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Politique - Focus

Ce qui, dans la résolution européenne sur le Liban, a été passé sous silence

Les responsables libanais ont focalisé leur attention sur la question liée aux réfugiés syriens, occultant celle du désarmement du Hezbollah, ouvertement accusé de bloquer la présidentielle.

Ce qui, dans la résolution européenne sur le Liban, a été passé sous silence

Le Parlement européen à Strasbourg. Frederick Florin/AFP

Une quinzaine de points et une douzaine de considérants. De la résolution du Parlement européen sur la situation au Liban (adoptée le 12 juillet), les responsables politiques et médias libanais n’ont retenu qu’un seul élément : l’appel adressé aux autorités libanaises de « ne pas procéder à des expulsions » des réfugiés syriens, un dossier à l’origine de plusieurs polémiques récemment. Une approche sélective qui réduit la portée du texte, qui a abordé d’autres questions chaudes, à commencer par l’appel au désarmement du Hezbollah. Le Parlement européen n’a pas mâché non plus ses mots au sujet de la présidentielle. Il a, dans ce cadre, accusé nommément le Hezbollah et ses alliés de bloquer la tenue de l’échéance, huit mois après la fin du sexennat de Michel Aoun. « Le Hezbollah, le mouvement Amal et leurs alliés ont eu recours à des tactiques anticonstitutionnelles pour bloquer l’issue du vote parlementaire (pour élire un président), notamment parce qu’ils se sont retirés après le premier tour ou ont fait voler en éclats les quorums pour empêcher l’élection du candidat de l’opposition », dénonce le texte, avant d’ajouter : « Le président du Parlement libanais, Nabih Berry, refuse d’organiser des tours de scrutin ouverts pour élire le futur président, en violation des dispositions de la Constitution libanaise. »

L'édito de Issa GORAIEB

Le fer dans la plaie

Dans le déni total
Il est vrai que le tandem chiite a toujours été la cible des critiques de la communauté internationale. Mais le timing de la résolution est à relever. Elle intervient un peu moins de deux mois après les déclarations de Barbara Leef, responsable haut placée au sein du département d’État américain, qui avait accusé le chef du Parlement d’empêcher l’élection d’un nouveau président, allant jusqu’à agiter le spectre des sanctions. « Nous nous soucions très peu des Européens et de leurs accusations. Nous jouons le jeu démocratique à fond. Pourquoi personne n’a réagi de la même façon lorsque (le chef des Forces libanaises) Samir Geagea et (le leader des Kataëb) Samy Gemayel ont ouvertement menacé de provoquer un défaut de quorum pour empêcher l’élection de Sleiman Frangié ? » réagit pour L’Orient-Le Jour Mohammad Khawaja, député berryste, qui réduit la portée de la résolution européenne. « Elle ne porte rien de nouveau sur le plan politique et présidentiel. Par contre, le point 13 constitue une menace existentielle pour le Liban », dit-il en référence à la question des réfugiés. « Avec tout mon respect pour la présidence, l’absence d’un chef de l’État n’est pas aussi grave que la présence massive des réfugiés syriens dans un Liban miné par la pire crise économique de son histoire », dit-il. 

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« Une menace existentielle »
Même son de cloche du côté du CPL, allié chrétien du Hezbollah avec qui il vient de reprendre langue après de longs mois de froid, et qui fait du retour des Syriens son cheval de bataille. « Nous sommes outrés par l’approche européenne de la question des réfugiés, parce qu’elle a des retombées négatives sur l’entité libanaise », commente Edy Maalouf, ancien député aouniste compté parmi les plus fidèles au chef du parti, Gebran Bassil. S’il est clairement irrité par le dossier des réfugiés, le parti orange réduit à néant les accusations européennes lui reprochant de bloquer la présidentielle, mais aussi de reporter les élections municipales, qui étaient prévues en mai dernier. « Le Parlement libanais a, avec les voix du Hezbollah, du mouvement Amal, du Courant patriotique libre et des groupes politiques alliés, décidé de reporter la tenue des élections municipales du pays d’une année au maximum, soit d’ici au 31 mai 2024, dans un contexte de pénurie de fonds (…). Ce report pourrait encore aggraver la paralysie institutionnelle (…) », peut-on lire dans le texte. « Le gouvernement a prouvé qu’il était incapable d’organiser les examens officiels du brevet. Comment aurait-il pu tenir les municipales », commente Edy Maalouf, rappelant que le Conseil constitutionnel a refusé, en mai dernier, d’abolir le texte de loi reportant le scrutin municipal.

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Les protagonistes libanais ont donc sciemment voulu mettre la lumière sur les questions qui les préoccupent, faisant la sourde oreille face à une communauté internationale devenue le passage obligé vers une sortie de crise. Pourquoi ? « Quand il s’agit d’un document officiel, chacun prend la partie qu’il veut », répond tout simplement Karim Mufti, politologue, précisant que la résolution du Parlement européen ne représente pas l’Union européenne dans son ensemble. « C’est une coalition de partis proches des orientations de (l’ex-)14 Mars, d’où ses attaques contre le duo chiite », analyse-t-il. Il précise toutefois que c’est le Parlement européen qui vote les budgets consacrés aux réfugiés. D’où l’ampleur de la réaction libanaise.  

Une quinzaine de points et une douzaine de considérants. De la résolution du Parlement européen sur la situation au Liban (adoptée le 12 juillet), les responsables politiques et médias libanais n’ont retenu qu’un seul élément : l’appel adressé aux autorités libanaises de « ne pas procéder à des expulsions » des réfugiés syriens, un dossier à l’origine de plusieurs...
commentaires (14)

Ce n’est pas une ingerance si la France, l’Arabie Saoudite et les USA aident le Liban à faire élire un président. Un grand merci pour ces trois pays.

Mohamed Melhem

20 h 49, le 16 juillet 2023

Tous les commentaires

Commentaires (14)

  • Ce n’est pas une ingerance si la France, l’Arabie Saoudite et les USA aident le Liban à faire élire un président. Un grand merci pour ces trois pays.

    Mohamed Melhem

    20 h 49, le 16 juillet 2023

  • Legitime ou pas, de quel droit et sous quelle morale l'Occident veut il imposer son agenda sur le Liban ? Est ce nous oserions leur dire leurs nouvelles valeurs absurdes comme les causes LGBT qu'ils promeuvent merite des etudes psychiatriques approfondis ?

    nabil samir

    17 h 05, le 16 juillet 2023

  • En perdant notre temps á runiner des problèmes secondaires , nous allons bientôt être bouffés par la population syrienne en passe de devenir majoritaire dans le pays . Nous sommes en train de perdre notre pays en douce !

    Chucri Abboud

    16 h 49, le 16 juillet 2023

  • IL Y A QUELQUEPART UN *JUDAS* ...

    LA LIBRE EXPRESSION

    19 h 40, le 15 juillet 2023

  • OLJ, you’re only addressing a small part of the resolution statement by the European Parliament. You haven’t mentioned anything about the threat of sanctions against politicians blocking elections. It behooves the writer to address all components of this resolution.

    Mireille Kang

    18 h 40, le 15 juillet 2023

  • Il faut appeler un chat un chat meme si la vérité n'est pas bonne á dire: Hezbollah et Amal n'ont probablement pas utilisé des pratiques anticonstitutionnelles. Ils ont peut etre utilisé un flou de la Constitution. Il faut que ceux qui utilisent l'anticonstutionnalité des choses precisent á quel article de la constitution ils se referent. Et si la resultat ne leur plaît pas qu'ils fassent les efforts pour changer la constitution ou qu'ils saisissent le Conseil Constitutionnel. Pour le bien du pays les parties ne doivent pas utiliser des arguments á tort et a travers mais plutôt faire évoluer positivement le système

    Moi

    13 h 40, le 15 juillet 2023

  • Encore heureux qu'ils ne nous aient pas ordonné d'accueillir des réfugiés ukrainiens !

    Politiquement incorrect(e)

    12 h 31, le 15 juillet 2023

  • Si le parlement européen avait un pouvoir quelconque ça se saurait.

    Sissi zayyat

    10 h 57, le 15 juillet 2023

  • Une résolution qui n’aura probablement aucune portée concrete sur le terrain … bref rien de nouveau au Hezbollastan (ex république Libanaise)

    JPF

    10 h 05, le 15 juillet 2023

  • Faudrait que nos chers "responsables" comprennent enfin que le Liban n'est pas le nombril du monde ! Et qu'ils apprennent à réfléchir eux-mêmes pour résoudre nos problèmes. Ni l'Europe, ni tous les autres pays ne le feront d'une manière totalement désintéressée, leurs propres intérêts étant toujours prioritaires ! Nos "chefs de "...ministres, députés et autres autorités religieuses sont avant tout responsables de la bonne gérance de notre pays et de ses citoyens...ils sont payés pour cela ! - Irène Saïd

    Irene Said

    09 h 58, le 15 juillet 2023

  • Sympa l'UE; Ne pas rapatrier..... sans donner les aides nécessaires au pays pour pouvoir supporter une telle charge.

    Céleste

    08 h 36, le 15 juillet 2023

  • Le parlement Européen devrait s'occuper des crises Européennes, militaires, et économiques. Le "fascisme " ( l'extrême droite) resurgit en Europe. Les actions contre les réfugiés sont très violentes en Europe. Quant aux armes du Hizb, c'est une question purement politique et interne. L'Europe, à par la France, ne bouge pas le doigt pour aider le peuple Libanais à sortir de cette abominable crise financière. L'Ukraine bénéficie d'un milliard de dollars chaque trois jours. Où sont-ils, les gouvernements Européens? Ils sont plongés dans leur politique pro-Israel jusqu'au coup. Y en a marre!!

    Raed Habib

    08 h 24, le 15 juillet 2023

  • L'Union Européenne : Ils enfoncent l'Europe dans une guerre et un appui à l'UKRAINE alors que la russie n'est pas la seule fautive dans ce conflit. L'UE impose au liban les millions de syriens tout en demandant "le désarmement du hezbollah". Ils prennent les libanais pour des neuneu?? OUI. Ils savent bien que ce désarmement n'est pas possible ( par le bla bla d'un communiqué ) mais pour amadouer "les libanais", ils annoncent ceci pour faire "passer la pilule" de l'implantation définitive de ces millions de syriens. L'ONU et ses organismes humanitaires et l'UE sont en train de changer le visage culturel , social, démographique du Liban. Si c'est volontairement ? c'est catastrophique. Si c'est involontairement ? : C'est encore pire !!! Pendant ce temps, au liban, TOUT les responsables regardent ailleurs et passent leurs temps entre voyages, vacances et bronzage... BRAVO... Puis à la rentrée, après les vacances, ils viendront nous REparler de SOUVERAINTÉ, LIBERTÉ, etc.. une fois que le mal sera fait. Une partie d'entre eux conteste sur le bout des lèvres, juste pour la forme. Comme l'a dit , une fois, M WI'AM WAHAB, les libanais ne sont pas faits pour s'autogérer. Il n'aurait pas tort finalement : Individuellement à titre privé? ils réussissent certes ...Mais ensemble? Ils ne savent pas gérer un pays. L'indépendance ? le travail en équipe? l'intérêt commun? ca s'apprend, ca se mérite.... Dommage pour ce pays. Bonne journée et week end.

    LE FRANCOPHONE

    02 h 44, le 15 juillet 2023

  • OLJ, en choisissant de donner une telle couverture à ce non-événement, en prenant le train de l'emballement médiatique, réalisez-vous l'ampleur de votre contribution à l'entreprise permanente de détournement de l'attention vers des sujets secondaires ? Ou est-ce simplement de l'ignorance quant au poids et marge de manœuvre du parlement européen ?

    IBN KHALDOUN

    00 h 31, le 15 juillet 2023

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