Donald Tusk célébrant la victoire de l’opposition aux législatives en Pologne, dimanche soir. Kacper Pempel/Reuters
L’opposition centriste pro-européenne en Pologne revendiquait lundi la victoire aux élections législatives de la veille, jugées cruciales pour l’avenir de ce pays et qui ont enregistré un record de participation.
Si les estimations des sondages sont confirmées, le scrutin devrait mettre fin à huit ans de gouvernement du parti populiste nationaliste Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski, au discours eurosceptique et anti-immigrés. Les résultats définitifs sont attendus pour mardi.
« La Pologne a gagné, la démocratie a gagné, nous les avons chassés du pouvoir », a déclaré dès dimanche soir Donald Tusk, le président de la Coalition civique (KO, opposition) et ex-président du Conseil européen. « C’est la fin de cette mauvaise période, c’est la fin du règne du PiS. »
Lundi en fin de matinée, sur près de 55,5 % des bulletins de vote dépouillés, le PiS était à 37,97 % contre 28,19 % pour la KO, des données toutefois jugées non représentatives par les spécialistes, car elles concernaient surtout de petites villes et des zones rurales votant traditionnellement pour les conservateurs. Selon les estimations plus globales de l’institut de sondage Ipsos, les divers partis d’opposition l’emportaient au Parlement qui compte 460 députés. D’après Ipsos, le PiS a obtenu le soutien de 36,6 % des électeurs, ce qui lui donne 198 sièges, 212 si on y ajoute ceux de son allié potentiel d’extrême droite, la Confédération (6,4 %, 14 sièges) – les deux partis sont néanmoins profondément opposés notamment sur les aides sociales que prône le PiS, alors que la Confédération est un parti libertarien.
La KO aurait, quant à elle, toujours selon Ipsos, 31 % des voix et 161 sièges, la Troisième voie (chrétiens-démocrates) 13,5 % (57) et la Gauche 8,6 % (30), soit 248 sièges au total.
Record de participation
Le scrutin a connu un record historique de participation, avec 72,9 % des électeurs qui se sont rendus aux urnes. Un chiffre qui dépasse même largement celui aux élections législatives de 1989 (62,7 %) qui ont marqué la fin du communisme en Pologne. Pour de nombreux responsables politiques et analystes, le scrutin de dimanche était d’une importance comparable à celui d’il y a 34 ans.
La participation des jeunes et surtout des jeunes femmes a été décisive, atteignant des niveaux inattendus, soulignent des experts.
« Il semblerait que les femmes ont été plus nombreuses que les hommes à se rendre aux urnes : près de 74 % des femmes et 72 % des hommes ont participé » aux élections, explique Justyna Kajta, une sociologue de l’université SWPS à Varsovie. « Simultanément, près de 70 % des jeunes de 18 à 29 ans se sont mobilisés, comparé à 46 % quatre ans plus tôt, ajoute-t-elle. Ce bond est considérable en termes d’intérêt pour la politique et de participation. »
« Je crois vraiment que la Pologne retrouvera finalement sa place plus près de l’Europe, qu’on y sera de nouveau respectés, qu’on cessera de vivre comme au Moyen Âge surtout pour ce qui est des droits des femmes, c’est primordial pour moi », insiste Aleksandra Metlewicz, une décoratrice de 33 ans.
Pendant la campagne, Donald Tusk a promis de libéraliser le droit à l’avortement. Cet ex-haut responsable de l’Union européenne a aussi promis de rétablir de bonnes relations avec Bruxelles et de débloquer les fonds européens gelés par l’UE en raison de différends survenus au cours des deux gouvernements dirigés par le PiS. Donald Tusk s’est dit confiant dans la possibilité de constituer une coalition. « Nous parviendrons certainement à un accord », a-t-il assuré après l’annonce des premiers résultats et les membres potentiels de la coalition qu’il veut former ont fait des déclarations semblables. Toutefois, les analystes avertissent que toute coalition gouvernementale issue de l’actuelle opposition pourrait être fréquemment en conflit avec le président Andrzej Duda, un proche du PiS. Dans de premières déclarations après le vote, M. Duda s’est félicité du taux de participation élevé, mais n’a pas dit à qui et quand il allait confier la formation du nouveau gouvernement.
Le sondage de sortie des bureaux de vote ne donne pas aux alliés potentiels de l’opposition la majorité des trois cinquièmes requise pour passer outre aux veto présidentiels.
Source : AFP


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