Des soldats israéliens patrouillant dans une localité non identifiée près de la frontière avec le Liban, le 15 octobre. Aris Messinis / AFP
Les craintes d’une escalade régionale du conflit entre Israël et le Hamas se sont renforcées dimanche, Téhéran affirmant que « personne » ne pourrait « garantir le contrôle de la situation » en cas d’offensive terrestre à Gaza et Washington disant redouter une possible implication de l’Iran.
En visite au Qatar dimanche, le ministre iranien des Affaires étrangères a averti d’un possible « élargissement du conflit ». « Si les attaques du régime sioniste contre la population sans défense de Gaza se poursuivent, personne ne peut garantir le contrôle de la situation », a déclaré Hossein Amir-Abdollahian. Il a en outre souligné, dans une interview accordée à la chaîne panarabe qatarie al-Jazeera, que Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, l’a informé pendant sa visite à Beyrouth vendredi que « tous les scénarios sont sur la table » concernant une possible intervention du mouvement chiite dans le conflit, ajoutant que le Hezb a « défini les lignes rouges ». Une affirmation qui intervient alors que le leader du Hezbollah n’est toujours pas sorti de son silence depuis le début de l’opération « Déluge d’al-Aqsa », samedi dernier, qui a mené à une guerre meurtrière dans la bande de Gaza.
Il existe « un risque d’escalade à ce conflit, d’ouverture d’un second front au Nord, et, bien sûr, d’implication de l’Iran », a de son côté mis en garde le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche Jake Sullivan, interviewé par la chaîne CBS dimanche. « C’est pourquoi le président a agi aussi rapidement et de manière résolue pour déplacer un porte-avions en Méditerranée orientale, pour avoir des avions dans le Golfe, car il a envoyé un message très clair à tout État ou toute entité qui chercherait à tirer profit de cette situation », a-t-il ajouté. Le porte-parole du Conseil de sécurité nationale John Kirby a, lui, affirmé qu’il ne voulait pas « voir un autre groupe terroriste comme le Hezbollah ouvrir de (nouveaux) fronts ». « L’Iran ne peut pas rester les bras croisés » face à la situation à Gaza, a martelé le ministre Abdollahian dans son interview à al-Jazeera, en affirmant que les États-Unis seraient également affectés en cas d’embrasement dans la région. La République islamique soutient financièrement et militairement le Hamas, mais rejette toutefois les accusations sur son implication dans l’attaque du 7 octobre. Cependant, pour John Kirby, « l’Iran est largement complice ». Enfin, la conseillère spéciale de l’ONU sur la prévention des génocides Alice Wairimu Nderitu a, dans un communiqué dimanche, évoqué le « risque très grave d’une escalade militaire dans la région ».
Montée des échelons
Ces mises en garde interviennent alors que les affrontements meurtriers se multiplient entre le Hezbollah et l’armée israélienne à la frontière avec le Liban. « Un degré de plus sur l’échelle de l’escalade. Un petit degré, mais dans ce genre de situation, les petits détails ont une énorme importance », a prévenu sur le réseau X le spécialiste d’International Crisis Group (ICG) Heiko Wimmen à propos d’une attaque du Hezbollah ciblant le territoire d’Israël. Avant de noter, un peu plus tard, qu’un « second échelon » était atteint avec l’extension des violences dans la zone.
Depuis le début de la guerre déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre, les affrontements à la frontière ont fait une dizaine de morts côté libanais, en majorité des combattants, mais aussi un journaliste de Reuters et deux civils. Côté israélien, au moins deux personnes ont été tuées. La journée de dimanche a été marquée par une intensification des opérations. Un civil israélien a été tué et plusieurs autres blessés à Shtula, dans le nord d’Israël, par un tir de missile revendiqué par le Hezbollah. L’armée israélienne a riposté en visant des positions du Hezbollah dans le sud du Liban et a fermé la zone frontalière aux civils dans un rayon de quatre kilomètres sur son territoire.
Dans un communiqué dimanche après-midi, le Hezbollah a revendiqué une nouvelle attaque dans le nord d’Israël, dans la zone de Hanita, affirmant avoir « tué et blessé plusieurs soldats ennemis » et détruit deux chars Merkava et un véhicule militaire. Par ailleurs, le Hamas, qui a aussi des combattants au Liban, a annoncé avoir tiré plusieurs roquettes sur le nord d’Israël. Des avions de chasse israéliens frappent des positions du Hezbollah au Liban et des échanges de tirs ont lieu à la frontière, selon l’armée israélienne. Le porte-parole de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) Andrea Tenenti a pour sa part affirmé à L’Orient-Le Jour que « le siège des Casques bleus à Naqoura a été touché par une roquette ». « Nous enquêtons sur cet incident qui n’a pas fait de blessés ni de victimes », a-t-il ajouté sans préciser l’origine du tir. « Les attaques contre des civils ou contre le personnel de l’ONU sont des violations du droit international pouvant constituer des crimes de guerre », a dénoncé la Finul dans un communiqué. Le Premier ministre sortant Nagib Mikati a contacté le commandant en chef de la force onusienne, le général Aroldo Lázaro, pour se renseigner au sujet des circonstances de l’incident. Il a aussi affiché sa « solidarité » avec la Finul.
Appels à la retenue
Malgré cette dangereuse escalade, le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a affirmé dimanche que son pays ne voulait pas une guerre avec le Liban. « Nous ne sommes pas intéressés par une guerre dans le Nord, nous ne voulons pas d’une escalade de la situation », a déclaré le ministre à des soldats, d’après une vidéo diffusée par son bureau, précisant toutefois que « si le Hezbollah choisit la voie de la guerre, il en paiera un très lourd tribut ».
Face au spectre d’un embrasement régional, les appels se multiplient de partout pour exhorter le Liban, déjà meurtri par plusieurs guerres avec Israël et rongé par une crise sociale et économique majeure, à se tenir à l’écart du conflit. La France a appelé samedi le Hezbollah et son parrain iranien à la « retenue » afin « d’éviter d’ouvrir un nouveau front dans la région ». Et la Finul, pour faire tampon entre Israël et le Liban, a mis en garde dès vendredi contre une situation qui pourrait devenir « hors de contrôle ».
Aux premiers jours du conflit en Israël, l’intervention du Hezbollah était restée assez limitée. Mais de nombreux analystes estiment que l’invasion terrestre d’Israël dans le nord de la bande de Gaza, qui semble imminente, pourrait constituer le déclencheur d’une intervention du Hezbollah. Lors d’une manifestation de soutien aux Palestiniens vendredi à Beyrouth, le numéro deux du parti chiite, le cheikh Naïm Kassem, a affirmé que le mouvement était prêt à intervenir « au moment propice ».


Voyons où ces manigances et ces faux semblants mèneront la région lorsque tout contrôle sera perdu sur un malentendu. Ils avancent tous masqués et ne savent pas ce qui les attend. L’histoire se répète et aucun des pays intervenants n’a appris la leçon qui consiste à anticiper au lieu d’exercer un attentisme qui ne profiterait à personne. N’oublions jamais que dans les années 80, deux porte-avions français et deux autres destructeurs américains mouillaient dans les eaux de la Méditerranée lorsque le HB a eu l’audace de commettre un attentat qui a coûté la vie à 300 de leurs hommes et qui sont restés impunis jusqu’à nos jours. Les menaces n’ont aucun impact sur ces criminels qui s’en sortent toujours sans égratignures comme un encouragement à leur lâcheté qui n’est que le reflet de celle des pays concernés par leur crimes qu’ils font semblant de ne pas voir et qui ne font que les rendre encore plus impitoyables et sanguinaires. Il ne sert à rien de menacer il faut passer à l’acte.
12 h 02, le 16 octobre 2023