De gauche à droite : l’actrice Rebecca Marder, Charlotte Casiraghi, l’écrivaine Maria Pourchet, la journaliste Lauren Bastide. Capture d’écran
Le lien entre le roman, la poésie, le théâtre et la mode est subtil mais prégnant. On peut tout autant faire des mots avec des robes que des robes avec des mots. Il faut toujours au vêtement un récit pour briller. Que Chanel organise des rendez-vous littéraires n’est pas si déraisonnable. Cela fait aussi partie du parisianisme de la maison. On se souvient que Sonia Rykiel aussi créait des robes autour des livres. « Les livres ont été mes meilleurs amis », déclarait un jour Gabrielle Chanel à l’écrivain Paul Morand. C’est cet amour de la littérature que Chanel a souhaité honorer en inaugurant en janvier 2021 un rendez-vous littéraire, sous la houlette de sa directrice artistique Virginie Viard. Charlotte Casiraghi, nouvelle ambassadrice de la maison, anime ces rencontres conversationnelles où auteures et actrices, mais aussi amies de la maison, se réunissent pour échanger sur leurs écrits et ceux de figures historiques ou contemporaines, explique Chanel. Chaque séance fait ensuite l’objet d’un podcast diffusé sur le site web chanel.com
Dans une suite au Ritz, le 11e Rendez-vous littéraire de la rue Cambon. Capture d’écran
Six angles éditoriaux différents
Fille de Caroline de Monaco, petite-fille de la princesse Grace, Charlotte Casiraghi est certes une icône de la mode, entre autres, mais son rôle d’ambassadrice et porte-parole de Chanel ne justifie pas à lui seul la responsabilité que la maison lui a confiée d’animer en qualité de présentatrice les séances de ce club littéraire exclusif, entièrement dédié à la parole et à l’écriture féminines. Charlotte Casiraghi est une vraie littéraire qui a suivi les cours préparatoires d’entrée à Normale sup, et s’est spécialisée en philosophie, fréquentant le monde de l’édition à travers notamment un stage chez Robert Laffont. Les Rendez-vous littéraires de la rue Cambon se déclinent, selon les saisons et les inspirations, en six angles éditoriaux différents, comme dans un magazine : « Dans la bibliothèque de », « Portrait de », « Questionnaire littéraire », « Lectures saisonnières », « Les rendez-vous littéraires de la rue Cambon invitent » et « Jeune fille, carte blanche à ». D’une séance à l’autre, défilent des femmes d’exception, vivantes ou disparues, de Lou Andréas Salomé à Virginia Woolf, de Tilda Swinton à Elsa Zylberstein. Seule la « Bibliothèque » semble accueillir des hommes. Le « Questionnaire littéraire » tourne autour de la libération par le livre : y a-t-il un livre qui vous a aidée à conduire votre vie ? Quel est le livre le plus libérateur que vous ayez lu ? Quelle héroïne de fiction aimeriez-vous être ?
« Têtue et entêtante, comme la vague »
Le 11e Rendez-vous littéraire à proprement parler était consacré à l’écrivaine Maria Pourchet, en présence de l’actrice Rebecca Marder, également ambassadrice Chanel. Après l’introduction et les présentations faites par Charlotte Casiraghi, c’est l’écrivaine et journaliste Lauren Bastide qui anime la conversation. Le ton est délicieusement calme, affable, élégant. La qualité d’écoute qui règne sur le salon est un art de vivre à part entière. Les questions font maïeutique, appellent à creuser le sujet. Les répliques, percutantes mais feutrées, font penser à une partie de tennis tournée au ralenti.
La conversation porte sur Western, le nouveau roman de Maria Pourchet. « Ce que j’aime dans l’écriture de Maria Pourchet, c’est que c’est une écriture très physique », commente Charlotte Casiraghi. « J’écris avec des images de galop dans ma tête, avec le sentiment que le français, c’est une horde », confie Maria Pourchet. « Toujours le langage qui cabre, qui s’enfuit quand on l’approche », lit Rebecca Marder. « Si tu savais la haine qui coule dans mes veines, tu aurais peur, tu aurais peur », chante Clara Ysé, et les doigts de Camille el-Bacha courent sur le grand piano noir à la suite de ces mots de femmes qui sarabandent et s’enflamment. Cinq minutes de grâce qui se posent sur un silence enchanté.
Camille el-Bacha. Photo Chloe Kritharas Devienne
Une suite au Ritz
« Je suis pianiste-improvisateur et compositeur. À l’âge de 7 ans, j’ai décidé d’apprendre le piano pour imiter mon père. Mais c’est à 16 ans que le piano est devenu pour moi une vraie passion. Je n’imaginais plus un autre métier que celui de musicien. Pour autant, quelque part, j’ai suivi mon propre chemin. Je viens du “classique”, mais mes compositions sont empreintes d’autres styles de musique que j’aime. J’ai sorti mon premier album chez Alpha Classics en février dernier, regroupant des préludes de Bach, de Chopin,ainsi que mes propres préludes. Je n’ai pas peur du contraste. Je pense même qu’il est nécessaire pour garder l’auditeur en éveil », confie Camille el-Bacha, qu’on ne peut s’empêcher de présenter comme le « fils de » l’immense concertiste Abdel Rahman el-Bacha. « Je compose également pour l’image (cinéma, Arte, France Télévisions) et me produis régulièrement en ciné-concert où j’improvise au piano (Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et Cinémathèque française). J’ai suivi des études musicales relativement “classiques” au conservatoire, mais j’aime mettre aussi cette formation au service d’autres univers musicaux, notamment celui de la musique électronique », poursuit le jeune musicien.
Au sujet de son intervention lors du 11e Rendez-vous littéraire de la rue Cambon, il indique avoir accompagné Clara Ysé sur deux chansons. « Clara est une amie que j’adore et une artiste que j’admire. J’ai récemment décidé de passer plus de temps sur mes projets personnels mais, jouant ensemble depuis le début, nous n’avons jamais cessé de nous retrouver autour du piano », souligne-t-il. Sur la préparation de ce genre d’événement pour un musicien, il confie que « c’est un des plus grands défis pour un musicien, celui de devoir tout donner en 5 minutes de prestation. Cela demande donc une concentration particulièrement intense. Les premières notes doivent emmener le public le plus loin possible ».
Et du souvenir qu’il gardera de ce moment, Camille el-Bacha dit en souriant que ce sera « le souvenir d’un moment suspendu, d’un public attentif, d’une émotion palpable et d’une loge princière. Une suite au Ritz, rien que ça ! »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine