Monseigneur Paul Matar, archevêque émérite de Beyrouth. Photo Nasser Traboulsi
En toute sincérité et dans un souci primordial de vérité, nous nous adressons à vous, Chers Concitoyens chiites, pour vous transmettre notre vision de la situation du Liban et de la relation spéciale qui s’est établie entre nous tout au long de nos années de vie commune.
Nous nous sommes rencontrés successivement sur cette terre dès l’aube de l’islam, chiites, sunnites, druzes, chrétiens maronites, orthodoxes, catholiques et autres, et nous avons interagi les uns avec les autres spirituellement, socialement et humainement dans toutes les parties de ce pays dont nous avons forgé l’identité propre et qui en retour a formé notre identité commune, marquant de ses valeurs notre présence et notre mission dans tout l’Orient. Nous devons à l’exemple de sa révérence sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah au Liban, d’avoir pensé écrire ce message à la suite d’une lettre ouverte qu’il a adressée aux chrétiens libanais dans un discours télévisé diffusé à Beyrouth. Pour commencer, nous saisirons l’occasion, chrétiens en général et maronites en particulier, pour vous exprimer affection et respect pour la bonté dont vos frères du Sud ont fait preuve à notre égard et qui nous est allée droit au cœur telle une bénédiction, en l’occurrence quand, lors de la grande famine qui a suivi la Première Guerre mondiale, vos grandes familles ont tendu une main secourable à leurs voisins chrétiens. Notre gratitude va encore pour la fraternité dont votre communauté de la Békaa a fait preuve, quand certains d’entre vous ont scellé une alliance, dite « alliance du sang », avec nos frères de Jebbet B’echarré. Celle-ci accordait le droit aux deux parties d’intervenir pour réconcilier et rétablir la paix en cas de crise interne dans les rangs de l’autre partie.
Il convient également de relever qu’à aucune époque historique, lointaine ou proche, une inimitié héréditaire quelconque n’a existé entre vous et nous, ni aucun conflit d’ordre sectaire ou confessionnel. Quant aux problèmes qui se sont posés ou qui se posent au sujet de la propriété foncière de certains biens-fonds ou de la délimitation de terrains, ce ne sont que des incidents de nature locale qui ont leurs contreparties parmi les familles d’une même communauté, qu’elles soient petites ou grandes. En revanche, nous avons subi ensemble les calamités majeures de l’histoire qui se sont produites du fait de la domination des Mamelouks ou à cause du joug des Ottomans qui ont gouverné notre pays à leur guise quatre siècles durant.
Par contre, des pages inoubliables de notre histoire commune ont été écrites durant les époques antiques et médiévales, Nous mentionnerons tout d’abord celles qui concernent le Sud. Comme chrétiens, nous sommes fiers de ce que l’Évangile ait pénétré dans notre pays, il y a 2 000 ans, par Tyr et Saïda, soit dès les premières années de sa diffusion hors de la Palestine. Aussi, nous sommes également fiers en particulier de la région qui, à côté de celui de Jabal Amel, possède un autre nom qui nous est cher, celui de « Terre de l’Annonciation » (« Bilad el-Bchara »). Cette chère et fière montagne a brillé dans l’histoire de l’Orient comme un phare de connaissance, de jurisprudence et de piété, comparable en ses références spirituelles aux phares chiites internationalement connus que sont Najaf et Qom.
La montagne de Jabal Amel n’est ni spirituellement ni nationalement séparée de la chaîne de montagnes du Liban. Elle a également nourri et favorisé, depuis les temps anciens, la vie commune pacifique de tous les habitants de la région. C’est ainsi que la présence chrétienne au Sud s’étend de Tyr même à Marjeyoun. Cette dignité de vie se vérifie aussi dans toutes les autres régions habitées par nos frères chiites dans la Békaa-Nord et la Békaa centre, ainsi que dans la Békaa-Ouest. Cette précieuse coexistence dans la périphérie libanaise se vérifie aussi au cœur du Mont-Liban, où les chrétiens et leurs compatriotes chiites se sont protégés les uns les autres lors de l’épreuve qui a frappé le Liban après 1975. Cette civilité entre membres des deux communautés ne s’est illustrée nulle part mieux que dans la région de Jbeil (Byblos), où les notables insistèrent, aux jours les plus sombres, pour que la vie commune et sûre dans leurs régions ne soit exposée à aucun danger.
Le Liban de la coexistence et le Liban de la liberté
La réalité d’une coexistence intercommunautaire dans l’égalité et la liberté telle qu’on la trouve au Liban n’est pas, historiquement ou géographiquement, aussi évoluée dans la région. La rencontre harmonieuse entre toutes les composantes communautaires du peuple libanais a son origine dans la volonté d’assurer, à l’abri de ses montagnes, un espace sûr et libre où ces communautés pouvaient pratiquer leurs croyances, et préserver leurs particularités et leurs cultes. Ces mêmes buts et objectifs se retrouvent tout au long de la chaîne de montagnes du Mont-Liban. Le Nord fut le noyau de la présence maronite, qui s’étendit ensuite dans tout le Liban. Le centre, en particulier dans sa partie sud, fut le noyau de la présence druze. Le noyau de la présence chiite fut le Sud, en particulier dans le Jabal Amel. La présence sunnite se concentra dans les grandes villes, comme Beyrouth, Saïda et ses environs, Tripoli, ainsi que dans l’ouest de la plaine centrale de la Békaa et dans le nord du pays. On sait qu’en cet Orient, le monde arabe fut historiquement soumis à diverses autorités impériales : celle des premiers califes connus sous le nom de « sages » puis celle des Omeyyades et des Abbassides, suivies de celles des Mamelouks et enfin des Ottomans, qui ont dominé la région jusqu’au début du XXe siècle. Sous ces autorités, la liberté de croyance n’a pas toujours été entièrement assurée à toutes les communautés sans distinction. C’est ce qui a incité chacune d’elles à rechercher des espaces géographiques de liberté où l’exercice de leur culte serait à l’abri de toute coercition. Cette quête similaire les poussa également à interagir les uns avec les autres, puisque leurs demandes étaient fondamentalement les mêmes. Ce qui n’a pas été facile à réaliser au niveau régional, les Libanais de toutes les communautés ayant essayé de le réaliser par eux-mêmes dans le cadre d’une société qui leur est propre et où leurs rêves pouvaient se concrétiser.
C’est ainsi que l’égalité dans la citoyenneté pour tous fut assurée dans le texte de la première Constitution libanaise, y compris pour les frères sunnites qui ont joui de la pleine liberté de culte au Liban, tout en le faisant bénéficier en retour de l’ouverture sur le vaste monde arabe. Il est donc justice de dire que le Liban a fait de grands progrès vers l’établissement des conditions nécessaires à toute société pour une coexistence dans l’égalité entre tous, et la garantie d’une liberté pleine et totale à tous les niveaux. Par conséquent, il est légitime d’évaluer positivement l’expérience du Liban, à cet égard, par rapport à celle des pays de notre monde arabe. Nous voyons par exemple que des crises profondes se produisent aujourd’hui dans notre vaste environnement oriental, au sein même des diverses communautés islamiques, ainsi que dans les relations avec d’autres croyances religieuses.
Ainsi, le Liban mériterait la reconnaissance mondiale de sa spécificité humaine, et nous nous réjouissons en particulier de ce qu’a affirmé, à cet égard, l’ancien président iranien sayyed Mohammad Khatami qui a salué à plusieurs reprises la valeur ajoutée que le Liban constitue pour tous, et son rôle d’avant-garde dans la pratique du dialogue et d’une coexistence dans l’égalité et la liberté !
De ce fait, la comparaison entre la situation du Liban, même en pleine crise, et la situation générale des pays arabes reste à son avantage grâce à son antériorité dans le respect des valeurs d’égalité, de liberté et de citoyenneté dans l’unité. Il semble donc légitime d’apprécier la créativité dont nous avons su faire preuve dans ce domaine. Pourquoi donc certains d’entre nous continuent de se concentrer uniquement sur ce qui est négatif, au lieu de mettre en valeur le grand progrès effectué dans la plupart des domaines en raison de notre choix de nous rattacher au Grand Liban ?
Le Liban a offert aux frères chiites et sunnites l’occasion de gouverner ensemble en toute transparence. Ce progrès par rapport à ce qui s’est passé dans certains pays arabes – et pendant tout un siècle – ne doit-il pas être mis à son crédit ?
Les chiites au Grand Liban
Le Grand Liban, dont l’État a été proclamé le 1er septembre 1920 à la Résidence des Pins, à Beyrouth, par le général Gouraud, représentant l’État français, en présence du patriarche Élias Hoayek et de son éminence le mufti sunnite de Beyrouth, et d’un groupe de dirigeants libanais, n’était pas une création de l’Occident colonial, comme certains le pensent, mais la réalisation du rêve d’un peuple qui avait connu les oppressions de l’histoire. La Constitution élaborée pour ce pays naissant en 1926 était la plus ouverte et la plus progressiste de la région. La vérité est que la proclamation du Grand Liban était une consécration de l’identité particulière qui s’est cristallisée à l’ombre des deux émirats des Maan et des Chéhab, ainsi que des progrès réalisés au temps de la moutassarrifiyya, entre 1864 et 1914.
De prime abord, il semble que cette nouvelle étape de l’histoire du Liban et cette identité émergente ne firent pas totalement l’unanimité des Libanais. Certains d’entre eux lui préférèrent le règne du roi Fayçal à Damas, sans que cette position ne signifie le rejet de la liberté religieuse ni la coexistence interreligieuse auxquelles ils s’étaient attachés au fil du temps. Ce rejet résultait d’une perception erronée que le nouveau pouvoir marquerait le retour à l’époque révolue des croisades. À ce régime, certains musulmans sunnites préféraient aussi celui du roi Fayçal. Mais la réalité de l’État libanais émergent était tout autre. Les chrétiens, sous la conduite du patriarche Hoayek, avaient légitimement rêvé d’une égalité citoyenne avec les musulmans et d’une participation réelle et pleine avec eux à la gouvernance du pays.
Ces orientations furent confirmées lorsque le Liban en 1943, d’un commun accord entre musulmans et chrétiens, franchit l’étape du mandat français et proclama l’indépendance du Liban vis-à-vis de l’Est syrien et de la France mandataire. Des dirigeants chiites s’y associèrent effectivement afin d’établir un pouvoir au Liban qui serait celui des seuls Libanais et destiné à tous les Libanais. S’y distinguèrent des notables éminents, comme le président Ahmad el-Asaad et son fils, le président Kamel el-Asaad, ainsi que le président Sabri Hamadé et le président Adel Osseirane. Tous furent à l’avant-garde de ceux qui travaillèrent pour l’indépendance du pays et pour qu’il soit gouverné par les seuls Libanais. Indicatives de l’inclination des chrétiens envers ces orientations furent les positions de l’Église maronite, en particulier du patriarche Antoun Arida et de l’archevêque de Beyrouth Ignace Moubarak, qui adhérèrent à l’indépendance recherchée et à la fin du mandat français malgré leurs liens d’amitié profondément ancrés avec la France.
À cette occasion, un accord verbal sur la gouvernance du Liban fut passé entre cheikh Béchara el-Khoury, alors président de la République, et le Premier ministre Riad el-Solh. Ce fut le pacte national non écrit en vertu duquel l’État du Liban indépendant ne s’orienterait ni vers l’Orient ni vers l’Occident, mais s’édifierait grâce à un partenariat islamo-chrétien dans l’exercice du pouvoir par le biais d’une distribution des leviers du pouvoir et des centres de décision entre les communautés, à condition que ces dispositions soient temporaires et à dépasser, afin que le pays devienne ultérieurement un État entièrement civil.
Évidemment, cette formule fut ébranlée, et des objections furent formulées à l’égard du régime libanais après l’indépendance. C’est ainsi qu’en 1958, une dérogation à l’esprit du pacte se produisit lorsque certains musulmans demandèrent l’unité avec la République arabe unie (RAU, 1958-1971 – Égypte et Syrie) et que certains chrétiens se rangèrent du côté du projet Eisenhower liant les États-Unis et l’Irak. Cependant, les Libanais revinrent à eux-mêmes et prirent conscience de la nécessité de respecter, dans sa lettre et son esprit, leur pacte national. La paix fut rétablie dans le pays, et le président Fouad Chéhab s’engagea dans une politique sociale de développement, renforçant la présence de l’État et de ses services dans les régions reculées du pays, notamment dans le Sud et dans la Békaa. Cependant, les choses se dégradèrent à nouveau après 1975, lorsque le Liban, à l’insistance des dirigeants arabes et de certains de nos concitoyens musulmans, ainsi que de dirigeants de la gauche et des nationalistes (syriens), légitima l’action armée palestinienne des fedayine à partir de son territoire (accord du Caire, 1969), le projet emporta l’adhésion de certains et fut violemment rejeté par d’autres, et le peuple se divisa à nouveau entre deux pôles, pro-oriental et pro-occidental. Grâce à l’accord de Taëf, la coexistence fut rétablie et le régime politique évolua à la satisfaction de la majorité des Libanais. C’est en effet à Taëf que fut consacrée l’appartenance claire du Liban au monde arabe ainsi que son indépendance à l’intérieur de ses frontières actuelles sans aucune modification. On y déclara également que le Liban « est un pays définitif pour tout son peuple sans fragmentations ni division ». La communauté chiite prit des positions patriotiques claires à cet égard, en particulier par la voix du président Hussein Husseini, appelé ainsi parrain de Taëf. Il le fit en s’inspirant des idéaux de l’imam Moussa Sadr et de ses positions fraternelles envers les chrétiens du Liban… Plus tard, Son Éminence l’imam Mohammad Mahdi Chamseddine lui emboîta le pas, appelant les chiites à s’engager dans le projet de l’État.
Aujourd’hui, c’est en particulier SE le président de la Chambre, M. Nabih Berri, qui œuvre à renforcer cette approche grâce à sa vision claire des questions arabes et de l’arabité, comme de l’unité entre tous les musulmans et de l’unité des Libanais autour de leur patrie une et de la communauté de leur destin. Nous comptons tous sur sa sagesse afin de continuer à faire jouer la traditionnelle soupape de sécurité aidant à la préservation de l’unité nationale et la survie de l’État qui embrasse tout le spectre communautaire libanais sous un même toit, dans l’unité d’un même destin, garantissant les acquis du passé et l’ouverture sur un avenir plus assuré.
Le Hezbollah et la responsabilité partagée de sauver et de préserver le Liban
Disons d’abord en toute sincérité que nos frères du Hezbollah sont des Libanais qui nous sont chers et de vaillants combattants, et que nous apprécions grandement leurs sacrifices et leurs actes de résistance héroïques contre l’ennemi israélien qui a occupé notre terre et continue de menacer notre sécurité et nos vies depuis la création de son État usurpateur en Palestine. Cependant, le différend entre eux et les autres Libanais doit rester un différend fraternel. Il ne doit en aucun cas dépasser le seuil de la fraternité, ni dans le sens de l’escalade ni dans celui de la recherche d’un règlement.
La résistance du Hezbollah est née en réponse aux attaques brutales et répétées d’Israël contre notre terre. Au cours de ces agressions, des maisons étaient démolies et des récoltes écrasées sous les chenilles des chars, en particulier au Sud-Liban. Ces attaques, qui se sont poursuivies avant, pendant et après le revers de 1967, ont culminé avec l’occupation de Beyrouth en 1982. Elles ont soulevé la colère des opprimés de notre peuple. Le plus difficile fut de constater que l’État, à l’époque, était incapable d’y répondre et de repousser l’occupant. Quant aux forces internationales stationnées aux frontières, leur rôle s’est limité au maintien de la paix, et non à son imposition à tous.
La résistance en question parvint à vaincre l’ennemi israélien, à le chasser du Sud-Liban, et à préserver de l’oppression et des risques de torture et de mort toute une population. Cette grande victoire était un cadeau de la résistance au Liban tout entier. Reconnaissons ici que l’État, indépendant depuis 1943, n’avait pas fait l’effort suffisant de s’élever au rang d’un État en possession de tous ses attributs et moyens, ni en termes de sécurité ni même sur le plan social. Le président Fouad Chéhab avait été le premier à orienter le pays vers une politique de développement équilibré des régions et à instaurer une justice sociale qui embrasse toutes les couches de la population. Il avait déclaré dans son premier discours prononcé après son entrée en fonction en 1958 : « Nous avons obtenu en 1943 l’indépendance de l’État – il nous reste à construire l’État de l’indépendance. »
Le Hezbollah s’est plaint à juste titre de la faiblesse de cet État et, en fonction de cette réalité, a édifié la force de sa résistance. En fait, tous les Libanais se plaignaient de la faiblesse de l’État, mais il reste à dire que si l’armée libanaise n’était pas équipée pour affronter Israël sur terre, sur mer et dans les airs, ce n’était pas de sa faute, et que même ainsi, elle avait fait preuve d’héroïsme lors des événements qui ont accompagné la création même de l’État d’Israël. Nous rendons grâce à Dieu qu’à l’heure actuelle, l’armée a pris de la force. Elle peut en prendre davantage encore à mesure que l’État qui la parraine se renforcera et si nous travaillons tous dans cette direction.
Nous aussi, comme le Hezbollah, nous nous plaignons de ces aspects du système libanais et de la conduite de ses responsables. Notre économie libre, qui a fait la prospérité du Liban au milieu du XXe siècle, n’a pas évolué – comme souligné précédemment – pour prendre la forme d’une démocratie sociale qui offrirait aux classes nécessiteuses la possibilité de progresser, et d’assurer l’éducation de leurs enfants, le logement des personnes à charge, un travail pour les jeunes et des soins médicaux pour les malades. Au contraire, les responsables de la direction du pays ont adhéré à une économie libre et sauvage étrangère à toute véritable solidarité sociale, manquant d’élaborer une politique fiscale appropriée qui garantirait les besoins de la population, à l’instar de ce que font les pays de moyenne richesse, comme le Liban, ou même des pays moins riches. Ce qui saigne véritablement le cœur, c’est que, même maintenant, la majorité de la classe dirigeante n’a toujours pas amélioré son leadership, mais a plutôt noyé le Liban dans les dettes en détournant les biens publics et en dilapidant ses ressources, au point de dissiper l’argent déposé par les épargnants dans les banques, dépensant sans compter, s’abstenant même d’établir les budgets annuels de l’État sur plus de dix années consécutives.
Confronté à tous ces drames qui l’ont mis à bas, menaçant jusqu’à son existence, le Liban gît à la croisée des chemins du monde. Nous sommes ainsi appelés ensemble à sauver notre pays et à écarter tous les dangers mortels qui le guettent. Comme nous sommes appelés à sauver son État, car seul l’État est capable de prendre soin de son entité et de préserver l’unité de ses citoyens. Le Hezbollah s’est chargé de protéger le Liban de la menace israélienne et de libérer son sol au prix de tous les sacrifices. Mais, tout en tirant fierté des réalisations héroïques des résistants au Sud-Liban, nous souhaitons que leur parti donne d’abord à la résistance le nom de résistance libanaise. Pourquoi la résistance devrait-elle être exclusivement islamique alors qu’il est demandé que le Liban soit libéré par tous les Libanais, et non par une seule de ses communautés ? Est-il juste que le Hezbollah et les autres partis travaillent chacun indépendamment de l’autre, alors que nous avons besoin, d’urgence, que toutes les forces s’unissent – et non se combattent – pour remettre le Liban sur le chemin de la vie et de la prospérité ?
La résistance est une action légitime dans toute patrie soumise à une occupation. Elle est légitime et nécessaire pour contribuer à éliminer l’occupation et restaurer la dignité de la patrie et des citoyens. Mais lorsque la terre est libérée, le besoin de résister perd sa raison d’être, et si, grâce à la résistance, la patrie devient capable de négocier en position de force, alors elle recourt à la négociation avec l’aide des Nations unies et des pays amis. La résistance n’est pas une fin en soi, ce n’est pas un travail éternel, mais plutôt une réponse circonstancielle à un besoin circonstanciel pour réaliser les droits de la patrie et des citoyens.
C’est la raison pour laquelle nous appelons de toute urgence à une entente entre les Libanais susceptibles d’unir leurs forces. Car il n’y a pas d’unité possible avec des politiques différentes, ni avec un chevauchement entre l’armée et la résistance. Seul le dialogue rend possible l’établissement d’une stratégie de défense garantissant l’unité du pays et celle des citoyens. C’est la raison pour laquelle nous appelons le Hezbollah à contribuer fidèlement et efficacement à la réalisation de ces objectifs. L’indépendance d’action génère d’autres singularités et menace l’unité de la patrie, son destin et sa mission parmi les nations. Le pouvoir dont jouit le Hezbollah doit être au service de tout le Liban et de tous les Libanais. C’est seulement ainsi que tomberont toutes les menaces d’un changement d’identité du Liban qui le transformerait en projet de guerre permanente et lui ferait perdre son message fondamental basé sur le dialogue et le rapprochement entre les religions et les peuples. C’est le rassemblement de toutes les forces qui s’y trouvent au service d’un projet commun et d’un avenir inclusif pour tous sans exception qui renforcera et confirmera l’identité du Liban.
Le fait d’accaparer l’exercice du pouvoir ne peut que contribuer à la fragmentation du peuple et à l’échec de l’État et de la patrie. Par contre, l’unité d’action et l’unification des forces pour le bien du seul Liban est l’unique moyen de réussite du message. Que chacun se souvienne que toutes les actions qui ont réussi historiquement au Liban ont été accomplies par la communauté nationale, et que les actions entreprises par des groupes qui se sont singularisés dans l’action ont échoué à servir l’intérêt général.
Et si certains d’entre vous, bien-aimés, se sont plaints de ne pas avoir participé à l’établissement de l’État du Grand Liban, et à supposer que la chose soit recevable et juste, alors la non-participation actuelle du reste des Libanais à sa gouvernance est aussi un fait à déplorer dont pourraient se plaindre ceux qui en sont exclus.
À l’aube d’un nouveau siècle dans la vie du Liban et de la région, et alors que le destin de certaines nations se décide sous nos yeux, que ce soit au Moyen-Orient ou d’Est en Ouest, dans tous les continents et groupements humains, agissons en sorte que ce soit nous qui maîtrisons le destin de notre pays et qu’aucun autre projet ne nous soit imposé, à part celui que la Providence nous a destiné, afin de rester dans notre environnement porteurs d’un message de mutuelle connaissance, d’interaction entre les civilisations et de paix fondée sur la vérité et la justice. Nous sommes également appelés à examiner notre vie nationale, à préserver les constantes qui font notre identité et à travailler à corriger ce qui doit l’être dans un esprit d’entente positive et de cordialité pour la stabilité de la patrie et le bonheur de sa population. Ensemble, nous sommes capables, Dieu aidant, à édifier ce pays qui est le nôtre, afin que Sa miséricorde nous couvre et qu’ensemble, nous attirions sur nous Son pardon et Sa bienveillance.
Archevêque émérite de Beyrouth
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Monseigneur le Liban est un protectorat iranien…
18 h 18, le 12 juillet 2023