poètes, Sophie Nauleau, a annoncé avec fracas sa démission, pointant « une cabale effarante, consternante pour ne pas dire monstrueuse » née de son choix de Sylvain Tesson comme parrain de l’édition 2024.

La machine s’est emballée depuis le 18 janvier, avec la publication par le quotidien Libération d’une tribune de plus de 2 000 acteurs du monde de la culture refusant la nomination de celui qui est, selon eux, « icône réactionnaire ».

La ministre française de la Culture Rachida Dati a apporté son soutien à l’écrivain, comme plusieurs personnalités de divers bords.

Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu, aux idées ancrées à gauche, a demandé aux contestataires d’admettre « d’autres horizons que le (leur) » et dit son ras-le-bol sur Instagram : « Le SAV des prises de position est devenu un job à temps plein ».

Thibaut Sardier, chef adjoint des pages « Idées » à Libération, a été surpris par la déflagration provoquée par la tribune anti-Tesson. « Elle a été très commentée, elle a bien circulé. On constate une accélération du rythme » avec internet, déclare-t-il.

« Choisir son camp »

En décembre, même polarisation. La diffusion de propos misogynes de Gérard Depardieu fait chuter l’ex-icône du cinéma de son piédestal. Son camp se mobilise et une soixantaine de personnalités dénoncent un « lynchage » dans Le Figaro.

Réplique immédiate d’un collectif, Cerveaux non disponibles, qui parvient à rassembler 8 000 signatures d’artistes : ils s’insurgent contre ces « crachats à la figure des victimes ». Le site Mediapart publie dans le même sens une « Adresse au vieux monde », qualifié de « réactionnaire ».

Deux avocats réputés, Pierre-Olivier Sur et Mathias Chichportich, ont déploré mardi que chacun soit désormais « sommé de choisir son camp par pétition interposée ». « Ne substituons pas à la justice les pétitions, les réseaux sociaux et les plateaux des chaînes d’information », plaident-ils... dans une tribune au Monde.

« Dans l’histoire politique et culturelle, la tribune est une des modalités d’intervention des intellectuels dans l’espace public », rappelle Claire Blandin, professeure en sciences de l’information.

Mais « les réseaux sociaux et les nouveaux médias ont fait évoluer les frontières de l’espace public et un certain nombre d’acteurs pensent avoir la légitimité d’intervenir ».

Le virage a été pris avec le mouvement MeToo de libération de la parole, d’après la chercheuse, selon laquelle les médias aussi « y trouvent leur compte ».

Tri drastique

Dans les journaux, les tribunes d’intervenants extérieurs sont en règle générale spontanées, non rémunérées. Le tri est assez drastique dans les grands titres comme Le Monde, qui reçoit 20 à 50 propositions chaque jour. Dix à 15 % sont retenus, indique Alain Salles, responsable de la rubrique « Idées et débats ».

« Nos critères sont la qualité des textes, le rapport avec l’actualité et la personnalité du signataire, qui doit avoir autorité à s’exprimer », détaille-t-il. « Les tribunes sont un élément essentiel de notre offre éditoriale », au point que les pages dédiées ont eu tendance à augmenter, appuie le rédacteur en chef.

Le Figaro a, lui, lancé il y a dix ans le site FigaroVox, avec la volonté de « créer le débat avec des thématiques volontairement insolites ou polémiques et une grande liberté de ton ». Chroniqueurs comme « contributeurs de la société civile » le nourrissent.

Au Monde, « nous essayons de veiller à ce que les tribunes ne s’apparentent pas à des pétitions, qu’elles comportent des éléments de réflexion », relève Alain Salles.

Cependant, le quotidien n’avait lui-même pas échappé à la polémique : en 2018, en pleine vague MeToo, il avait publié une tribune de 100 femmes, dont Catherine Deneuve, qui affirmaient leur rejet d’un certain féminisme marqué par une « haine des hommes ». Elle avait fait débat jusqu’au sein de la rédaction et suscité un écho dans le monde entier.

Anne Pascale REBOUL/AFP

À quand la prochaine tribune propulsée à la une de l’actualité ? Des pro ou anti-Gérard Depardieu jusqu’aux détracteurs de l’écrivain Sylvain Tesson, des épisodes récents illustrent le poids grandissant de ces manifestes dans les médias en France.Vendredi, la directrice artistique du Printemps des poètes, Sophie Nauleau, a annoncé avec fracas sa démission, pointant « une cabale effarante, consternante pour ne pas dire monstrueuse » née de son choix de Sylvain Tesson comme parrain de l’édition 2024.La machine s’est emballée depuis le 18 janvier, avec la publication par le quotidien Libération d’une tribune de plus de 2 000 acteurs du monde de la culture refusant la nomination de celui qui est, selon eux, « icône réactionnaire ». La ministre française de la Culture Rachida Dati a...
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