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Moyen-Orient - Reportage

Bethléem en deuil ne fêtera pas Noël

La ville de naissance présumée de Jésus n’a pas le cœur aux festivités, alors que la guerre se poursuit avec force à Gaza et que les touristes ont déserté.

Bethléem en deuil ne fêtera pas Noël

L'église de la Nativité à Bethléem, en Cisjordanie occupée, le 13 décembre 2023, à quelques jours de Noël. Hazem Bader/AFP

« Normalement c’est plein de touristes » : dans sa boutique de Bethléem, Abboud Souboh, 30 ans, se lamente. Alors que Noël approche, les pèlerins ont déserté la ville natale du Christ depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. « La guerre a tout stoppé net », explique le commerçant qui vend des écharpes et des sacs à main, en référence aux frappes israéliennes et aux combats acharnés que se livrent l’armée et le mouvement islamiste palestinien dans la bande de Gaza.

Cette campagne militaire a déjà fait plus de 18 800 morts – selon le ministère de la Santé local – dans le petit territoire contrôlé par le Hamas, auteur des massacres sans précédent commis le 7 octobre par ses commandos sur le sol israélien et dont le dernier bilan est de quelque 1 140 tués, selon les autorités israéliennes. Et alors qu’une nouvelle trêve semble encore très incertaine après un bref cessez-le-feu fin novembre, Noël sera lesté d’un voile de deuil dans la ville de Cisjordanie occupée qui, selon la tradition chrétienne, a vu naître Jésus-Christ.

Récitant comme chaque semaine la prière de l’Angélus devant des milliers de pèlerins sur la place Saint-Pierre, le pape François a appelé dimanche à ne pas oublier ceux « qui souffrent de la guerre, en Ukraine, en Palestine, en Israël et dans d’autres zones de conflit ». « Que l’approche de Noël renforce notre engagement à ouvrir des chemins de paix », a-t-il dit.

Solidarité avec ceux qui souffrent à Gaza

L’église de la Nativité, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, attire d’ordinaire des centaines de milliers de touristes chaque année. Là, des voitures garées encombrent la place où devraient se côtoyer pèlerins venus du monde entier, faux pères Noël et scouts en groupes. Les hôtels sont vides, quand ils ne sont pas fermés. Pas de selfies la tête coiffée de bonnets rouges et blancs, pas de sapin, ni d’illuminations : les autorités religieuses ont renoncé à toute célébration « inutilement festive » en solidarité avec les Palestiniens qui souffrent à Gaza.

D’autant que la Cisjordanie connaît aussi une flambée de violences, avec plus de 290 Palestiniens tués par les forces israéliennes ou des colons depuis le 7 octobre, selon des responsables palestiniens. Le ministère palestinien de la Santé a annoncé dimanche que cinq personnes ont été tuées dans le camp de réfugiés de Tulkarem lors d’un raid de l’armée israélienne débuté dans la nuit. La municipalité limite « les aménagements aux stricts rituels » chrétiens, comme la messe de minuit.

Ville impénétrable

« Or on fait 80 % de notre chiffre annuel sur la période », rappelle Jack Giacaman, qui s’occupe de la production d’une boutique de souvenirs spécialisée dans les articles religieux en bois. Dans l’atelier, juste derrière le magasin, des mages et des bergers à moitié terminés veillent sur des postes de travail désespérément vides. À quoi bon embaucher : de toute façon, « Bethléem est bouclée de toute part », lance-t-il, faisant allusion aux entraves à la circulation. Mur de séparation entre Israël et la Cisjordanie occupée, points de passage vers Jérusalem et l’aéroport difficiles à franchir... gagner la ville où vivent ensemble chrétiens et musulmans est devenu très compliqué.

L’année dernière, M. Giacaman avait déjà dû emprunter pour rester à flot, en raison de la pandémie de coronavirus. Il doit revoir ses plans. « On avait fait un calcul sur trois ans pour couvrir les pertes mais là, on ne sait pas comment finir l’année », se plaint-il face aux rues vides de la vieille ville en pierres.

Comme dans une prison

La faute aussi à la rhétorique effrayante des dirigeants israéliens, estime Fadi Kattan. Ce chef cuisinier franco-palestinien s’indigne du cliché des « Palestiniens tous dangereux ». « C’est comme s’il y avait une ligne invisible qui empêchait les pèlerins de s’aventurer hors des sentiers balisés », à cause de ce que leur disent les tour-opérateurs israéliens, déplore-t-il sur la terrasse d’une maison qui appartenait déjà à son arrière-grand-père.

Plus que jamais pourtant, selon le prêtre grec-orthodoxe Issa Thaljieh, il serait nécessaire de confronter les visiteurs à la réalité quotidienne des Palestiniens. Visiter les lieux saints, c’est bien, « mais, le plus important », dit-il, c’est « de découvrir comment on survit comme dans une prison » sur un territoire occupé par Israël depuis la guerre israélo-arabe de 1967. « Parfois on vient me voir à la boutique en me disant : « je suis heureux d’être à Bethléem, en Israël » », rappelle Jack Giacaman en évoquant des touristes peu au fait de la situation locale. Sensibiliser les visiteurs à la cause palestinienne ? Même quand les armes sont baissées, Fadi Kattan, qui possède deux adresses à Bethléem et dans le quartier londonien de Notting Hill, demeure sceptique. « C’est triste à dire et c’est un désastre pour Bethléem, mais si j’étais un pèlerin américain (entendant tout ça), j’attendrais quelques mois pour voir comment ça va tourner. »

Stuart WHITE/AFP

« Normalement c’est plein de touristes » : dans sa boutique de Bethléem, Abboud Souboh, 30 ans, se lamente. Alors que Noël approche, les pèlerins ont déserté la ville natale du Christ depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas. « La guerre a tout stoppé net », explique le commerçant qui vend des écharpes et des sacs à main, en référence aux frappes israéliennes et aux combats acharnés que se livrent l’armée et le mouvement islamiste palestinien dans la bande de Gaza.Cette campagne militaire a déjà fait plus de 18 800 morts – selon le ministère de la Santé local – dans le petit territoire contrôlé par le Hamas, auteur des massacres sans précédent commis le 7 octobre par ses commandos sur le sol israélien et dont le dernier bilan est de quelque 1 140 tués,...
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Malheureusement il y’aura de plus en plus d’ antisemitisme

Eleni Caridopoulou

18 h 09, le 18 décembre 2023

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  • Malheureusement il y’aura de plus en plus d’ antisemitisme

    Eleni Caridopoulou

    18 h 09, le 18 décembre 2023

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