Vue aérienne d'une partie de l'hôpital Ahli Arab, à Gaza, endommagé par une frappe survenue le 17 octobre 2023 qui a fait des centaines de morts. Photo Shadi AL-TABATIBI / AFP
Samir Tarazi et Ahmed Tafesh collectent mercredi les restes humains dispersés dans l'enceinte de l'hôpital Ahli Arab à Gaza, au lendemain d'un tir qui a fait des centaines de morts, dont Israël et les mouvements armés palestiniens se renvoient la responsabilité.
Le mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza a accusé Israël d'être à l'origine de la frappe sur cet hôpital épiscopal mardi soir, alors que l'armée israélienne l'a imputée à un tir raté de roquette du Jihad islamique, un autre groupe armé palestinien, qui a démenti.
Selon le ministère de la Santé à Gaza, la frappe, survenue au onzième jour de la guerre déclenchée par une attaque sanglante du Hamas contre Israël, a fait au moins 471 morts parmi des déplacés du conflit qui s'abritaient dans l'enceinte de l'établissement.
Sous des arbres maculés de tâches de sang, les mains gantées, M. Tarazi, membre de la petite communauté chrétienne grecque-orthodoxe, et M. Tafesh, son voisin, placent dans un sac en plastique noir des restes humains carbonisés, constate un correspondant de l'AFP.
Un bol en plastique sur le sol contient ce qui reste d'un repas, tragiquement interrompu, de riz et poulet, désormais mêlés de sang.
"Insoutenable"
"Ils étaient ici, ils mangeaient. Ils sont tous morts. C'était un massacre", dit à l'AFP M. Tarazi, qui habite derrière le cimetière chrétien près de l'église Saint-Porphyre jouxtant le mur d'enceinte de l'hôpital. "Nous ramassons les restes" des dépouilles, "ce spectacle est insoutenable", ajoute-il.
Dans la matinée, la fumée s'échappe encore de la petite chapelle dans la cour de l'hôpital, endommagée par l'explosion, et des dizaines de voitures calcinées sont visibles dans les allées menant au service de chirurgie. Des brèches dans le mur du service des urgences et d'importants dégâts dans d'autres services témoignent de la violence de la déflagration qui a secoué la bâtisse, au coeur du quartier al-Zeitoun dans la vieille ville.
L'odeur des corps calcinés se répand dans tout l'hôpital, entouré de murs séculaires en pierre. Les murs de la chambre, et le fauteuil, du gardien de l'hôpital sont maculés de sang.
"Boule de feu"
"Je n'ai jamais rien vu de tel de toute ma vie", lance Ahmed Tafesh, encore sous le choc de la découverte, près du bâtiment administratif, du corps "d'une femme, pas très âgée" gisant près de ceux de trois enfants.
Avec sa famille, Adnan al-Nagah, 37 ans, fait partie des centaines de déplacés qui s'étaient abrités dans l'hôpital, dans l'espoir d'échapper au pilonnage israélien de la bande de Gaza. Il affirme avoir échappé de peu à la mort.
Des véhicules calcinés, devant l'hôpital Ahli Arab, à Gaza, le 18 octobre 2023, au lendemain d'une frappe meurtrière. Photo Shadi AL-TABATIBI / AFP
"J'étais sorti avec mes enfants pour acheter à manger. Dès qu'on est rentré à l'hôpital, j'ai entendu l'explosion. J'ai vu une énorme boule de feu, l'endroit entier était en feu", raconte-t-il, décrivant des "enfants, des femmes et des personnes âgées" tués. "Je ne peux pas croire que je suis toujours en vie avec mes cinq enfants. Quel est le tort de ces innocents?", ajoute M. al-Nagah.
Jihad, qui habite près de l'église dans le quartier al-Zeitoun s'est rué sur l'hôpital après avoir entendu la déflagration. Il y avait "du feu, de la fumée, de la poussière, et des corps projetés. C'était un spectacle terrifiant, un enfer", affirme-t-il.
De nombreuses victimes de l'explosion ont été transférées à al-Chifa, le principal hôpital de la bande de Gaza, plus loin dans la ville.
La morgue de l'hôpital est assaillie mercredi par des Gazaouis à la recherche de proches. Les corps identifiés sont rapidement transportés vers le cimetière pour être enterrés, pour d'autres, l'identification se heurte à l'étendue des blessures et brûlures.
Faute d'assez de place à la morgue, des dizaines de corps sont alignés sur le sol, certains enveloppés dans des linceuls blancs, d'autres dans des sacs blancs ou noirs. "Mon père, mes frères", crie de loin une femme qui arrive à la morgue, pieds nus. Elle entreprend sa quête parmi les corps.
Le mouvement islamiste Hamas au pouvoir à Gaza a accusé Israël d'être à l'origine de la frappe sur cet hôpital épiscopal mardi soir, alors que l'armée israélienne l'a imputée à un tir raté de roquette du Jihad islamique, un autre groupe armé palestinien, qui a démenti.
Selon le ministère de la Santé à Gaza, la frappe, survenue au onzième jour de la guerre déclenchée par une attaque sanglante du Hamas contre Israël, a fait au moins 471 morts parmi des déplacés du conflit qui...


